United States of Confusion

United States of Confusion

5 – 10 février 2026

Ayons pitié des commentateurs de l’audiovisuel enchaînés à leur micro ; ils vont se tuer à la tâche avant que le super puissant président de la superpuissance internationale se décide. Ou plutôt que quelqu’un décide pour lui. Que faire de l’Iran ? En attendant, hôtes et confrères comptent les destroyères (pourquoi pas destroyeurs pour faire français ?) caressent les flancs de l’Abraham Lincoln, citent la presse américaine, prêtent l’oreille aux spécialistes qui comptent les pièces de l’armada, citent des médias américains et se demandent si le président Trump foncera ou fera marche arrière demain, la semaine prochaine, un jour lointain…

Pour des éclairs de lucidité on accueille des résistants iraniens à la parole forte, fiable et cohérente. Aussi dans la presse écrite, cette parole lucide trace une ligne claire à travers un champ de ruines parsemé de spéculations futiles et de répétitions creuses. Dont :

N’oublions pas, les Iraniens ont inventé N’oublions pas, les Iraniens ont inventé… ok, s’ils ne l’ont pas inventé ils sont les maîtres du jeu d’échecs. De fins négociateurs capables de faire tourner en bourrique les gars de Washington.

Non. Khamenei et ses sbires ne sont pas des Perses doués aux échecs. Ils sont des combattants en chef du jihad. Leur jeu est tellement transparent qu’on s’endort à le décrire. Poursuivre par tous les moyens le projet d’extermination des Juifs et de destruction de l’Occident ; diriger suprêmement le monde islamique, imposer au monde entier la soumission à Allah, faire régner la sharia partout et pour toujours. A cette fin ils emploient tous leurs moyens. Et ne négocient rien. Ils participent à des semblants de pourparlers faussement diplomatiques, en répétant les même mensonges à chaque rencontre, à chaque accord.

Donald J. Trump est maître dans l’art du deal. La diplomatie, tout comme la gouvernance sérieuse d’une grande démocratie, c’est du vieux jeu. Lui, le businessman qui parle cash et obtient ce qu’il veut, dépêche les nuls, Witkoff & Kushner, sur tous les hotspots du globe, terrorise les terroristes, lance des ultimatums sur son site Truth Social à 4 heures du mat’, possède des pouvoirs magiques. Il gagne là où les meilleurs ont échoué. Parce qu’il est imprévisible. C’est l’arme nucléaire du rapport des forces.

Non, il n’est pas imprévisible, il est incohérent.

Pousser le peuple iranien à multiplier les manifestations, à saisir les institutions, à tenir bon parce que help is on the way  [les secours arrivent] puis, au lendemain du massacre de milliers, voire de dizaines de milliers de manifestants, se satisfaire d’une promesse des mollahs de suspendre la pendaison de 800 prisonniers ; montrer les muscles d’une armada à nulle autre pareille, la laisser poireauter dans des eaux arabiques pendant que les génies de la géopolitique qataris, saoudiens, turcs, émiratis, omanais, syriens et les prénommés Witkoff & Kushner la retiennent en caquetant « une aventure militaire risque de déstabiliser la région »… ce n’est pas imprévisible, c’est incohérent.

L’Iran veut négocier. Quoi ? En fait, rien. Où donc ? A Istanbul, au cœur de l’impeccable démocratie turque ? Non. A Oman. Comme preuve de bonne foi, les joueurs d’échecs envoient un drone survoler le porte-avion Abraham Lincoln et des vedettes armées contre un pétrolier américain dans le détroit d’Ormuz. Eux, ils sont cohérents !!!

Les négociations prévues à Oman ce vendredi 6 février sont-elles une dernière preuve de bonne volonté de l’administration Trump avant la mise en œuvre de l’ultimatum passe-partout : Ça va barder ? Le Hamas cramponné à son pouvoir à Gaza en sait quelque chose.

C’est une ruse ? Du coup, je pense à D-Day 1944. Qui n’aurait pas eu lieu dans les conditions médiatiques et géopolitiques actuelles. Ce n’est pas la peine d’en aligner les raisons. C’est une évidence. Donc, une ruse tonitruante qui ressemble à une réclame commerciale ne risque pas de perturber le sommeil des enragés.

S’agit-il de prudence ? On va frapper, mais pas encore. Il faut tout mettre en place. Ah bon ? Il n’y avait pas dans les cartons un plan de guerre pour empêcher les jihadis d’obtenir l’arme nucléaire et les moyens de le livrer ? On était trop occupé à saisir le Groenland [N.B. c’est le « grunland » pas le « gro-en-land »] pour prévoir la campagne de défense du monde libre contre la conquête islamique ?

C’est que Trump n’hésiterait pas à utiliser la force formidable égale à rien de connu ou inconnu … s’il était certain d’y arriver, c’est dire d’accomplir l’objectif—qui reste à définir—dans cette situation plus compliquée qu’il ne se l’était imaginée à première vue. Tout comme l’embêtante guerre entre la Russie de son pote Poutine et la minable Ukraine têtue.

Dites-moi au moins que ce n’est pas un complot. Trump et ses compères prennent en charge le Moyen-Orient et empochent les bénéfices. A lire « Le récit glauque de l’entreprise familiale Trump-Witkoff » par Andrew McCarthy dans la National Review il y a de quoi s’inquiéter.

« Vous voulez connaître la différence entre les affaires de la famille Biden and celles de la famille Trump? C’est simple: rajoutez deux bons zéros au total glané par les Biden grâce aux abus de pouvoir, aux liaisons étrangères dangereuses et à la corruption généralisée pour arriver à ce que Trump a empoché rien qu’avec les Emirates  ».

Gaza, Mar a Lago, Abu Dhabi, le Bureau ovale, et pourquoi pas Téhéran, Kyiv, Caracas, la Havane… Qui pourrait résister au plan Witkoff Kushner Trump et al. ? Ils ont un plan, m’sieu. Un plan d’occupation des sols. Qu’ils n’ont pas eu honte de dérouler dans toute sa vulgarité à Davos le mois dernier. Appelons-le « le plan aveuglement du 6 octobre ». Tout le monde veut la même chose, une poule au pot, un toit au-dessus de la tête, un oreiller douillet où la poser, de bonnes écoles pour les gamins… Seulement, en l’occurrence il faudrait ajouter des tunnels, des armes de destruction massive, des gilets explosifs, des drones et des jeunes shahids, bref, la panoplie du jihad.

Ce sont eux, Witkoff & Kushner, qui jouent aux diplomates ce matin à Muscat. Je n’aime pas me répéter, mais, c’est du Playmobil.

Les pour-et-contre sont égrenés

Rien n’est certain. On peut bombarder sans être sûr de faire tomber le régime. On peut faire tomber le régime sans être sûr qu’il soit remplacé par une démocratie en bonne et due forme. Ça peut déclencher le chaos, la riposte terrible, un flot de réfugiés, la guerre civile, le blocage du détroit d’Ormuz, la hausse du prix de pétrole, des déconvenues électorales pour les Republicans aux midterms , une guerre régionale, voire mondiale. On peut tuer le père Khamenei et se retrouver avec le fils, plus vigoureux, plus rigoureux, plus dangereux.

Commençons par la fin. A croire des sources fiables, c’est le fils qui gère déjà la République islamique. Terminons avec le reste : oui, agir c’est prendre des risques. Personne ne peut en garantir le résultat.

Au contraire, laisser passer l’occasion d’assener un bon coup à la puissance la plus nuisible du monde entier, n’est pas risqué.  C’est inviter le pire désastre géopolitique du 21e siècle. La tyrannie iranienne va-t-elle tomber d’elle-même ? Non. Le peuple excédé et courageux peut-il, à mains nues, libérer le pays ? On voudrait dire oui mais c’est probablement non. Les mollahs vont-ils rendre les armes, renoncer à la conquête et chercher une bonne place dans le concert des nations ? Posez la question à Barack Obama, qui a tant voulu y croire.

Tout ce que ces sanguinaires peuvent faire s’ils sont attaqués demain, ils feront mille fois pire s’ils échappent à la correction juste et justifiée.

Et alors ?

13 janvier : Rich Lowry de la National Review verrait bien les chances d’une révolution iranienne en 2026 qui renverserait la débâcle de 1979, parce que Donald Trump n’est pas un Jimmy Carter en chandail de vieux murmurant des propos défaitistes. Trump c’est la force qui s’impose. Même cajolé par les Iraniens à négocier, il ne se laisserait jamais faire. Ils auraient tort de ne pas prendre ses menaces au sérieux. La chute du régime iranien entrainerait la perte d’un atout important pour nos ennemis, en opérant la transformation géopolitique d’un Moyen-Orient relevé du désastre de 1979. Ce serait un boom pour les Iraniens, pour nous et pour nos alliés.

[N.B. au lendemain du massacre du 8 et 9 janvier, le président américain a remercié l’Ayatollah iranien d’avoir suspendu l’exécution de quelques 800 prisonniers. Pareillement, grand prince, il a gentiment demandé à Vladimir P. de ne pas bombarder les installations électriques des villes ukrainiennes pendant la semaine de grand froid qui s’est abattu sur le pays.]          

Le 18 janvier, la mia amica grandissima Fiamma Nirenstein défend Donald Trump, accusé d’avoir laissé tomber les Iraniens qu’il venait d’encourager à défier le régime. Ce n’est pas si simple. Téhéran rêve toujours d’une guerre messianique, visant Israël surtout. Il faut aligner les puissances régionales, empêcher le Qatar de saboter, l’Arabie saoudite de dériver, le camp occidental de se fracturer. Rien n’est simple au Moyen-Orient. C’est la patience, pas la précipitation, qui décide.

Khaled Abu Toameh est moins tendre pour le président américain qui se croit faiseur de paix : son plan de paix pour Gaza est voué à l’échec s’il permet au régime iranien de garder le pouvoir. Le changement de régime aurait dû figurer dans le plan. Ce serait le meilleur, en fait le seul moyen d’éradiquer le Hamas et de détruire son infrastructure militaire, pas seulement à Gaza, mais dans tout le Moyen-Orient. Le régime iranien n’est pas le seul qui soutient le Hamas depuis des décennies. Le Qatar et la Turquie sont aussi mis à contribution. Ce pourquoi il est imprudent de les intégrer au Conseil de Paix sensé veiller à la gestion de la Bande de Gaza après-guerre.

Pas seulement l’administration Trump mais tous les pays occidentaux ainsi qu’arabo-musulmans devraient soutenir la contestation actuelle en Iran.

Peut-on se fier au président américain ?

Les éditeurs  du Washington Examiner s’inquiètent du message transmis au Premier ministre norvégien par le président Trump pour justifier son acquisition du Groenland en compensation du refus de lui accorder le prix Nobel de la Paix. Des propos mal polis, contre-productifs et franchement déséquilibrés. De notre vie on n’a rien vu à ce point éloigné de ce qu’il faut par les temps qui courent, qui exigent du sang froid, une stratégie et des tactiques réfléchies.

Citant des responsables de sécurité israéliens (anonymes), Yoni Ben Mnachem aligne calmement les raisons d’agir. Il serait « géopolitiquement fou » de tendre au régime iranien, plus faible que jamais, la bouée de sauvetage qu’il cherche désespérément. Après avoir poussé le régime sur la défensive, avec une stratégie de pression économique et militaire, le président Trump commettrait une erreur de magnitude historique s’il ratait cette occasion. En outre, la sécurité nationale américaine sera en danger si les ennemis voient que les menaces militaires ne sont qu’un bluff. Rater l’occasion aujourd’hui serait un désastre moral et stratégique. Le chemin à suivre n’est pas « négociation » c’est le refus de renforcer le mal absolu.

Qui avec le bras tendu sauvera le peuple de l’alliance ?

Trump, son administration et, surtout, ses négociateurs se comportent comme des poupées parlantes. On les remonte et ils déversent à chaque fois les mêmes propos, qu’il s’agisse de l’Ukraine, de l’Iran, de Gaza : on a eu une réunion très constructive, positive, fructueuse. On compte se réunir de nouveau dans un délai très court.

Derrière ce verbiage, prolifèrent de grandes souffrances, des injustices, des menaces à l’ordre mondial, des dangers existentiels. La redoutable puissance militaire américaine n’est que décor de scène géopolitique et costume de théâtre pour le président.

Sa politique étrangère est décousue, incohérente, entremêlée, mal exprimée. Il n’y a pas de vue d’ensemble. Pas de suite dans les idées. C’est de la bande dessinée. Chaque case est encadrée, sans lien entre la précédente et la suivante. Des déclarations tonitruantes aux contestataires iraniens sonnent comme des cris de stade—Allez-y les gars—alors que la promesse d’aide en route disparait dans la case suivante, où l’ultimatum—s’ils tirent sur les manifestants, je frappe—est annulé par l’engagement cynique des massacreurs de mettre fin aux exactions et on passe à la case suivante– les négociations. Le président des Etats-Unis se félicite de la suspension des pendaisons prévues pour 800 manifestants emprisonnés, sans se fatiguer à demander qu’ils soient relâchés. Au suivant. On échange déjà de grands sourires et des poignées de main à Muscat. Les poupées parlantes ânonnent positif, constructif, à se revoir bientôt. Le président se confie aux journalistes : les Iraniens ont très très envie de signer un accord.  Pour ses beaux yeux ? Comme Vladimir qui ne manquerait pas de conclure illico un cessez-le-feu en Ukraine ?

Toutes les comparaisons inutiles—Irak, Afghanistan, Vietnam, Libye—sont répétées à l’envie. Une, pertinente, n’est pas évoquée : les mises en garde contre l’opération de 2003 face à la redoutable armée irakienne. J’ai dans mes archives d’innombrables articles tirés des médias français promettant aux Américains une défaite cinglante aux mains de cette armée qu’ils sous-estiment à tort.

Faut-il croire aujourd’hui que les forces alliées d’Israël et des Etats-Unis ne peuvent pas asséner un premier coup monumental qui empêchera les jihadistes iraniens de riposter plus que symboliquement ? Que les dégâts de cette intervention ne seront pas d’une telle ampleur qu’aucune tyrannie ne pourrait s’imposer dans la foulée ? Que la population ainsi libérée ne saura pas faire mieux que n’importe quelle administration bâtarde issue des négociations indécentes avec des sanguinaires sans pitié ?

La république islamique qui occupe l’Iran est la clé de voûte du jihad contemporain. Aucune action, depuis la deuxième guerre mondiale, ne pourrait avoir des conséquences aussi spectaculaires que l’élimination de ce fléau : un bouleversement des rapports de force. La libération des énergies épuisées à présent à traiter un à un, inefficacement, les conséquences de cette guerre contre la liberté, la démocratie, l’espoir.

Comment agir, comment, sans avoir une vision stratégique de l’enjeu ?

Qui sera le dirigeant capable de le faire ? Est-il possible d’avoir tout faux, d’émettre des déclarations vides de sens, de diligenter des émissaires incompétents et irresponsables, de s’endormir sur le guidon et malgré tout cela, de finir par prendre la bonne décision et d’offrir au monde libre un cadeau inouï ?

Je ne sais pas ce que Trump va décider. S’il recule, c’est qu’il suit la logique exposée ici. S’il agit en homme d’Etat et chef du monde libre, sa décision méritera une reconnaissance globale.

Ce que je sais, c’est que Bibi ne court pas en urgence à Washington mercredi 11 février pour apporter au patron une liste de courses : n’oubliez pas svp d’inclure dans les négociations les missiles balistiques, les proxies, les droits humains de la population… et quelles autres promesses qui ne seront jamais tenues ?

Il va dire, n’est-ce pas, allez-y, chef. Sinon, nous on le fera ?

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