La vérité commence à percer, avec le témoignage des Iraniens qui passent la frontière avec la Turquie, à la recherche d’une connexion internet. Ils décrivent un pays « en état de choc », après une répression d’une férocité inouïe : « Aux urgences, la nuit du 8 janvier où je travaillais, nous marchions tous en bottes tant il y avait de sang sur le sol. » Ce message vocal, – que Le Monde a pu écouter -, a été envoyé par un médecin de garde dans le nord de l’Iran, qui préfère rester anonyme, dans son groupe familial le 15 janvier, à la faveur d’une connexion Internet miraculeuse qui n’a duré que quelques minutes.
Depuis la fin du soulèvement, à la mi-janvier, les ONG de défense des droits humains multiplient leurs tentatives d’établir des bilans de la terrible répression orchestrée par les mollahs iraniens. Un travail de vérification lourdement ralenti par la coupure d’Internet instaurée le 8 janvier et toujours partiellement en vigueur. Hier l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks a dénoncé une décision visant précisément, selon elle, à « masquer l’ampleur de la répression meurtrière contre les civils ».
L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a, elle, confirmé la mort de 3 428 manifestants, disant cependant craindre que le chiffre réel atteigne 25 000 morts. La chaîne d’opposition Iran International, basée à l’étranger, affirme pour sa part que plus de 36 500 personnes ont été tuées, citant notamment des documents classifiés et des sources sécuritaires. Dans son dernier bilan, HRANA fait aussi état de l’arrestation d’au moins 41 283 personnes. A l’encontre des « accusés et les principaux instigateurs des émeutes », le chef du pouvoir judiciaire a promis dimanche des procès « au plus vite » et « sans la moindre clémence ».
Après avoir proféré des menaces de frappes aériennes contre l’Iran, Donald Trump s’est finalement rétracté. Même si la question se pose toujours, en coulisses, les pays du Golfe sont à la manœuvre pour dissuader le président américain d’intervenir directement, craignant un embrasement de la région. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’est réfugié dans un bunker souterrain doté d’un réseau de tunnels à Téhéran, selon un rapport publié samedi par le site d’information d’opposition Iran International. Cette décision fait suite aux avertissements de hauts responsables militaires et sécuritaires concernant la probabilité croissante d’une attaque américaine. La situation a rapidement évolué, Trump a certes annoncé que les États-Unis « ont de nombreux navires en route vers l’Iran, mais, après avoir menacé la théocratie iranienne, le président américain exprimait l’espoir de ne pas avoir à utiliser ses moyens militaires contre Téhéran. Frappé comme jamais depuis 1979, le peuple iranien est seul face à ses bourreaux.
© Jean-Marcel Bouguereau

Poster un Commentaire