La France en état de mort cérébrale. Par Pierre Martinet

L’assassinat atroce de la petite Lyhanna n’est que l’arbre qui cache la forêt.

Depuis plusieurs jours, nous replongeons dans les mêmes slogans : « Plus jamais ça », « Il y aura un avant et un après Lyhanna ». Les débats stériles s’enchaînent sur les chaînes d’information. Chacun y va de son commentaire, de sa solution miracle, comme toujours dans ces moments-là.

Les hommages, les bougies, les marches blanches témoignent d’une émotion légitime face à cette nouvelle horreur, qui succède malheureusement à une autre et précède déjà la suivante.

Et pendant ce temps, ceux qui dirigent notre pays depuis cinquante ans passent de plateau télé en plateau télé pour commenter leurs propres échecs. Incapables de protéger les Français, ils s’enferment dans les excuses, les justifications et les postures de circonstance.

La mort de la petite Lyhanna changera-t-elle les choses ?
Ma réponse est non.

Car c’est tout un pays qui devrait entreprendre sa remise en question, sa révolution morale, politique et civilisationnelle.

Au prochain drame, nous assisterons exactement au même scénario : les mêmes discours, les mêmes indignations calibrées, les mêmes responsables politiques dont l’unique obsession est de conserver leur place dans un système moribond.

Nous payons aujourd’hui, au prix fort, des décennies de renoncements. Mai 68 a diffusé le relativisme dans des esprits déjà fragiles et tétanisé des dirigeants qui ont progressivement conduit la patrie dans un état de décomposition avancée.

La France est en état de mort cérébrale.

Elle n’est maintenue artificiellement en vie que par les artifices successifs de gouvernements sans vision, par quelques pansements dérisoires appliqués sur une jambe de bois.

Ce vieux pays, si prompt à donner des leçons au monde entier, est incapable d’empêcher des barbares de mettre des villes à feu et à sang après un match de football. Incapable aussi d’empêcher des bandes dégénérées d’envahir des propriétés privées pour des “drug parties” géantes.

La colère gronde, mais elle reste sans conséquence.

Parce que les Français sont devenus résignés. Ils pensent être debout alors qu’ils sont déjà assis. Ils veulent tous le changement, mais personne ne veut changer lui-même. Ils avancent tête basse, prisonniers d’un confort qui les endort pendant que leur pays se défait.

Les responsables politiques, tous bords confondus, n’ont plus ni souffle, ni courage, ni vision pour inverser cette trajectoire suicidaire.

Dans ce pays à la dérive, nous avons une gauche insignifiante, sans colonne vertébrale, dont une partie de l’extrême préfère se vautrer dans le fantasme révolutionnaire, l’oisiveté idéologique et la soumission à une contre-culture islamiste qui nous détruit de l’intérieur jour après jour.

Mais la droite n’est guère plus rassurante : molle, policée, incapable de s’unir, presque honteuse d’exister. Elle parle de combat mais refuse toute confrontation réelle. Depuis des années que je les côtoie, je peux le dire avec gravité : je ne partirais au combat avec aucun d’entre eux. Aucun n’a aujourd’hui l’étoffe d’un chef capable de mener les batailles qui arrivent.

Ce vieux pays est englué dans un confort destructeur qui annihile toute volonté de survie.

Nous avons atteint un tel degré de délabrement judiciaire, sécuritaire, identitaire et économique que nous ne savons même plus qui nous sommes, d’où nous venons, ni où nous allons.

La France est en état de mort cérébrale.

Et notre président continue de regarder ailleurs, enfermé dans son déni depuis neuf ans. Aucun responsable n’a le courage d’assumer ses échecs ni la dignité d’en tirer les conséquences.

Le général de Gaulle, lui, connaissait le sens de l’honneur. Il venait d’une institution où l’abnégation, le courage, le sacrifice et l’amour du drapeau constituaient une morale de vie.

Tous ceux qui lui ont succédé portent une responsabilité écrasante dans la situation actuelle.

Alors oui, je pense que pour sauver ce pays de lui-même, il faudra un électrochoc. Une autorité ferme. Une main qui ne tremble pas. Une volonté capable de rendre aux Français la fierté d’être ce qu’ils furent jadis : un peuple debout, capable de combattre l’obscurantisme et de renaître de ses cendres.

Battez-vous.
Révoltez-vous.
Ne mourez pas sans combattre.

Et ne dites plus que vous n’avez pas les moyens.
Le véritable effondrement commence toujours par la résignation.

© Pierre Martinet

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Pierre Martinet est ancien agent du service Action de la DGSE, Fondateur et Président du Cercle patriotique Hermès

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9 Comments

  1. Vous avez raison
    Mais il faut remarquer que cette fois ci des manifestations ont eu lieu au bon endroit : devant des tribunaux et place Vendôme

  2. C’est un peu trop tard : le destin de la France s’est joué en 2022, voire 2017. Le mal absolu a triomphé dans les urnes. Peut-être même la fin était-elle inéluctable dès 1981.

    • Les « années Mitterrand » ont été en effet, avec des figures telles que Jack Lang, celles de tous les excès, de la destruction de toutes les digues morales, du règne de l’argent et des plaisirs. Jusqu’à cette pénible atmosphère actuelle de paganisme qui a envahi la France et l’Occident, où l’enfance est jetée en pâture à de nouveaux Moloch. Le point de départ de ce processus remonte à mai 68, et même au-delà, à l’époque où De Gaulle abandonna la culture et l’université à la gauche, comme un gage à un parti communiste à 25%. On croyait naïvement, à droite, à l’époque, que les affaires sérieuses c’était l’économie et la géopolitique. Eh non, les affaires sérieuses, celles qui conditionnent l’avenir, c’était l’école et la culture. Et la démographie bien sûr. Manque de lucidité ? Ou, déjà, « résignation » ?

  3. C’est à peu près pareil partout dans le monde, ce qui montre que le problème ne réside pas dans nos dirigeants.

    Deux sociétés capitalistes avancées sont toujours semblables. Deux sociétés capitalistes peu avancées sont toujours semblables. Deux sociétés féodales sont toujours semblables. Deux sociétés pastorales sont toujours semblables. Deux sociétés Amish sont toujours semblables. Deux sociétés de chasseurs-cueilleurs sont toujours semblables. Etc. C’est le système qui fait la société, pas le dirigeant.

    Vous pouvez donc remplacer le président de la République par qui vous voulez, vous n’obtiendrez jamais qu’une variante de ce que vous avez déjà. Une variante un peu meilleure, ou un peu moins bonne, mais seulement une variante.

    Si on ne comprends pas cela, alors on fait partie du problème.

  4. Merci monsieur Martinet, j’etais à la fac de droit d’Assas en mai 68, ; la destabilisation -aux consequences que nous vivons actuellement. prenait ses racines.
    Quant à la tolerance voire a la non reconnaissance des dangers de l’infiltration de l’islamisme en France et ailleurs, du reste, nous en payons le prix fort. Tout le monde a des opinions, mais l’esprit d;analyse semble s’etre appauvri. OUi, nous devons continuer, chacon a notre maniere, avec les armes dont nous disposons, nous devons continuer a reflechir, a analyser et a nous battre. La destabilisation de l”iran, la ceinture verte islamique auraient du nous I quieter. MErci pour votre billet.

  5. Pas un mot à retirer de votre texte Mr Martinet.Vision et constat partagés !
    Une seule question :
    on fait quoi ? On attend la mascarade de la présidentielle ?
    Comme vous je ne mourrai pas sans me battre quand ils viendront, j’espère que je ne serai pas seule…

  6. tout est dit dans votre texte Votre lucidité devrait pourtant sauter aux yeux d une majorité de Français Mais à l image de nos gouvernants , le peuple se plaît dans sa léthargie Merci à vous

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