« Le manuscrit sacré »de Didier Nebot. Un entretien réalisé par Sylvie Bensaid

Didier Nebot est un médecin humaniste qui troque son stéthoscope pour la plume et explore l’Histoire et le sacré avec autant de sérieux que d’appétit pour les histoires qui font voyager l’esprit.

Écrivain prolifique, Didier Nebot vient de publier « Le manuscrit sacré » chez Erick Bonnier. 

À cette occasion Tribune Juive s’est entretenu avec l’auteur. 

Tribune Juive : Cet essai historique s’inspire d’un document ancien écrit par le rabbin Éphraïm Ankoua, un talmudiste et médecin influent du XVe siècle. Comment avez-vous ressuscité, comment êtes-vous arrivé à retrouver ce manuscrit longtemps oublié dans la prestigieuse bibliothèque d’Oxford, tout comme les Manuscrits de la Mer Morte ont été découverts à Qumran?

Didier Nebot : En fait, en mai 2025, mon ami Ephraïm Enkaoua (même nom, même prénom), descendant direct à la 22 ou 23ème génération du Rab Aln’kaoua, m’a montré les photocopies du manuscrit original de son aïeul, conservé à la Bodleian Library d’Oxford, l’une des plus grandes bibliothèques du monde. Rien n’ayant été fait sur ce sur cette figure légendaire du judaïsme médiéval, cela m’a incité à faire cet essai historique très détaillé.

Tribune Juive : Vous racontez le destin hors du commun du Rav Ephraim Ankaoua, de l’Espagne après les pogroms de 1391, durant lesquels son père fut assassiné dans la synagogue de Tolède. Racontez-nous comment il trouva refuge à Tlemcen, au Maghreb, où il fut toléré par les autorités locales et respecté par juifs et musulmans ?

Didier Nebot : Longue et dramatique épopée que la sienne ! Lors des pogroms de juin 1391 en Andalousie et dans le reste de l’Espagne, le rabbin Israël Aln’kaoua fut brûlé vif dans sa synagogue d’Ecija. Son fils Ephraïm, avec plusieurs membres de sa famille, quitta en catastrophe ce pays maudit pour se réfugier au Maghreb. Là il subit d’abord la difficile condition de dhimmi imposée aux juifs, avant de pouvoir à Tlemcen, par sa personnalité hors norme, se faire apprécier par le monde musulman.

Tribune juive : Le livre comporte une double dimension : une analyse historique et la traduction intégrale en français des 49 pages du manuscrit, inédites jusqu’à présent (jusqu’alors seules des interprétations en hébreu existaient). Pouvez-vous nous en dire plus ?

Didier Nebot : En effet jusqu’à présent seule une interprétation en hébreu, datant du début du 20ème siècle, existait, sur, là aussi, des photocopies du document original conservé à Oxford. Le texte original, parfois lacunaire, semé de termes très anciens parfois illisibles ou désuets, nous a incité à ne pas faire une traduction en français mot à mot, mais à avoir une autre approche, celle qui restitue le sens global et l’esprit de l’œuvre.

Tribune Juive : comment Ephraim Ankaoua, médecin et rabbin, est devenu une figure respectée même au-delà de sa communauté, et comment son œuvre reflète un message de tolérance ?

Didier Nebot : En fait Ephraïm, rabbin et également médecin, soigna avec dévouement la fille du sultan Zianide de la région. Il sut se faire apprécier de ces musulmans qui pour beaucoup d’entre étaient d’anciens juifs de la tribu des Médiouna convertis par la force par les Almohades deux siècles plus tôt. J’ai découvert également que la fille du sultan, à l’insu de tous, avec l’accord d’Ephraïm, avait été enterrée dans le cimetière juif de Tlemcen.  C’est une des raisons secrètes des pèlerinages multiconfessionnels de Tlemcen. 

Tribune Juive : comment ce manuscrit et cette histoire se connectent aujourd’hui à l’identité juive et aux relations inter-religieuses. ?

Didier Nebot : La traduction que nous avons faite est d’une incroyable modernité, comme si Ephraïm Aln’kaoua avait écrit pour nous les gens du 21ème siècle. Il s’agit de paroles à la fois personnelles et universelles qui sont d’une étonnante actualité. En voici un petit extrait :

« J’enseignerai aux enfants d’Israël une voie droite et au service du Créateur. Je rassemblerai des paroles tirées de l’Écriture et des Sages, avec ordre et finalité. Mon intention n’est pas l’orgueil, à D. ne plaise, mais de faire bénéficier la multitude et de fortifier les humbles. »

Tribune Juive: Vous avez créé à cette occasion le groupe GMPL (Gardiens de la Mémoire du Peuple du Livre). Que représente-t-il exactement ?

Didier Nebot : En étudiant les manuscrits d’Ephraïm et de son père Israël Aln’kaoua, j’ai fait une découverte incroyable. J’ai trouvé 500 manuscrits rares, rédigés par des rabbins séfarades et ashkénazes de toute l’Europe, du Maghreb et jusqu’au Yémen, certains vieux de plus de mille ans. Pour échapper aux pogroms, ces textes précieux avaient trouvé refuge, en 1869, à Oxford, dans l’une des bibliothèques les plus prestigieuses du monde. Protégés mais oubliés, accessibles aux seuls chercheurs, ils ont survécu à ceux qui les avaient écrits, presque tous engloutis par les persécutions et les déportations. Leur origine embrasse toute l’Europe et ses confins : Russie, Allemagne, Pologne, Hongrie, Roumanie, Autriche, Bohème, Maghreb, Empire ottoman… Déposés au XIXᵉ siècle pour être sauvés, ils n’ont jamais été restitués. Les communautés ont disparu. Les textes, eux, sont restés. Ils ont traversé les siècles, l’exil et l’anéantissement. Ils sont toujours là.

À la suite de cette révélation, et dans l’esprit des grandes quêtes de sauvegarde du savoir, un collectif est en cours de création : GMPL « Les Gardiens de la Mémoire du Peuple du Livre » pour s’occuper des manuscrits Aln’kaoua et des 500 autres manuscrits qui semblent faire partie du patrimoine du judaïsme européen.

Propos recueillis par Sylvie Bensaid, Directrice de la rédaction. Tribune juive

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