Donc, c’est tendance, ces jours-ci, de célébrer les résistances : au Panthéon, celle de Marc Bloch ; au cinéma, celle de de Gaulle avec la bataille de Gaulle. Il faut dire que la Résistance est le dernier grand mythe national qui ait « résisté » – tant bien que mal, d’ailleurs – aux vastes entreprises de déconstruction systématique, de tout et n’importe quoi, mais surtout des grands mythes nationaux, à l’œuvre depuis plus d’un demi-siècle : depuis mai 68 exactement. Le mouvement de mai 68 a pourtant percuté frontalement l’incarnation vivante de ce mythe national, la « Résistance » : « dix ans ça suffit ! », scandaient les jeunes cons (dont je fus plus ou moins) à l’intention de de Gaulle, le vrai, pas celui du cinéma, en alternance avec cet autre slogan qui disait toute leur nostalgie de n’avoir pas pu bénéficier, comme de Gaulle, d’une vraie guerre : « CRS SS ». Ah ! si seulement les CRS avaient été de vrais SS ! Si seulement ils (les jeunes cons, et moi) avaient pu mourir les yeux grands ouverts devant le peloton d’exécution, en criant, comme dans le film d’Antonin Baudry, « Vive… » sans pouvoir terminer la phrase, ce que fait le jeune héros, un parmi d’autres, qui vient d’assassiner l’Amiral Darlan, permettant ainsi à de Gaulle de se remettre en selle. Si seulement les CRS avaient tiré en réponse aux pavés… Si seulement du tragique leur était tombé sur la tête…
Mais non. Nés ou grandis juste après la guerre, les étudiants, futurs boomers (dont je suis), réclamaient le droit (sans doute sacré) de visiter la nuit le dortoir des filles… Et la première salve de la terrible répression qui suivit cette revendication fut tirée par le ministre de la jeunesse et des sports, venu à Nanterre inaugurer la piscine universitaire. Lors de la cérémonie, un jeune rouquin interpella le ministre, lui reprochant de ne pas se pencher suffisamment sur les graves problèmes sexuels provoqués par la règle susdite : « Avec la tête que vous avez, lui répondit le ministre, vous connaissez sûrement des problèmes de cet ordre. Je ne saurais trop vous conseiller de plonger dans la piscine. » Savez-vous ce que l’intéressé, le jeune Cohn-Bendit, répondit ? Ceci : « Voilà une réponse digne des Jeunesses hitlériennes. » Le fantasme, le désir de se coltiner avec de vrais nazis, « résister » enfin, se manifestait là-aussi. Eh bien non, ce n’est jamais arrivé. Même pas la révolution tant rêvée par les élites étudiantes, qui aurait elle aussi, enfin, charrié son lot de morts (« on ne fait d’omelettes sans casser des œufs », comme disait mon grand-père, un kominternien pur jus), un rêve éveillé dont il fallut se réveiller.
Et pourtant, ce rêve de mort, de « résistance » bidon à des ennemis fantasmés « fachos » se poursuit à travers le temps. Voyez le pitoyable Raphaël Arnault et sa jeune Garde d’opérette, voyez la clique de députés LFistes, jamais avares d’une ridicule dramatisation « antifasciste », ridicule tant qu’elle ne débouche pas sur la mort, la vraie mort, d’un jeune homme déclaré « facho » et massacré avec des moyens, on ne peut pas dire d’autres temps, mais plutôt d’autres latitudes : à cinq, ou six, ou dix, contre un homme à terre. Un peloton d’exécution sans tenue, sauvage. Tenez-vous, au moins !
Et nous voilà au Panthéon devant Marc Bloch. Un homme qui se « tenait » dans la Résistance, la vraie. Beaucoup a déjà été écrit à Tribune juive, par exemple ici ou là, sur Marc Bloch, sur sa panthéonisation qui a tourné à la pantalonnade LFiste. Jean-Luc Mélanchon y a exhibé sa prise de guerre : la petite-fille du panthéonisé. Son prénom, Suzette, ne vaut pas tripette, mais son nom de famille, lui, vaut de l’or : Bloch, tout simplement. Au nom duquel elle a distribué des bons points d’antifascisme à LFI. Et, évidemment, des mauvais points contre les « fachos », par exemple le RN, contre lesquels elle a courageusement « résisté » en lui interdisant (fictivement, elle n’en avait pas le pouvoir) de participer à la cérémonie.
Il faut faire attention aux télescopages de l’histoire. Car si Marc Bloch a bien été assassiné par la Gestapo après avoir été torturé par Klaus Barbie (là aussi, nul peloton d’exécution, Marc Bloch et ses compagnons de détention ont été sommairement exécutés dans une prairie de Saint-Didier-de-Formans, dans l’Ain, où on a retrouvé leurs cadavres entremêlés), l’homme qui a participé à son arrestation (sur dénonciation) était un Français, un certain Francis André, un ancien communiste ayant suivi Doriot dans son parcours collaborationniste, membre de son parti, le Parti Populaire Français. Doriot, le député-maire communiste de Saint-Denis… qui prônait, contrairement à Moscou, l’alliance des communistes et des socialistes contre les Nazis et qui finit, au contraire, par créer la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme qui combattit aux côtés des Allemands sur le front de l’Est : un combat pour une Europe germano-nazie, avec pour totem, pour emblème, presque pour raison d’être, l’antisémitisme.
Et aujourd’hui, il faut résister à quoi ? Pas contre les « fachos » imaginaires de Raphaël Arnault, mais contre l’islamisation progressive et insidieuse de l’Europe. L’islamisation se propage comme le blob, pas avec des panzers : lentement mais sûrement. Et devinez quoi : elle a pour totem l’antis… ionisme. Et qui est le meilleur collaborationniste de cette progression qu’il faudrait arrêter ? Le prétendu résistant Mélenchon.
© Julien Brünn
Journaliste. Ancien correspondant de TF1 en Israël
Dernier ouvrage paru :

L’origine démocratique des génocides. Peuples génocidaires, élites suicidaires. L’harmattan. 2024

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