BONSOIR À TOUS!
Ce poème est très long!
Je le sais!
Mais, si vous n’allez pas assister à un office, lisez-le comme un recueil de KINOT!
J’y ai mêlé la tristesse de cette nuit à l’espérance qui permet à notre peuple de survivre 2000 ans durant!
De renaître!
De se renforcer!
De se raffermir!
De dépasser les plus grands!
À la peine occasionnée par cette nuit terrible, Mêlez l’espoir, la fierté
Je pense que c’est exactement ce que l’on trouve au cœur de la pensée juive : Ticha BeAv n’est jamais le dernier mot.
Dans la tradition, le Machia’h naît le jour même de Ticha BeAv.
La plus grande nuit porte déjà en elle l’aurore.
C’est cette espérance paradoxale, presque insoutenable, qui donne à la tristesse sa profondeur et sa grandeur! C’est elle qui fait des larmes, non un point final, mais le commencement de la consolation!
LA VEILLE DE TICHA BEAV!
Lorsque le soir descend sur Jérusalem,
il ne fait pas nuit :
il se souvient.
Alors les pierres les plus anciennes,
celles qui portent encore dans leurs veines
la brûlure des encens,
la rumeur des psaumes,
le pas des Cohanim,
commencent à trembler d’une mémoire
plus vieille que le temps.
On dit qu’à la veille de Ticha BeAv,
les premières pierres du Kotel pleurent.
Non d’une pluie visible,
mais d’une lente rosée
que seuls les cœurs attentifs savent reconnaître.
Les hommes y voient l’humidité des siècles ;
les anges y lisent des larmes.
Chaque fissure est une ride du monde.
Chaque silence,
une parole que l’exil n’a jamais pu achever.
Elles pleurent
comme pleure une mère
dont personne n’a rendu l’enfant,
comme pleure un roi
qui continue de dresser la table
pour des convives absents.
Elles se souviennent
de la lumière qui montait des marches,
des lévites offrant leurs voix
comme des ailes au matin,
du Nom ineffable
que le vent lui-même prononçait avec crainte.
Puis vint le feu.
Le ciel eut la couleur du sang mêlé aux cendres,
et même les étoiles,
dit-on,
fermèrent leurs yeux
pour ne pas voir la demeure de l’Éternel devenir poussière.
Depuis,
les pierres portent le deuil
avec une dignité que les siècles n’ont pas vaincue.
Les empires sont tombés.
Les langues ont changé.
Les conquérants sont devenus des noms gravés
sur des tombeaux oubliés.
Mais elles sont restées.
Veillant,
dans leur patience minérale,
sur une promesse
que le temps ne possède pas.
Car une pierre n’oublie jamais.
Elle conserve la chaleur d’une main disparue,
l’écho d’une prière interrompue,
la lumière d’une Présence
qui s’est retirée sans cesser d’espérer.
La veille de Ticha BeAv,
ce ne sont peut-être pas les pierres qui pleurent.
C’est Jérusalem elle-même,
retenant dans ses murailles
les sanglots de toutes les générations.
Et ceux qui approchent leur front contre le Kotel
croient déposer leurs propres larmes.
Ils ignorent parfois
qu’ils viennent surtout recueillir
celles des pierres.
Car il existe des douleurs
qu’aucun homme ne peut porter seul.
Alors le Mur les garde.
Il pleure pour les vivants.
Il pleure pour les morts.
Il pleure pour ceux qui sont revenus,
et pour ceux qui cherchent encore le chemin.
Et dans cette nuit où le Temple semble n’être plus qu’un souvenir,
une espérance demeure,
presque imperceptible,
comme une étoile cachée derrière les nuages.
Les pierres pleurent,
non parce que tout est perdu,
mais parce que la mémoire de Dieu
refuse d’abandonner le monde.
Ainsi leurs larmes ne sont pas seulement le sel du deuil.
Elles sont déjà l’eau secrète
d’une consolation qui avance !
Et pourtant…
Les pierres savent un secret
que les hommes oublient dans
leurs nuits les plus longues
Les larmes ne sont pas l’autre nom du désespoir.
Elles sont l’eau obscure
où D. enfouit déjà les semences de l’aube.
Nul ne pleure ce qu’il ne croit plus pouvoir retrouver.
Les vraies larmes
naissent toujours d’un amour
qui refuse de mourir.
Voilà pourquoi les pierres pleurent.
Elles ne pleurent pas vers le néant.
Elles pleurent vers demain.
Leurs sanglots montent comme les racines
qui travaillent dans la nuit,
sans bruit,
sans témoin,
jusqu’au jour où l’arbre éclate de feuillage.
Car l’espérance
n’est pas l’oubli des ruines.
Elle est cette fleur impossible
qui choisit précisément
la fente des murailles
pour y déposer sa première corolle.
Chaque larme tombée sur le Kotel
ressemble à une goutte de rosée.
La rosée ne ressuscite pas le désert.
Mais sans elle,
jamais l’aurore ne trouverait
une herbe à faire scintiller!
Alors les pierres pleurent,
et le ciel recueille leur patience.
Le Temple paraît absent.
Mais son absence elle-même
est déjà une attente.
Comme le silence d’une mère
qui tend l’oreille
avant d’entendre revenir les pas de son enfant.
Comme la terre, longtemps immobile sous l’hiver,
qui connaît déjà le printemps,
avant même que la première branche ne verdisse.
D. ne rebâtit jamais
avec les seules pierres.
Il commence toujours
par relever les cœurs.
Et lorsque les cœurs se redressent,
les murs apprennent de nouveau
à monter vers le ciel!
Peut-être est-ce là,
le plus grand mystère de Jérusalem :
les pierres y pleurent,
mais leurs larmes
ont toujours le goût de la promesse!
Car il est des pleurs
qui ne tombent pas vers la poussière.
Ils montent.
Ils deviennent prière.
Ils deviennent espérance.
Ils deviennent déjà
les premières eaux
du fleuve annoncé par les prophètes!
celui qui traversera un jour
toutes les blessures de la terre
pour les changer en jardins.
Alors viendra le matin
que les siècles attendent.
Les pierres ne pleureront plus.
Elles chanteront.
Et les larmes des générations,
recueillies une à une
dans la coupe invisible de D.
redeviendront des perles de lumière!
Car aucune larme versée
pour Sion, n’est perdue.
Le ciel les compte.
L’éternité les garde.
Et D.
dans le secret de son amour,
bâtit déjà,
avec chacune d’elles,
la première pierre
du Temple à venir!
NOTE:
C’est, les yeux, pleins de larmes d’espoir,
que je ponctuerais ce texte,
qui porte en lui,
ce que chacun de vous,
amis lecteurs,
ressent et espère!
Ressens-t-on le besoin d’un épilogue?
Si oui, en voici deux !
Les larmes ne sont pas l’autre nom du désespoir!
elles sont l’eau où D. fait lever l’espérance!
Les pierres pleurent,
non parce que tout est perdu, mais parce que les larmes sont déjà la première matière de la consolation.
© René Seror


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