Les bons Juifs antisionistes. Par Marc Reisinger

19 juin 2026

Dans un article précédent (PAN 4248), en rapport avec les événements en Israël, j’ai cité les pervers actifs – les assassins du 7 Octobre – les pervers réactifs – qui considèrent ces derniers comme des Résistants – et les pervers passifs qui approuvent en arborant le foulard palestinien.

Je ne me suis pas arrêté sur une sous-catégorie de pervers qui, logiquement, ne devrait pas exister : les Juifs antijuifs. Mais ceci dépasse le domaine de la logique : l’antisémitisme et le racisme sont des formes de dérangement mental. Rien n’exclut donc que des Juifs en soient atteints : on a vu des Juifs antidreyfusards ou collaborateurs des nazis. Il existe aujourd’hui des « Juifs honteux d’Israël » (le pauvre Finkielkraut se déclare tel), qui préféreraient que l’Etat d’’Israël disparaisse. La plupart vivent en Europe ou aux Etats-Unis, mais il en existe en Israël, comme le contenu du quotidien Haaretz en atteste. Je tenterai d’expliquer cette haine de soi dans un autre article.

Un des ancêtres de cet antijudaïsme juif – baptisé « antisionisme » – est Marcel Liebman, professeur à l’ULB dans les années 1970 qui a publié un article intitulé « Sur le sionisme et l’antisémitisme », où il décrétait que « le lien entre antisionisme et antisémitisme est exceptionnel, tandis que le lien entre sionisme et antisémitisme est fréquent et même logique. »

Il en voulait pour preuve que Théodore Herzl, fondateur du sionisme, envisage le rôle des antisémites en faveur du sionisme. Hertz écrivait dans une lettre : « D’honnêtes antisémites devront être associés à l’oeuvre (sioniste) ». Le texte original de Herzl, en allemand parle de « anständige antisemiten »), traduit en anglais par « respectable anti-Semites », soit considérés comme socialement honorables, et pas des extrémistes violents. La traduction française « d’honnêtes antisémites » sous-entend qui agissent ouvertement et sans hypocrisie. J’ajouterais : contrairement aux gauchistes « antisionistes ». L’antisionisme, qui désignait une opposition à la création d’un Etat juif, ne désigne plus que la négation du droit à l’existence d’Israël. Il s’apparente à l’antisémitisme puisqu’il s’agit de supprimer Israël, ce qui est inconcevable sans violence. L’antisionisme et l’anti-israélisme dissimulant des projets mortifères.

Argument complémentaire : l’accord de transfert, signé avec l’Etat nazi en 1933, où des Juifs abandonnaient la plupart de leurs possessions pour pouvoir émigrer en Israël (aucun autre État ne les acceptant). Nos Bons Juifs antisionistes ont l’indécence de reprocher à ces Mauvais Juifs d’avoir sauvé leur peau en se laissant piller.

La perversité est toujours pétrie de « bons sentiments ». C’est ainsi que Liebman met les Juifs en garde contre l’existence de l’Etat hébreu qui entraîne une renaissance de l’antisémitisme (ce qui contredit le caractère « exceptionnel » du lien entre antisionisme et antisémitisme). Pour échapper à l’antisémitisme, il suffit de se montrer « bon juif » de gauche antisioniste. Rationalisation marxiste de la peur de l’antisémitisme.

L’historien israélo-américain Omer Bartov, coqueluche actuelle des médias, s’inscrit dans la lignée de Marcel Liebman, affirmant qu’Israël se livre à un génocide à Gaza. Sortant de son rôle d’historien, il croit à une intentionnalité : « les experts qui vont dans ce sens sont, je crois, maintenant majoritaires. » Comme si une majorité supposée suffisait à établir une vérité.

Pour preuve de l’intention génocidaire Bartov se contente de deux phrases du ministre Yoav Gallant et de Netanyahou, comme si un mouvement d’humeur était l’équivalent d’une politique organisée. Quant à la mise en œuvre du prétendu génocide : « La politique délibérée d’anéantissement des infrastructures, des logements, des écoles, des universités, des mosquées… donc de tout ce que rend possible la vie pour une population dans un territoire… prouve que l’intention de détruire le groupe ethnique palestinien, tout ou en partie, était de fait mise en œuvre. »

Une description où l’éminent historien omet un détail : l’ennemi, le Hamas attaque à partir de logements, d’écoles, d’universités, de mosquées, dans un territoire grand comme un mouchoir de poche, où il est impossible de le combattre sans détruire une partie des infrastructures.

Pourquoi d’ailleurs tenir compte de l’ennemi ? Bartov, qui est aussi futurologue, décrète « qu’Israël est devenu une puissance militaire qui ne peut pas être vaincue par ses voisins. » Qu’importent les centaines de milliers de drones, roquettes et missiles balistiques accumulés à Gaza au Liban, au Yémen et en Iran ? Les Israéliens n’ont qu’à se tenir dans leurs abris.  

Quant à l’attaque du 7 Octobre Bartov suspecte Netanyahou de l’avoir favorisé, dans le but de réaliser l’expulsion. Netanyahu aurait affirmé : « Nous avons détruit tous leurs logements, ils n’ont aucun endroit où revenir, le problème consiste à trouver des pays pour les accueillir. » Quel historien fiable ! Les propos de Netanyahou (résultant d’une fuite et non d’une déclaration) sont les suivants : « Nous détruisons de plus en plus de maisons, et les Gazaouis n’ont plus aucun endroit où revenir. Le seul résultat inévitable sera que les Gazaouis voudront émigrer hors de la bande de Gaza. » Il s’agirait là d’une conséquence de la guerre déclenchée par le Hamas et non d’un projet préalable.

Comme tout pervers qui se respecte Bartov n’oublie pas de souligner ses bonnes intentions. Il se présente comme « un homme inquiet » et intitule son livre : « Israël. Une course vers l’abîme ». Wishfull thinking…

Autre cas pathologique local, Marianne Blum, ancienne enseignante belge à Gaza qui écrivait le 7 octobre : « La résistance palestinienne de Gaza a réussi à entrer en Israël avec des ULM bricolés… Le mur de barbelé autour de Gaza est arraché à certains endroits. Les combattants ont ramené des véhicules militaires à Gaza. Ils ont pris aussi des otages. Même si on sait déjà que les représailles seront terribles, je ne peux m’empêcher de jubiler… Et je pleure déjà tous ceux qu’Israël exécutera. »

Elle participait à la conférence organisée par Ecolo Uccle ce 4 juin, où l’on discutait du « génocide prémédité » de Gaza. Elle fut aussi signataire en 2017 – avec d’autres « Bons juifs » marxistes et masochistes comme Rony Brauman, Jacques Bude, Henri Goldman, Anne Grauwels, Alain Gresh et Michel Staszewski – d’une carte blanche de soutien à Abou Jahjah, militant politique belgo-libanais proche du Hezbollah, dont on ne peut pas dire qu’il soit pétri de bonnes intentions, puisqu’il promettait à « tous les juifs en Israël » « la valise ou le cercueil ».

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Pour aller plus loin : captures d’écran du 16/8/2009 :

7 octobre 2023 :

© Marc Reisinger

Marc Reisinger est psychiatre et anthropologue. Il est notamment l’auteur de « Lacan l’Insondable » ou « Opération Merah »


« Les bons Juifs antisionistes » de Marc Reisinger a paru sur Pan Panalyse N° 4249 du 19 juin 2026


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