Khomeini et la révolution islamique : l’idéologie d’une guerre longue contre Israël, l’Occident et la modernité — entre soutien occidental paradoxal, persécutions internes et menaces globales. Par Nicolas Carras

« … Tout cela s’inscrit parfaitement dans la vision politique et idéologique de l’ayatollah Khomeini, qui dans son Livre Vert* et dans ses discours a clairement exposé un projet à très long terme de renversement des systèmes occidentaux**… »

Khomeini a construit très tôt un discours où Israël et le sionisme occupent la place d’ennemi central, non comme un simple État adverse mais comme une entité idéologique et religieusement illégitime : il accuse le Shah d’avoir collaboré avec Israël dès sa création, présente cette coopération comme une trahison de l’islam et l’une des raisons majeures de la révolte iranienne, affirme que le « régime sioniste» constitue un danger existentiel pour les nations musulmanes, décrit Israël comme un projet expansionniste avançant par étapes pour contrôler la région, transforme la question palestinienne en obligation religieuse collective, appelle à l’unité du monde musulman contre ce qu’il nomme la domination sioniste, émet en 1967 une fatwa de boycott total d’Israël et de toute relation économique avec lui, assimile le sionisme à un instrument du colonialisme occidental et des États-Unis, parle d’oppression structurelle des Palestiniens, développe l’idée que combattre Israël relève du devoir islamique, et même si certaines formules célèbres comme la métaphore du « cancer » sont surtout documentées chez ses successeurs, l’ensemble de son corpus établit une hostilité radicale à l’existence même d’Israël, conçu non comme un adversaire politique négociable mais comme une anomalie historique à faire disparaître, position qui devient l’un des piliers idéologiques de la République islamique et légitime, selon lui, la mobilisation permanente, le soutien aux mouvements armés et la sacralisation du conflit comme lutte métaphysique entre l’islam authentique et un projet sioniste présenté comme étranger, impérial et corrupteur.

Khomeini a bâti une idéologie où l’Occident n’est pas un simple adversaire géopolitique mais le cœur d’un système corrupteur total, accusé d’avoir pillé l’Iran et le monde musulman, d’avoir maintenu les peuples dans l’arriération pour s’approprier leurs richesses, leurs ressources humaines et leur terre, d’avoir soutenu le Shah comme instrument local de cette domination, d’avoir transformé l’économie iranienne en marché dépendant détruisant l’agriculture et l’autonomie nationale, d’avoir imposé une culture matérialiste, séculière et décadente qui sépare la religion de la vie publique, promeut l’individualisme, le relativisme moral et le consumérisme, et vide les sociétés musulmanes de leur âme, il affirme que l’Occident et l’Est soviétique ne sont que deux visages d’un même impérialisme, d’où le slogan « ni Est ni Ouest, seulement la République islamique ».

Il voit dans l’adoption des modèles occidentaux une trahison des élites locales devenues agents de l’étranger, il décrit l’influence culturelle occidentale comme un poison qui recrute la jeunesse, efface la civilisation coranique et crée une dépendance mentale plus profonde encore que la dépendance économique. Il transforme cette opposition en devoir religieux en appelant à affronter le monde entier avec l’idéologie islamique, présente la lutte contre les puissances occidentales comme une mission historique de libération des opprimés, établit un clivage civilisationnel absolu entre l’Islam authentique et un Occident corrupteur, fait de l’indépendance politique, culturelle et spirituelle l’objectif central de la révolution, et conçoit la République islamique comme une alternative globale destinée à remplacer l’ordre occidental, non par une simple réforme mais par une transformation anthropologique de l’homme façonné par la modernité, faisant de l’anti-occidentalisme non un thème parmi d’autres mais l’axe structurant de sa vision du monde et de son projet de pouvoir.

Il y a une véritable schizophrénie chez une partie des Occidentaux qui continuent de regarder le régime des mollahs comme un partenaire possible alors qu’il est l’un des ennemis les plus constants de l’Occident. Ce régime a financé et armé un terrorisme explicitement anti-occidental, a organisé des attentats, pris des otages, a appelé à la destruction d’alliés démocratiques.

Il y a dans cette relation quelque chose de profondément mortifère, presque une pulsion de soutenir ce qui vous hait et veut vous détruire. Alors que jamais dans l’histoire les peuples ne se sont volontairement rapprochés de ceux qui annonçaient leur anéantissement.

Le fait que la France ait indirectement favorisé la révolution islamique dit beaucoup de l’état idéologique d’un pays prêt à accompagner ce qui le nie, comme une marche consentie vers sa propre fin. Sans parler du soutien initial apporté par certains gauchistes occidentaux à cette prise de pouvoir théocratique, qu’ils voyaient comme un progrès humain, avant que leurs homologues gauchistes iraniens ne soient persécutés, emprisonnés ou assassinés par le régime — un paradoxe d’autant plus saisissant que ces mêmes gauchistes occidentaux sont restés étonnamment silencieux face à ces persécutions, révélant un nihilisme profond, une incapacité à reconnaître la nature réelle d’un pouvoir dont le soutien au terrorisme a rendu ce régime directement responsable de la mort de millions de personnes.

Tandis que l’Union européenne garde aujourd’hui le cul entre deux chaises, condamnant du bout des lèvres mais poursuivant l’apaisement là où il faudrait une fermeté sans aucune concession, quitte à retirer nos entreprises d’Iran par simple décence morale face aux massacres.

L’Occident qui autrefois savait faire la guerre à ceux qui voulaient l’envahir et le détruire semble ne plus comprendre que les ennemis déclarés de la liberté et de la prospérité ne s’arrêteront pas devant quelques communiqués diplomatiques, et que tendre la main à un pouvoir qui fait profession de vous haïr revient à désarmer soi- même sa propre civilisation.

Le régime iranien ne se contente pas d’être un acteur hostile à l’Occident et porteur d’une idéologie anti-liberté, il vit littéralement de son soutien à des réseaux armés*** qui perpétuent la violence régionale et qu’il utilise pour étendre son hégémonie politique et religieuse, en finançant et armant des milices chiites telles que les Kataeb Hezbollah en Irak, des composantes de la Résistance islamique en Irak, les Brigades al-Mokhtar à Bahreïn ou encore d’autres unités pro-iraniennes intégrées aux Hachd al-Chaabi, qui ont mené des attaques contre des forces occidentales ou participé aux conflits en Syrie et en Irak et dont les actions ont coûté des centaines voire des milliers de vies civiles et militaires dans la région, illustrant ainsi que le régime ne se borne pas à un discours mais organise, forme et déploie des acteurs armés pour atteindre ses objectifs géopolitiques et sectaires .

Khomeini défendait une vision messianique et universaliste de la révolution islamique : « La révolution islamique n’est pas limitée à un pays ou à une nation, elle est destinée à libérer tous les peuples opprimés du joug de l’impérialisme et de la domination occidentale. » (Extrait de discours et écrits de Khomeini, notamment dans Velayat-e Faqih). Cela implique que la révolution iranienne devait soutenir tous les mouvements qui partagent cette opposition aux régimes pro-occidentaux, y compris par la voie armée. Dans ses fatwas et discours, Khomeini a justifié la guerre contre les régimes occidentaux et leurs alliés comme un devoir religieux : « Combattre l’impérialisme américain et ses alliés est une obligation pour tous les musulmans. » (Extraits du Petit Livre Vert et de ses fatwas). Ce qui légitime non seulement une opposition idéologique, mais aussi un soutien actif aux groupes qui mènent cette lutte. Dans sa doctrine, le combat contre l’Occident ne pouvait être limité à la guerre conventionnelle, mais devait inclure une guerre asymétrique, de guérilla, de sabotage et d’actions terroristes, portée par des groupes militants et milices. Khomeini voyait dans ce « djihad » une méthode pour miner l’ennemi de l’intérieur. Le Petit Livre Vert insiste sur la nécessité de détruire les influences occidentales dans les sociétés musulmanes et de créer un système islamique pur, ce qui suppose de combattre activement les structures occidentales et leurs relais locaux, par tous les moyens, y compris armés. Khomeini conçoit la révolution islamique comme une mission mondiale et une guerre permanente contre l’« Occident » et ses alliés, justifiant et encourageant explicitement le soutien à des groupes armés qui portent ce combat sur le terrain, en Iran ou à l’étranger. Ce soutien est vu non comme une tactique opportuniste mais comme une obligation religieuse et stratégique intégrée à la doctrine khomeyniste, visant à détruire « l’ennemi » de l’intérieur et à renverser l’ordre mondial occidental.

Parallèlement, au cœur même de la République islamique, les minorités religieuses, notamment les chrétiens, subissent une répression systématique où les libertés de culte, d’expression et d’association sont niées : les chrétiens persanophones et surtout les convertis sont régulièrement arrêtés, poursuivis et emprisonnés pour apostasie ou « activités anti-sécurité », souvent dans des procès expéditifs, et font face à des peines lourdes, de la torture, des discriminations institutionnelles et une surveillance constante, tandis que les églises en langue persane sont interdites et que la persécution déclarée par le système judiciaire iranien est dénoncée par des organisations de défense des droits humains comme massive et ciblée, ce qui constitue une violation flagrante des droits religieux et civils fondamentaux de milliers de croyants qui n’ont qu’un crime — croire et adorer librement — et qui sont traités comme une menace intérieure à éliminer . Cela montre que loin d’être un État « tolérant » ou simplement anti-occidental, le régime iranien entretient et manipule des forces violentes à l’extérieur tout en réprimant brutalement des populations civiles et religieuses à l’intérieur, ce qui renforce la dimension mortifère de sa politique régionale et intérieure, et souligne que toute complaisance ou soutien de la part d’acteurs occidentaux relève soit d’une ignorance des faits, soit d’un malaise idéologique profond où la sympathie pour des mouvements « anti-occidentaux » se mue en complicité indirecte avec des acteurs dont les pratiques contredisent fondamentalement les principes de liberté, de tolérance et de respect des droits humains.

On constate aujourd’hui une persécution généralisée des chrétiens à l’échelle mondiale avec des chiffres effarants : selon l’Index mondial de persécution, près de 388 millions de chrétiens vivent dans des contextes de fortes persécutions ou discriminations, 4 849 chrétiens ont été tués en raison de leur foi sur une seule période de 12 mois, 4 712 ont été détenus, 3 632 églises ciblées, et plus de 22 700 forcés de fuir leur pays à cause de leur profession de foi, — période récente du 1ᵉʳ octobre 2024 au 30 septembre 2025, c’est-à-dire les douze derniers mois couverts par le rapport 2026 de l’ONG Portes Ouvertes, qui documente la persécution des chrétiens dans le monde entier selon ses critères. — Ces chiffres montrent une violence structurelle envers les croyants simplement parce qu’ils sont chrétiens ; ces violences s’exercent surtout en Afrique subsaharienne, en Asie ou dans des zones contrôlées par des islamistes radicaux ou des régimes autoritaires qui considèrent le christianisme comme une menace, ce qui fait de la persécution chrétienne l’un des phénomènes les plus graves au monde en matière de droits humains .

En Iran même, où il existe une petite communauté chrétienne, le régime théocratique a intensifié la répression en criminalisant la pratique chrétienne et les conversions, au point que au moins 96 chrétiens ont été condamnés à des peines de prison en 2024, soit quatre fois plus qu’en 2023, avec un total cumulé de 263 années de prison infligées, ce qui montre une multiplication par six des peines prononcées contre des croyants, incluant des peines, amendes et interdictions civiques, une persécution d’État qui nie toute liberté religieuse pour ceux qui sortent des cadres autorisés par la charia iranienne.

Pourtant, une partie de l’Église catholique mondiale, en particulier dans ses appels au dialogue interreligieux ou à une « paix islamo-chrétienne », donne parfois l’impression de minimiser la gravité de ces attaques contre les chrétiens, en recherchant une coexistence qui ne prend pas pleinement en compte que des communautés chrétiennes sont systématiquement visées, réduites à la clandestinité, emprisonnées ou contraintes à l’exil, et que des acteurs soutenus par des régimes comme l’Iran contribuent à un environnement où l’intolérance religieuse prospère.

L’attitude d’une partie de l’institution catholique qui met l’accent sur le dialogue et la fraternité sans toujours faire un constat ferme et exclusif de la violence anti- chrétienne peut apparaître, aux yeux de beaucoup, comme une forme de fantasmagorie d’entente pacifique là où il n’existe pas de paix, tandis que des milliers de chrétiens continuent d’être massacrés, emprisonnés ou forcés de fuir sans que la voix morale de l’Occident ou de l’Église ne frappe avec la même force que lorsqu’il s’agit de défendre d’autres causes.

Certains papes, comme récemment le pape Léon XIV, ont appelé à la paix et au rejet de l’arrogance et de la violence dans les conflits — y compris au Moyen-Orient — tout en exprimant de la solidarité envers les chrétiens persécutés, mais ces appels restent souvent dans le registre du dialogue diplomatique et de l’appel à la réconciliation plutôt que dans celui d’une condamnation ferme et sans équivoque des persécutions religieuses et des régimes qui les tolèrent ou les encouragent, une posture qui pour beaucoup reflète un monde chrétien fatigué, encore absorbé par l’idéal de paix universelle et incapable de reconnaître avec la sévérité requise que l’ennemi déclaré de la liberté religieuse ne se satisfera pas de quelques mots de critique et que la neutralité apparente ou l’angélisme face à la persécution continue de laisser des populations entières dans la souffrance et l’exil.

Il existe un paradoxe vertigineux dans l’attitude d’une partie des milieux qui se proclament progressistes (chrétiens ou non), défenseurs des droits humains, de la liberté et de l’égalité, et qui se montrent pourtant complaisants envers des courants politico-religieux issus du monde islamique dont les textes de référence – certains hadiths, certaines lectures du Coran, des doctrines juridiques classiques – servent aujourd’hui de justification à des mouvements qui persécutent les femmes, les apostats, les homosexuels et les minorités religieuses, au point que la majorité des victimes de ce radicalisme sont d’ailleurs des musulmans eux-mêmes.

Le problème ne se limite pas à « quelques milliers de djihadistes » mais à des cercles concentriques où se trouvent ceux qui combattent, ceux qui financent, ceux qui justifient moralement, et ceux qui, tout en disant condamner le terrorisme, le relativisent dès qu’il prétend répondre à un blasphème ou à une offense supposée, comme on l’a vu après les massacres de Charlie Hebdo ou dans le soutien populaire accordé au Hamas dans plusieurs pays, y compris en France.

Cette volonté obsessionnelle de ne jamais heurter la sensibilité musulmane conduit à un aveuglement idéologique qui trahit les principes mêmes que ces progressistes prétendent défendre, alors que des chrétiens d’Orient, des yézidis, des dissidents iraniens, des femmes sans voile obligatoire, sont pourchassés au nom d’une vision théocratique du monde.

Rien, dans les institutions dominantes de l’islam contemporain, n’a proclamé officiellement la fin de l’idée de conquête religieuse ou de supériorité de la charia sur les lois civiles, et face à cela une partie de l’Occident vit dans une bulle technocratique persuadée que le dialogue suffira, pendant que dans le monde réel des gens sont égorgés, pendus ou exilés, ce qui crée une situation inédite où des héritiers des Lumières finissent par s’allier, par ressentiment contre leur propre civilisation, avec des forces qui annoncent explicitement vouloir détruire cette même modernité.

Le radicalisme n’a jamais reculé, il s’est simplement déplacé et réorganisé, notamment dans les prisons européennes devenues des incubateurs idéologiques où de jeunes détenus sans repères rencontrent des prédicateurs informels qui reprennent presque mot pour mot la vision que l’ayatollah Khomeini avait théorisée : l’Occident est une civilisation impie, décadente, qu’il ne faut pas réformer mais abattre, et si la guerre frontale n’est pas possible, alors il faut le miner de l’intérieur par la radicalisation des esprits, la constitution de communautés séparées, le rejet des lois civiles au profit d’une lecture politique de la charia, cette stratégie a fait école bien au-delà de l’Iran, des Frères musulmans aux réseaux salafistes, avec l’idée que chaque attentat, chaque crise identitaire, chaque concession faite par peur rapproche un peu plus l’objectif final.

Et pendant que l’Europe parle de réinsertion et de déradicalisation, des milliers de détenus sortent de prison plus idéologisés qu’ils n’y sont entrés, convaincus que la démocratie est une faiblesse et que la liberté d’expression n’est qu’un blasphème institutionnalisé, ce qui prolonge directement le projet khomeyniste d’une guerre longue, culturelle et démographique, où l’on n’attaque pas seulement des soldats mais les fondements mêmes de la société occidentale, son école, ses lois, son rapport aux femmes, aux juifs, aux chrétiens, aux incroyants, et cette continuité historique montre que ce que l’Occident prend pour un simple problème sécuritaire est en réalité un projet politique global qui ne s’est jamais caché : détruire de l’intérieur ce qu’on ne peut pas conquérir de l’extérieur.

En Occident, on se retrouve aujourd’hui avec une large partie de la population musulmane déconnectée des valeurs que l’Occident est censé défendre — liberté, égalité, souveraineté démocratique — car beaucoup préfèrent résoudre leurs conflits, leurs différends et leurs modes de vie à travers la charia plutôt que par les institutions civiles comme la mairie ou les tribunaux ; ce n’est pas un délire complotiste : il existe bel et bien une « nation dans la nation », avec des millions de musulmans en Europe occidentale qui ne verraient aucun problème à ce que les sociétés soient islamisées, à commencer par la France où plusieurs enquêtes montrent qu’une part importante des musulmans soutient l’application de la charia comme loi supérieure.

Ce n’est pas l’œuvre de quelques milliers d’extrémistes isolés, mais un phénomène sociologique réel, aux racines profondes, que les élites technocratiques et progressistes refusent d’affronter de peur de briser leur vision idéalisée multiculturelle, alors même que cette réalité anthropologique est un fait tangible, un défi majeur à la cohésion nationale, un conflit latent entre deux visions du monde qui pourrait, si on le nie, mener à des fractures irréversibles.

Tout cela s’inscrit parfaitement dans la vision politique et idéologique de l’ayatollah Khomeini, qui dans son Livre Vert et dans ses discours a clairement exposé un projet à très long terme de renversement des systèmes occidentaux, non par une conquête militaire immédiate, mais par une guerre culturelle, démographique et spirituelle, une stratégie de conquête patiente et totale de la société de l’intérieur, fondée sur l’implantation progressive de la charia et l’effacement des valeurs laïques et démocratiques.

Khomeini lui‑même déclarait dans le Livre Vert que le combat contre l’Occident était inévitable et que la victoire ne pouvait être qu’une question de temps, que cette révolution islamique devait s’étendre et transformer les sociétés sur plusieurs générations, sans précipitation, mais avec une détermination inébranlable.

Des voix musulmanes influentes aujourd’hui confirment cette lecture et appellent à ne pas sous‑estimer la portée d’une doctrine qui ne se limite pas à des slogans, mais est un projet politique global et cohérent, enraciné dans des textes et des écoles de pensée, ce que la technocratie occidentale, obnubilée par ses idéaux progressistes et gestionnaires, semble encore refuser de voir en face.

Ce n’est pas un problème de quelques extrémistes isolés, mais une vision à long terme, une entreprise de plusieurs siècles qui avance inexorablement, et continuer à « caresser dans le sens du poil » cette idéologie, à vouloir ménager des sensibilités sans en mesurer la nature réelle, c’est tout simplement ignorer les leçons déjà écrites et donner du temps à ce qui est un défi civilisationnel majeur.

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© Nicolas Carras

Nicolas Carras – Créateur (vidéo – son – photo), artiste, poète
https://nicolascarras.wordpress.com/


Notes

* — Le Petit Livre Vert de Rouhollah Khomeini n’est pas un ouvrage unique rédigé d’une traite, mais une compilation d’extraits tirés de ses écrits, fatwā et discours, rassemblés après la Révolution islamique de 1979 pour rendre accessible au public occidental les fondements de sa pensée politique, religieuse et sociale. L’édition française la plus connue, publiée en 1979 par Jean-Edern Hallier, est extraite de trois œuvres majeures de Khomeini : Velayat-e Faqih (La tutelle du juriste islamique), Kachfol-Asrar (La clé des mystères) et Towzihol-Masa’el (L’explication des problèmes). Ce recueil présente plusieurs axes fondamentaux. D’abord, la théorie de la velāyat-e faqīh, qui pose que l’autorité politique doit être exercée par un juriste islamique qualifié pour assurer une société conforme à la loi divine, principe central inscrit dans la Constitution iranienne de 1979. Ensuite, le rôle suprême de la charia comme unique fondement légitime du droit et de l’organisation sociale, toute autre source étant perçue comme corruptrice et non conforme à la volonté divine. Le Petit Livre Vert porte aussi une critique acerbe des systèmes politiques occidentaux, qu’il considère incompatibles avec l’islam, qualifiant la démocratie libérale et la laïcité de formes corrompues et décadentes. Enfin, il comprend de nombreuses fatwā contraignantes sur la morale, la vie sociale et politique, soulignant que la politique doit toujours se subordonner à l’autorité religieuse islamique, incarnée par le Guide suprême.

Ce livre est fondamental pour comprendre l’État théocratique iranien, car il condense une doctrine qui lie étroitement religion et pouvoir politique, revendique la primauté de la loi islamique sur toutes les sphères de la vie, et envisage un renversement radical de la modernité occidentale au profit d’une société islamique intégrale. Khomeini y expose une vision où la guerre contre l’Occident ne se limite pas à un affrontement militaire, mais s’incarne dans une stratégie culturelle et spirituelle visant à miner et remplacer de l’intérieur les valeurs laïques et démocratiques par une autorité religieuse absolue. Par ses fatwā et ses discours, il ordonne une réforme totale des comportements sociaux et politiques, fondée sur la charia, dont la tutelle politique est assurée par le faqīh, seul légitime à gouverner.

En résumé, le Petit Livre Vert n’est pas un simple recueil spirituel, mais un manifeste politique et idéologique clé, exposant la fusion de la religion et du pouvoir, la critique radicale de l’Occident, la primauté de la loi islamique et la doctrine qui structure encore aujourd’hui la République islamique d’Iran.

**Dans la vision de Khomeini, l’Occident ne se réduit pas à un simple adversaire militaire ou géopolitique, mais à un système global — culturel, politique, moral — qu’il faut renverser de l’intérieur en affaiblissant ses fondements, ses valeurs et son unité. Son projet ne vise pas seulement une confrontation frontale, mais une guerre culturelle et idéologique, une infiltration progressive, notamment via la contestation des valeurs laïques, la promotion de la charia, la division sociale et la radicalisation interne. Cela correspond bien à ce qu’il a exprimé dans ses discours et écrits : une stratégie de longue durée où l’islam politique doit supplanter la modernité occidentale en s’appuyant sur ses failles internes — corruption morale, matérialisme, individualisme, perte de repères — pour la remplacer par un ordre théocratique. Parler de volonté de « prendre l’Occident par l’intérieur » est donc tout à fait conforme à l’analyse rigoureuse de sa doctrine.

*** Principaux groupes islamistes et milices soutenus par l’Iran :

  • Hezbollah (Liban) – Milice islamiste chiite fondée en 1982 avec l’aide d’Iran, devenue une force politique et militaire puissante au Liban. Armée paramilitaire non‑étatique soutenue financièrement et militairement par Téhéran via l’IRGC. Ciblé par sanctions et désignations terroristes par plusieurs pays occidentaux.
  • Hamas (Territoires palestiniens) – Mouvement islamiste sunnite à Gaza (Harakat al‑Muqawama al‑Islamiyah), financé, formé et armé par l’Iran depuis les années 1990. Reçoit des fonds importants, des armes et une formation militaire.
  • Ansar Allah / Houthis (Yémen) – Groupe zaïdite chiite actif au Yémen, soutenu par l’Iran avec des missiles, des drones et des formations. Capable d’attaques de grande envergure dans la région du golfe et contre des intérêts internationaux.
  • Kata’ib Hezbollah – Milice chiite irakienne armée, financée et dirigée par l’IRGC, impliquée dans des attaques contre forces américaines et alliées.
  • Asaib Ahl al‑Haq (AAH) – Milice créée en 2006, entraînée et armée par l’Iran, responsable de milliers d’attaques contre forces occidentales et irakiennes.
  • Harakat Hezbollah al‑Nujaba – Formation issue de groupes chiites irakiens avec soutien logistique et formation de l’IRGC.
  • Kata’ib Sayyid al‑Shuhada (US désignation terroriste) – Milice chiite irakienne soutenue par l’IRGC, impliquée dans attaques contre forces internationales.
  • Harakat Ansar Allah al‑Muqtada & Liwa al‑Taf & Saraya al‑Dafa al‑Shaabi – Groupes supplémentaires liés à l’Islamic Resistance in Iraq et alignés sur Téhéran selon désignations américaines récentes.
  • Mukhtar Army – Milice chiite irakienne avec idéologie khomeyniste et lien d’allégeance à l’Iran, active en Irak et en Syrie.
  • Saraya Ashura – Milice islamiste chiite irakienne proche de l’Iran (Hachd al‑Chaabi).
  • Liwa Fatemiyoun (Division des Fatimides) – Milice islamiste chiite formée par l’Iran, composée principalement de combattants hazaras afghans, active en Syrie.
  • Liwa Zainebiyoun – Brigade formée de Pakistanais chiites, soutenue et organisée par l’Iran pour combattre en Syrie.
  • Ashab al‑Kahf – Groupe islamiste chiite irakien opérant contre forces américaines, décrit comme mandataire de l’Iran.
  • Saraya al‑Mukhtar (Bahreïn) – Milice chiite à Bahreïn soutenue par des réseaux iraniens et chiites irakiens durant le soulèvement anti‑gouvernemental.
  • Al‑Ashter Saraya (Bahreïn) – Autre groupe chiite lié à l’IRGC impliqué dans attaques contre forces civiles et gouvernementales.

Mécanismes de soutien : L’Iran déploie ce soutien surtout via la Force Qods de l’IRGC (planification, formation, logistique), le financement annuel (dans certains cas des centaines de millions de dollars, particulièrement pour Hamas et Hezbollah), l’armement et drones envoyés aux groupes alliés, des conseillers militaires sur le terrain pour structure, entraînement et stratégie.

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