La mort, sauvage, de Quentin Deranque pose à nouveau la question du rapport de la gauche à la violence et au totalitarisme. Bien que la « droite et l’extrême-droite » (comme on aime à dire aujourd’hui dans les médias pour embarquer dans l’opprobre la droite tout court) ait aussi à son débit des violences sporadiques ou massives, qui se sont même comptées en millions de morts pour le nazisme, extrême extrême-droite, il nous semble que « la gauche et l’extrême-gauche », comprises également comme un tout, entretient un rapport inévitablement plus systémique (encore un terme à la mode) à la violence et au totalitarisme que ce qu’elle vit comme étant son adversaire (« la droite et l’extrême-droite »), voire son ennemie.
Voici une hypothèse déjà développée après l’assassinat de Charlie Kirk :
La gauche, quelle qu’elle soit, molle ou dure, modérée ou radicale, est intrinsèquement totalitaire, en réalité ou en rêve. Je le sais : j’en étais.
Il a fallu plus d’un siècle de dégâts économiques systématiques pour que certains esprits à gauche – certains seulement – finissent par admettre que c’est bien l’appropriation collective des moyens de production elle-même, prônée par la doxa marxiste aux XIXe et XXe siècles (et l’égalitarisme qu’elle vise) qui aboutit à un appauvrissement général des sociétés où elle est mise en œuvre. Pour arriver à cette conclusion qui pourtant crevait les yeux, il a fallu reconnaître que ces échecs n’étaient pas dus à telle ou telle circonstance malheureuse comme « le socialisme dans un seul pays » pour l’Union soviétique, ou « le mur d’argent » pour le Front populaire, ou la méchanceté de tel ou tel « impérialisme » ou la malencontreuse incompétence de tel ou tel dirigeant de l’État socialisé ou encore la cruauté imprévue de tel autre : autant de prétendus empêchements qui permettaient de continuer de rêver. De rêver à quoi ? À une espèce de fin de l’histoire d’où l’Injustice serait enfin expurgée… pour les siècles des siècles.
Être de gauche, c’est en effet se battre contre l’Injustice. L’Injustice avec un grand I. L’Injustice qui concerne l’Humanité avec son grand H, et finalement sa grande hache. Quiconque ne se bat pas contre cette Injustice avec son I majuscule admet de fait l’existence de cette Injustice et sa perpétuation. Et donc en est le complice, ne serait-ce que par abstention silencieuse, et donc commet le « crime », réel ou moral, contre… ce magnifique rêve d’une Humanité sans Injustice. Plus grave encore : celui qui s’abstient de combattre l’Injustice avec son grand I commet sans le savoir un crime contre celui-là même qui pense et penche, même mollement, à gauche. Car être de gauche est en effet un constituant ontologique de la personnalité de celui qui se pense à gauche. C’est ce qui la maintient, cette personnalité, debout à ses propres yeux. Telle est la gratification symbolique que s’octroie l’homme (ou la femme) de gauche : il est contre l’Injustice, donc il est Bon. Plus encore : il est contre l’Injustice, donc il EST. Il est tout court. Toute critique, même vénielle, de son « combat » contre cette Injustice contre laquelle lui, homme ou femme de gauche, s’élève courageusement (ne serait-ce d’ailleurs qu’en pensée), devient une atteinte contre « son » humanité personnelle, et même contre sa personne particulière, laquelle, sans le I majuscule de l’Injustice qu’il croit combattre, menacerait de s’effondrer sur elle-même.
La « lutte », même passive et vague, contre l’Injustice (toujours le grand I), dont chacun à gauche pense vaguement pouvoir délivrer l’Humanité, devient ainsi une lutte personnelle contre de dangereux ennemis également « personnels », bien plus dangereux que de simples adversaires politiques : les ennemis de soi. En annihilant, en pensée ou finalement en fait, ces ennemis de la lutte contre l’Injustice, on sauve l’Humanité… et surtout on se sauve soi-même : coup double.
Cependant, depuis que le concept « être de gauche » est apparu au cours de la Révolution française avec les Montagnards qui siégeaient à gauche de l’Assemblée quand on la regarde depuis la tribune, l’Injustice majuscule qu’il faudrait urgemment et totalement éradiquer a beaucoup varié au cours de ces deux siècles : il fallait éradiquer l’Injuste royauté et ses Injustes privilégiés (Sieyès menaçait, avant 89, de les renvoyer dans les forêts de Franconie puisque les nobles étaient les « descendants » des Francs) ; finalement, on leur a coupé la tête), puis pendant un bon siècle et demi il fallait en finir avec l’Injustice Sociale faite aux ouvriers, et aujourd’hui il faut combattre l’Injuste Inégalité raciale faite aux « racisés » et l’Injuste Inégalité Sexuelle faite aux femmes depuis la nuit des temps et l’Injuste violence que subit depuis peu la Nature. Ce I majuscule est donc variable dans son objet, mais la constante est sa finalité : la sauvegarde de soi –, transformant en petits dictateurs de base, en France comme aux États-Unis, comme partout dans le monde, tous ceux qui s’en emparent pour se fabriquer une « âme » de quasi saints. C’est ce I majuscule qui ressurgit, intact comme au temps du communisme triomphant sur les esprits, et qui court de Paris à Seattle, avec, s’agrégeant autour de ce mât de pureté, tous les esprits de gauche, durs ou mous, des radicalement Insoumis aux Démocrates américains, en passant par les deux gauches prétendument irréconciliables, tous accrochés à un absolu ontologique salvateur : c’est la gratification symbolique qu’offre l’esprit de gauche.
Oui, dira-t-on, mais : ces Injustices dénoncées sont pourtant bien réelles, et méritent d’être combattues ! Oui, sans doute, mais ce sont autant d’injustices qu’il eut été et sera toujours loisible de combattre, ou d’atténuer, efficacement, à la seule condition de supprimer leur I majuscule purificateur qui aveugle les consciences qu’il pénètre, faisant plus de mal, un sournois mal totalitaire qui envahit les esprits, que de Bien.
Le bonheur est une idée neuve en Europe, avait écrit avec enthousiasme Saint-Just. Les deux siècles qui viennent de s’écouler depuis cette déclaration tonitruante ont prouvé que c’était surtout une idée mortifère. Combien de siècles encore pour que cette vérité amplement démontrée s’impose comme une évidence, au lieu d’encombrer les cerveaux faibles ?
© Julien Brünn

Journaliste. Ancien correspondant de TF1 en Israël
Dernier ouvrage paru :

L’origine démocratique des génocides. Peuples génocidaires, élites suicidaires. L’harmattan. 2024

Un texte de : https://1789-com.forumactif.com/t1167-la-gauche-et-la-collaboration-mitterrand-humanite
Il me semble compléter votre excellent article.
LA GAUCHE ET LA COLLABORATION.
Sa supériorité morale la gauche l’ a construite en s’ appropriant la douloureuse période qui a suivi la défaite de notre pays en 1940. C’ est du haut d’ un piédestal qu’ elle affirme : » j’ étais du côté de la Résistance « , qu’elle profère ses insultes : vous êtes pétainiste, vous êtes facho.
Pourtant ceux qui ont tant fait pour la libération de la France n’ étaient pas tous de gauche : Leclerc, Juin, De Lattre, Chaban Delmas et tant d’ autres moins connus étaient des conservateurs. De même De Gaulle qui a déclaré : » à Londres je n’ai trouvé que des juifs ou des Maurassiens ». Certains cagoulards, l’ extrême droite de l’ époque, étaient de fervents nationalistes, anti-allemands et hostiles à toute compromission avec l’occupant. La lutte pour la libération de la patrie devient donc pour eux une priorité. Et on trouvera des anciens de la cagoule ou de milieux apparentés parmi les premiers résistants.
A gauche l’appui du parti communiste au Pacte germano-soviétique a entraîné sa dissolution en septembre 1939 par le gouvernement d’Édouard Daladier et son entrée en clandestinité.
Le PCF, via son journal l’ Humanité devenu clandestin, a montré une volonté de collaboration :
« Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir avec les soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistro du coin. Bravo camarades, continuez même si cela ne plaît pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants ! La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante » ( source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k879187h/f2 )
De plus le PCF fait tout pour que son journal sorte de la clandestinité. En effet en juin 1940, dans Paris occupé, les dirigeants communistes proposent aux autorités allemandes d’autoriser la reparution de « L’Humanité ».
Concernant les socialistes les choses sont moins claires. On peut cependant noter que Mitterrand, créateur du parti socialiste en 1969, était un grand ami de Bousquet, entre autres organisateur de la rafle du Vel d’ hiver. Mitterrand avait aussi été décoré de la francisque par Pétain. On peut par ailleurs avoir une idée des choix politiques de certains socialistes en prenant connaissance de l’ existence du journal collaborationniste La France socialiste. Ce quotidien est publié à partir du 10 novembre 1941 sous la direction politique de René Château et de Georges Daudet, proche de l’ambassade d’Allemagne…. Il accueille alors essentiellement des hommes de gauche ralliés à la collaboration comme Eugène Frot, Gabriel Lafaye, Paul Rives, René de Marmande, Hubert Lagardelle, Claude Jamet, Pierre Hamp, Georges Daudet et René Saive.
L’équipe animatrice est formée de socialistes tentés par le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat …..
On y trouve aussi les députés socialistes amis de Paul Faure [ haut dirigeant socialiste, collaborationniste ] : Roger Lefèvre, Alexandre Rauzy ou Fernand Roucayrol ou des intellectuels comme Félicien Challaye ou Claude Jamet….. Hubert Lagardelle, figure du socialisme révolutionnaire et ami de Benito Mussolini [y participe ] du 28 janvier 1944 au 17 août 1944.
( source https://fr.wikipedia.org/wiki/La_France_socialiste )
Pour résumer on peut prendre l’ avis de Simon Epstein auteur du livre » un paradoxe français, Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance » : à Londres en 1940, autour du général de Gaulle, on trouve une conjonction de Juifs sur-représentés par rapport à leur poids dans la population et d’anciens maurrassiens et cagoulards, eux-mêmes en surnombre par rapport à leur poids politique d’avant-guerre.
Quant à la gauche pour cacher sa collaboration avec l’ occupant elle n’ a de cesse de » lutter contre le fascisme » et de nous rappeler » les heures les plus sombres de notre histoire « .
sources :
Quand le PCF négociait avec les nazis
https://www.lemonde.fr/societe/article/2006/12/09/quand-le-pcf-negociait-avec-les-nazis_843769_3224.html
« Quand la gauche collaborait, 1939-1945 »
https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/12/10/tv-quand-la-gauche-collaborait-1939-1945_5227582_1655027.html
« Quand l’extrême droite résistait »
http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/12/03/tv-quand-l-extreme-droite-resistait_5224002_1655027.html
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Un_paradoxe_fran%C3%A7ais
Mitterrand et Bousquet.
https://www.lepoint.fr/histoire/francois-mitterrand-fidele-a-ses-collabos-09-10-2016-2074610_1615.php
https://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2011/05/09/mitterrand-photos-taboues_1519152_3208.html
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complément : https://suicides-de-l-histoire.com/merlen/
Quand la sois disant » gôche » defend les tueurs du hamas et n ose pas dire un mot devant le massacre du peuple iranien de peur de froisser les mollahs nazis de Teheran , je me demande s il est encore utile de faire couler de l encre pour la defendre ou meme la definir .
Cette notion de positionnement politique qui donnerait une » superiorité morale » est grotesque et surannée .
Les bourgeois repus et ventripotents qui siegent a gauche a l assemblée ne sont que ……. des bourgeois ventripotents qui luttent pour continuer a vivre grassement avec l argent des autres .