Israël et le Conseil de la paix, nouveau défi et opportunités. Par Francis Moritz

Pour Israël, l’émergence du « Conseil de la paix » constitue un nouveau défi et une opportunité. Ce concept, hors l’ONU, illustre les coalitions ad hoc et les dilemmes du multilatéralisme. Cela fait des années que le système onusien n’a pas su évoluer avec la mondialisation. Le modèle actuel ne répond plus du tout au monde actuel.

S’il est vrai que nombreux sont ceux qui ont des reproches à formuler au président Trump, il faut reconnaître qu’il restera dans l’histoire comme celui qui aura fait bouger les lignes et ce n’est sans doute pas terminé.

A quoi assistons-nous ?

L’Union européenne est divisée, une coalition hors ONU a été constituée, qui sont autant d’enjeux stratégiques pour Israël

L’émergence du « Conseil de la paix » soutenu par Washington, combinée à une coalition de volontaires opérant hors cadre onusien, s’inscrit dans une transformation plus large de la gouvernance internationale. Cette dynamique rappelle le modèle des coalitions ad hoc utilisées en Ukraine, tout en révélant des contradictions au sein des États occidentaux et européens.

1. C’est clairement une architecture inédite, parallèle au système onusien

Le Conseil de la paix, officiellement conçu pour soutenir la stabilisation de Gaza, présente :

  • un mandat potentiellement mondial ;
  • des compétences proches du Conseil de sécurité ;
  • une gouvernance indépendante du système onusien.

Dans le même temps, la crise financière de l’ONU fragilise son rôle opérationnel.

L’ensemble suggère une évolution vers des mécanismes parallèles de gestion des crises, là où le système internationale a plutôt démontré son impuissance, face à un Conseil de Sécurité en permanente en position de blocage.

2. Gaza est devenu le laboratoire d’un nouveau modèle d’intervention

Ce que le dispositif prévoit :

Une force internationale de stabilisation

  • 20 000 soldats internationaux ;
  • désarmement du Hamas ;
  • maintien de l’ordre.

Une Gouvernance administrative internationale

Un Conseil exécutif de Gaza exercerait l’administration civile.

Ce modèle s’apparente à une gouvernance sous mandat international.

3. La coalition des volontaires : un modèle déjà éprouvé (Ukraine)

La coalition de soutien à l’Ukraine constitue un précédent important car elle s’inscrit hors du cadre onusien. Lors de sa création on n’a pas beaucoup entendu de voix s’élever pour mettre en question sa légitimité internationale.

Ses caractéristiques principales

  • aucune décision du Conseil de sécurité ;
  • fondement juridique : légitime défense collective ;

coordination via le format Ramstein

( Plateforme de coordination internationale pour l’aide militaire à l’Ukraine Le format Ramstein désigne le cadre de coordination créé en 2022 pour organiser le soutien militaire international à l’Ukraine après l’invasion russe. Il tire son nom de la base aérienne américaine de Ramstein en Allemagne, où s’est tenue la première réunion.)

  • coalitions capacitaires (F-16, défense aérienne, artillerie, drones).

Ce modèle permet d’agir lorsque l’ONU est paralysée. Ce qui se passe la plupart du temps, face au Conseil de Sécurité, dont les membres représentent des intérêts généralement opposés.

4. Une contradiction stratégique occidentale

Plusieurs États soutenant activement la coalition pour l’Ukraine se montrent prudents, voire réticents, face au Conseil de la paix.

Exemple de divergence

Participants majeurs à la coalition Ukraine :

  • États-Unis
  • Royaume-Uni
  • Allemagne
  • France
  • Pays-Bas
  • Italie
  • Pologne
  • pays nordiques et baltes

Position face au Conseil de la paix :

  • soutien ou participation : Hongrie, Bulgarie, certains États méditerranéens ;
  • présence diplomatique prudente : Allemagne, Italie, Pays-Bas, Pologne ;
  • opposition ou réserves : France, Espagne, Belgique, Irlande, Suède, Portugal.

Les mêmes États qui contournent l’ONU pour l’Ukraine hésitent à légitimer un organe parallèle perçu comme politiquement orienté.

Raisons de cette contradiction

Nature du conflit

  • Ukraine : soutien à un État agressé reconnu internationalement.
  • Gaza : gestion d’un conflit politiquement et juridiquement plus controversé.

Perception de neutralité

  • Ukraine : défense collective légitime.
  • Conseil de la paix : organe perçu comme dominé par Washington.

Risque politique interne

  • opinion publique plus divisée sur le conflit israélo-palestinien.

Implications géopolitiques

  • Ukraine : consensus occidental.
  • Moyen-Orient : intérêts divergents.

5. Union européenne : présence réelle, ligne politique fracturée

Position de la Commission

  • participation limitée à Gaza et à la reconstruction ;
  • maintenir une influence européenne ;
  • éviter la marginalisation.

Opposition menée par la France

Paris conteste la participation :

  • absence de mandat des États membres ;
  • ambiguïtés juridiques ;
  • risque d’affaiblissement de l’ONU.

Soutiens : Belgique, Espagne, Irlande, Slovénie, Suède, Portugal.

États engagés ou présents

  • membres : Hongrie, Bulgarie
  • observateurs ou diplomates : Italie, Roumanie, Grèce, Allemagne, Pays-Bas, Pologne, etc.

➡️ L’UE apparaît comme diplomatiquement fragmentée. Et par la même relativement impuissant.

6. Pourquoi l’Europe reste malgré tout à la table ?

  • premier donateur d’aide aux Palestiniens ;
  • influence sur la reconstruction espérée ;
  • gestion des risques migratoires et sécuritaires ;
  • éviter l’exclusion stratégique.

➡️ L’enjeu est d’influencer sans légitimer pleinement. On essaye de jouer au poker-menteur

7. Implications stratégiques pour Israël

Sécurité et stabilisation

  • désarmement du Hamas ;
  • présence internationale ;On voit même un grand pays musulman comme l’Indonésie prêt à participer au maintien de l’ordre
  • réduction du risque de reconstitution militaire.

Partage du fardeau de gouvernance

  • administration civile internationale ;
  • réduction du coût politique d’une occupation.

Légitimité internationale

  • implication d’États tiers ;
  • normalisation de nouvelles réalités sécuritaires.

Contournement des blocages diplomatiques

  • décisions plus rapides que via l’ONU ;
  • cadre plus favorable aux priorités sécuritaires.

Réduction de la perception d’occupation

  • participation d’États musulmans modérés.

8. Avantages et risques pour Israël d’une participation active

Avantages

Sécurité

  • stabilisation durable ;
  • neutralisation des capacités militaires adverses.

Diplomatie

  • partage de la responsabilité internationale ;
  • soutien américain consolidé.

Légitimité régionale

  • implication d’acteurs non occidentaux.

Efficacité

  • mécanisme décisionnel plus rapide que l’ONU.

Risques

Contestations internationales

  • opposition de grandes puissances ;
  • accusations d’érosion du droit international.

Légitimité contestée

  • perception d’un dispositif imposé.

Dépendance stratégique

  • dépendance accrue vis-à-vis des États-Unis.

Échec opérationnel

  • difficulté à désarmer le Hamas ;
  • instabilité persistante.

9. Les réactions internationales possibles

L’ONU

  • défense de sa légitimité ;
  • coopération humanitaire pragmatique ;
  • pression politique contre les structures parallèles.

Chine

  • critique d’un organe dominé par une puissance ;
  • défense du multilatéralisme ;
  • opportunités diplomatiques accrues.

Russie

  • dénonciation d’un contournement du Conseil de sécurité ;
  • instrumentalisation politique.

Inde

  • posture équilibrée ;
  • soutien au multilatéralisme ;
  • pragmatisme stratégique.

Le Conseil pourrait devenir un terrain de compétition entre visions de l’ordre mondial.

Conclusion

Le Conseil de la paix et la coalition de volontaires illustrent une mutation profonde de la gouvernance internationale : lorsque les mécanismes onusiens sont paralysés, des structures ad hoc émergent pour gérer les crises.

Cependant, une contradiction apparaît : plusieurs États occidentaux qui soutiennent activement une coalition hors ONU pour l’Ukraine hésitent à s’engager pleinement dans le Conseil de la paix, en raison de la sensibilité politique du conflit israélo-palestinien, de doutes juridiques et du risque de légitimer un ordre perçu comme unilatéral.

Pour Israël, ce dispositif offre des avantages sécuritaires et diplomatiques significatifs, mais comporte aussi des risques de contestation internationale et de dépendance stratégique.

Au-delà de Gaza, cette dynamique révèle un basculement possible vers un système international plus fragmenté, où coalitions ad hoc et institutions traditionnelles coexistent dans un équilibre instable.

Selon que vous serez puissant ou misérable,  

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

© Francis Moritz


Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps


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