Certaines révélations jettent une lumière crue sur les postures morales trop bruyantes. Les informations récemment évoquées autour d’Ehud Barak — figure historique de la gauche travailliste israélienne, ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur — appartiennent à cette catégorie troublante. Selon des documents et témoignages cités dans le cadre élargi de l’affaire Epstein, Barak aurait exploré, par l’intermédiaire de Jeffrey Epstein, des pistes visant à proposer des services et technologies de sécurité israéliennes au Qatar, en échange de financements. Des démarches qui auraient même inclus des contacts personnels.
Il ne s’agit pas ici d’un détail anecdotique, mais d’une question de cohérence nationale et morale. Le Qatar n’est pas un acteur neutre : c’est un État régulièrement accusé de financer et d’héberger des réseaux liés au terrorisme islamiste. L’idée même qu’un ancien chef militaire israélien ait pu envisager de monnayer une expertise sécuritaire stratégique auprès d’un tel régime soulève des interrogations lourdes — politiques, éthiques et sécuritaires.
Or, ce même Ehud Barak s’est imposé ces dernières années comme l’un des chefs de file les plus visibles de l’opposition au gouvernement israélien. Présent à toutes les manifestations, omniprésent dans les médias, il se pose en arbitre suprême de la « démocratie », de la « morale » et de la « sécurité nationale ». Cette posture apparaît aujourd’hui sous un jour nouveau.
Car lorsqu’on a flirté avec des lignes rouges nationales, lorsqu’on s’est exposé à des réseaux opaques, lorsqu’on peut être vulnérable à des dossiers compromettants, la survie politique devient une nécessité existentielle. Renverser un gouvernement attaché à la souveraineté, à la fermeté et à la clarté n’est plus un combat idéologique, mais une urgence personnelle.
Il n’y a, semble-t-il, aucun abîme moral que cette gauche cynique ne rechigne à explorer, avant de se draper dans les habits du camp du « bien ». Les faits, eux, ont la mauvaise habitude de revenir — et de fissurer les masques les mieux polis.
© Jean Vercors

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