Pour reconstruire la France que nous aimons, la France qui s’aime
Abitbol, Chercheur indépendant en histoire des systèmes et géopolitique des cultures
Nous n’avons pas seulement à nous défendre contre les antisémites, nous avons à nous défendre contre la respectabilité qui nous désarme
Bernard Lazare (L’Antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894)
Quand les temps deviennent troubles, ce ne sont pas les éléments les plus légers qui remontent à la surface, c’est la boue du fond qui vient troubler l’eau pure.
Marc Bloch (L’Étrange Défaite, 1940)
Le mal n’est plus à nos portes ; il s’est installé dans nos théâtres, il s’est assis sur les bancs de nos écoles, il s’affiche sans fard sur les scènes subventionnées de la République. Ce qui s’est joué le 4 juin dernier à La Scala de Paris n’est pas un incident, encore moins un dérapage.
C’est le thermomètre exact d’une société en état de décomposition morale avancée, où des adolescents sont lynchés verbalement, humiliés et menacés de mort, non pour ce qu’ils ont dit, mais pour ce qu’ils sont.
Face à cette abjection, le directeur du théâtre bredouille des excuses de convenance. Le mal est fait, et ces contorsions tardives ne valent rien. Elles ne sont que l’écume d’une lâcheté partagée. Il est temps de crever l’abcès du déni : si la haine ancestrale ose aujourd’hui s’afficher avec une telle décomplexion en France, c’est parce qu’elle bénéficie d’une complicité sournoise au plus haut sommet de l’État.
L’illusion de l’assimilation et le grand reniement
Depuis plus de deux siècles, on exige des Juifs de France une invisibilité parfaite. Depuis les décrets napoléoniens, le judaïsme français a consenti à toutes les abdications cultuelles et culturelles, allant jusqu’à calquer l’organisation de ses synagogues et l’habit de ses rabbins sur le modèle de l’Église pour complaire à l’État, pour se faire accepter, pour acheter sa paix et sa sécurité.
Quelle tragique illusion ! Ce sacrifice de l’altérité n’a jamais servi de bouclier. Il n’a empêché ni le Décret infâme, ni la trahison de l’Armée et de la Justice lors de l’Affaire Dreyfus, ni la forfaiture absolue de Vichy et de ses flics parisiens raflant les enfants au Vel d’Hiv. L’histoire de France nous montre que l’assimilation est un marché de dupes : elle désarme la vigilance des victimes sans jamais extirper la haine des bourreaux.
De Gaulle : La fiction de l’élite face à la réalité du venin
Pour minorer la responsabilité du sommet de l’État dans la respectabilité de l’antisémitisme, la presse et la mémoire collective ont construit une fiction. On a choisi de retenir de la conférence de presse de Charles de Gaulle en 1967 les mots de « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », feignant d’y voir un compliment militaire maladroit pour masquer la charge idéologique réelle. Le mot « élite » a servi d’écran de fumée.
La réalité sémantique et clinique de son discours est infiniment plus calamiteuse. La véritable violence réside dans ses incises directes, qui réactivent les pires structures de l’antisémitisme doctrinal :
« …en dépit du flot tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils suscitaient… »
En employant le verbe susciter, de Gaulle opère un renversement de culpabilité abject. La persécution transhistorique et la Shoah cessent de constituer des crimes absolus pour devenir une réaction mécanique provoquée par la victime elle-même. Et pour achever le portrait, le Général aligne textuellement le triptyque du complotisme en évoquant les :
« …vastes concours en argent, en influence, en propagande, que les Israéliens recevaient des milieux juifs d’Amérique et d’Europe… »
L’argent occulte, l’influence des réseaux, la propagande médiatique : tout l’arsenal de la double allégeance est ici validé par le chef de l’État, transformant des citoyens français en agents d’une force financière internationale.
Cette violence intellectuelle n’est pas un accident isolé. Elle s’inscrit dans une continuité d’appareil qui transcende les époques. Ce même de Gaulle n’a eu aucun scrupule à propulser au cœur de la Vème République Maurice Couve de Murville, l’homme qui, sous le gouvernement Laval, avait été chargé d’extirper toute trace de judaïté dans l’économie française en gérant l’aryanisation des biens. Quelques années plus tard, son successeur Georges Pompidou accordait sa protection et sa grâce à Paul Touvier, le chef de la Milice lyonnaise, l’aidant à échapper à la justice avant qu’il ne faille attendre François Mitterrand pour qu’il soit enfin condamné. De l’aryanisation économique à la grâce des bourreaux de la Milice, l’État a toujours su protéger les siens.
Macron : La fiction républicaine face au permis de haïr
Aujourd’hui, Emmanuel Macron et sa diplomatie incarnée par Jean-Noël Barrot parachèvent cette faillite en usant de la même méthode. La presse retient d’eux la fiction de discours lisses sur la laïcité et l’ordre républicain, mais la réalité est celle d’une parole distillée qui désigne et isole.
En reprochant à mots couverts aux Juifs de France de « perdre leur universalisme » ou en liant leur détresse à des politiques qui « génèrent la barbarie », le sommet de l’État applique la formule de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc quelqu’un des tiens. » En pointant ce
« quelqu’un des tiens », le discours élyséen retire aux citoyens juifs leur statut d’individus égaux pour les rendre collectivement comptables d’un conflit mondialisé.
Le surgissement de la vase
Ce n’est pas le vase qui déborde, c’est la vase qui remonte. Ce qui sourd aujourd’hui dans les structures de notre société, ce n’est pas un trop-plein accidentel d’eau limpide, c’est le limon fétide des préjugés ancestraux, la boue des années trente que les institutions n’ont jamais voulu curer.
Quand le garant de l’unité nationale manie l’ambiguïté sémantique, quand il valide le fait qu’une communauté « suscite » la malveillance ou qu’elle manque d’universalisme, il remue ce fond boueux par pur calcul opportuniste.
Le directeur de théâtre qui harangue des lycéens à La Scala ou les mineurs qui crachent des insultes génocidaires ne font que traduire, avec la grossièreté de la rue, les distinctions subtilement théorisées dans les salons de la République.
Vichy n’était pas une parenthèse, c’était une synthèse. Et cette synthèse se recompose sous nos yeux, avec la bénédiction passive et sournoise d’un pouvoir qui regarde ailleurs.
Un État qui finance les lieux de l’infamie, un État qui protège historiquement les liquidateurs du passé et abandonne ses enfants d’aujourd’hui lorsqu’ils sont minoritaires dans une pièce, a rompu le pacte républicain.
Ce n’est plus une défaillance institutionnelle : c’est une trahison morale en bande organisée.
© Richard Abitbol

Président d’honneur de la Confédération Juifs de France et Amis d’Israël CJFAI, Conseil en relations internationales Conseils en stratégie de développements et d’investissements pour les Etats, et notamment pays émergents, et les grandes entreprises.
Richard Abitbol est Chercheur indépendant en histoire des systèmes et géopolitique des cultures

On reste sonné par votre analyse aussi claire qu’angoissante. Comment réagir ? Par où commencer ?
Un texte remarquable ! L’analyse de l’auteur est excellente, parfaite ! Bravo j’ai rarement lu un texte aussi fort sur le sujet !
Aaron Lustiger a marqué mon esprit par quelques écrits et remarques parmi lesquelles une résonne régulièrement dans ma tête : « ../..La haine détruit celui qui en est possédé…/.. »
pour sortir de la haine, j’estime qu’il avait raison, il est nécessaire de sortir de possessions. Possédé par des idées faciles qui nous gouvernent et limitent notre capacité à discerner.
De quoi sommes nous possédés ? de quoi procède cette haine qui se nourrit de sempiternelles ritournelles victimaires ?
Bravo pour ce texte plein de réalisme et de clairvoyance.
Oui c est l establishment Macron socialiste qui fait la promotion d un antisemitisme propulsé par ses alliés de gauche islamiste.
Un détail toutefois : les juifs ne sont pas les « enfants « d une république décédée de sa belle mort ,mais ceux du peuple juif et seulement du peuple juif.
L’ avis du maire de Neuilly-sur-Seine sur ces faits :
https://youtu.be/shQnNpVegk0?si=iicWmJkZG7Iw1KUW
excellent article, très bonne analyse, haut de gamme