Les dossiers montés de toutes pièces : le chapitre du témoignage du Premier ministre Benyamin Netanyahou dans les affaires dites des « dossiers des milliers » est désormais terminé. Netanyahou a conclu son témoignage par un discours exceptionnel d’ »accusation » et a demandé aux juges de rendre justice
S’adressant directement aux magistrats, le Premier ministre a dressé un tableau accablant des enquêtes menées contre lui depuis une décennie.
C’est par un discours offensif, presque rageur, que Benjamin Netanyahou a mis fin à 98 jours de témoignage — un record dans l’histoire judiciaire israélienne. Debout face aux juges du tribunal de district de Tel Aviv, le Premier ministre a chargé les juges.
Avant même la fin du contre-interrogatoire, une passe d’armes entre son avocat Amit Hadad et les juges sur les limites imposées à la défense a mis le feu aux poudres. Netanyahou a tranché : « On frôle l’absurde ».
S’adressant directement aux magistrats, il a dressé un tableau accablant des enquêtes menées contre lui depuis une décennie: « Pendant dix ans, ils ont dépêché des enquêteurs aux États-Unis, en Europe et en Australie. Une équipe immense y a été consacrée. Ils n’ont rien trouvé ». Et d’enfoncer le clou : « Ils ne cherchaient pas un crime, ils cherchaient une personne ».
Il a également mis en cause les méthodes d’interrogatoire utilisées contre son entourage: « Ils ont interrogé tous mes proches, ma famille, presque tous ceux qui travaillaient avec moi. Ils les ont interrogés et menacés. Des méthodes incroyables. Ils ont détruit des familles ».
Revenant sur chacun des trois dossiers dans lesquels il est accusé, Netanyahou a poursuivi: « L’affaire 4000 — dans laquelle il est accusé d’avoir favorisé le groupe Bezeq en échange d’une couverture médiatique favorable — s’effondre tout simplement ». L’affaire impliquant l’éditeur Arnon Mozes lui est, dit-il, incompréhensible : « J’ai sacrifié mon gouvernement et mon avenir pour cela. Une chasse folle. Complètement folle ». Quant à l’affaire 1000, celle des cadeaux reçus d’hommes d’affaires, il a rejeté toute notion de rupture de confiance : « Où est la rupture de confiance ? C’est du chantage envers des témoins ».
C’est sur une note personnelle, et amère, que Netanyahou a conclu. « Après dix ans d’enfer, je termine enfin. Il est impossible de récupérer ces dix années perdues pour moi, ma famille et des dizaines d’autres ». Il a dénoncé ce qu’il perçoit comme une entreprise politique visant à le neutraliser : « Voir cette chose vile, mensongère et malfaisante qui s’attaque au droit du peuple de me choisir est insupportable ».
Avant de quitter la salle pour la dernière fois en tant que témoin, il a conclu sur une promesse : « Il est possible de faire éclater la vérité et de rendre justice ». Le procès entre désormais dans sa phase de plaidoiries.
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou :
« Je souhaite dire quelques mots. Cela fait dix ans que je suis plongé dans cette fange. Dix années pendant lesquelles ils ont envoyé des enquêteurs aux Philippines pour vérifier une employée de maison, au Mexique pour rechercher une prétendue affaire, puis aux États-Unis, en Europe, en Australie. Ils ont enquêté dans le monde entier.
Ils ont mobilisé une équipe immense et dépensé des centaines de millions de shekels, peut-être même davantage, avec un seul objectif : passer ma vie au peigne fin pour trouver quelque chose, n’importe quoi , contre moi. Et ils n’ont rien trouvé.
Dans un pays libre, une telle chose n’existe pas. Je n’en connais aucun exemple.
C’était un effort colossal d’un système qui a dévoyé l’application de la loi afin d’incriminer un homme, au mépris des droits fondamentaux et des principes mêmes de notre justice.
En plus de toutes ces enquêtes, ils ont convoqué tous mes proches, les membres de ma famille, tous ceux qui travaillaient avec moi ou m’étaient proches. Ils les ont soumis à des interrogatoires sous avertissement, de manière inimaginable.
J’ai entendu le témoignage d’une proche de Nir Hefetz : c’était tout simplement la Stasi ! Ils ont détruit des familles. Pas une seule, des dizaines. Ils ont provoqué des divorces, brisé des vies, simplement dans cette course folle pour obtenir quelque chose, n’importe quoi, contre Netanyahou.
Ils cherchaient un homme, mais ils n’ont rien trouvé : ni argent, ni avantages, ni régulation accordée. Au contraire, tout a démontré exactement l’inverse.
Alors puisqu’ils ne trouvaient aucun crime, ils en ont inventé un.
Ils ont pris les lois existantes et les ont retournées dans tous les sens. C’est ainsi qu’ils ont créé cette construction artificielle. (…)«
La juge Friedman-Feldman :
« Très bien. »
Netanyahou :
« Non, ce n’est pas très bien !
(…)
« Il s’agit d’une tentative délibérée de me nuire politiquement afin d’empêcher les citoyens d’Israël de choisir librement celui qu’ils souhaitent comme dirigeant. Regardez simplement le calendrier de toutes ces procédures.
Madame la Présidente, je termine.
Après dix années d’enfer — il n’y a pas d’autre mot —, alors que je tente de diriger ce pays face aux plus grands défis qu’il ait connus, voir cette entreprise ignoble, mensongère et malveillante, destinée non seulement à porter atteinte à mes droits, mais aussi au droit du peuple israélien de me choisir comme Premier ministre… simplement pour me faire tomber…
On ne pourra jamais me rendre ces dix années. Ni à moi, ni à ma famille, ni aux dizaines de familles qui ont été profondément détruites.
On a lancé un immense filet pour y piéger des innocents, d’une manière aussi transparente que déformée.
Mais vous pouvez encore rendre la vérité et la justice.
C’est pourquoi je vous demande de faire triompher la vérité et la justice. Les dix années perdues, elles, personne ne pourra nous les rendre ».
© Tribune juive avec AFP

Poster un Commentaire