Dissection d’un troll antisémite. Par Richard Prasquier

Aujourd’hui,  ma chronique porte sur un personnage dont le nom est inconnu. C’est  un de ces relais  de la rhétorique anti-israélienne qui sont des vecteurs de contamination antisémite. Je l’appellerai troll numérique, quelqu’un que la fréquentation des poubelles d’Internet a transformé en foyer de haine militante. Le tout, évidemment, au nom du bien….

Sur sa page  Facebook, couvert de l’inévitable keffieh, il regarde fièrement son interlocuteur et lui déploie sa profession de foi: «From the river to the sea, etc…». ce qui sous-entend la disparition d’Israël.

 Il n’est pas le seul, me direz-vous, mais je reconnais que j’ai une raison personnelle d’être choqué par ce qu’il publie et je voudrais prendre mon temps pour démonter certaines de ses allégations, celles notamment qui portent sur le trafic des organes et sur le génocide à Gaza, quitte à me plonger dans une comptabilité nauséabonde.

Rima Hassan, dont chacun connaitl’extrême attachement à la vérité historique, avait relayé une accusation du Hamas suivant laquelle les cadavres  palestiniens rendus par Israël à la suite des accords d’automne 2025  avaient des organes manquants. Une  accusation analogue avait déjà été portée dix huit mois auparavant à Khan Younès. Malgré leur hostilité  à l’égard d’Israël. Aucune ONG, à l’exception des ONG palestiniennes,  ne les avait relayées. C’est que sur le simple plan logistique, elles sont aberrantes.

Prélever un coeur, un foie ou un rein, et même la peau, sur un cadavre, pour le greffer sur un receveur, nécessite une logistique complexe et des délais très limités, notamment dans la chaleur de Gaza. 

Des prélèvements subreptices, surtout de cornée, avaient eu lieu dans le passé  dans des morgues  de plusieurs pays, dont la France. Ce n’est que après  les années 1990 où s’est généralisée une législation sur l’inviolabilité du corps humain que cette pratique  a disparu. Elle n’a provoqué de procès que en Israël, où fut condamné le directeur d’un Institut médico-légal où avaient eu lieu des prélèvements sans consentement des familles sur des cadavres israéliens ou Palestiniens. 

En 2009, un journaliste de « Aftonbladet », un quotidien suédois, publia un article accusant les soldats israéliens d’avoir retiré des organes à des Palestiniens décédés sous leur garde. 

Il n’y eut pas le moindre degré de confirmation, mais l’accusation se diffusa d’autant plus facilement qu’elle retrouvait le vieux mythe du meurtre rituel et le prélèvement sur un cadavre se transforma  insidieusement en assassinat pour retirer un organe.

C’est bien cela que suggère notre troll dans un commentaire personnel: «Le peuple élu… Un peuple mensonger et sans aucune éthique…»

Il accuse évidemment Israël de commettre un génocide à Gaza. Mais cette accusation, dont il faut sans cesse répéter  qu’elle est fausse et qu’elle n’a été validée par aucun organisme légitime, est devenue d’une telle banalité que les ennemis d’Israël ont besoin d’aller plus loin, de prétendre que ce génocide est pire que celui qu’ont perpétré les nazis et qu’il est donc très anormal que les dirigeants israéliens n’aient pas subi le sort de ces derniers. 

Pour éveiller les consciences, notre troll diffuse donc des documents percutants et définitifs. Dans son métier, il utilise beaucoup les statistiques, et cette connaissance donne  du prestige à des chiffres qu’il n’a pas inventés lui-même, mais qu’il relaie sur les réseaux avec avidité.

Le 3 septembre 2025 il publie l’information suivante: «D’après toutes les données recueillies, le nombre de morts à Gaza est d’au moins 680 000 dont 380 000 sont des enfants de moins de cinq ans ». Pour le nombre de morts, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne reflète pas «toutes les données recueillies». C’est dix fois plus que ce qu’annonçait alors le fameux ministère de la Santé de Gaza.

Pour les enfants de moins de cinq ans, c’est 60 000 de plus que le nombre total d’enfants de cet âge habitant à Gaza suivant les statistiques disponibles…

Venons-en à la comparaison  qui prouve que Gaza est pire qu’Auschwitz. Nombre d’enfants tués par jour à Auschwitz: 125. Nombre d’enfants tués par jour à Gaza (en octobre novembre 2023): 178.

Voyons un peu. Fin novembre 2023, le Hamas annonçait la mort de 5800 enfants de moins de 18 ans. Pour arriver à 178 par jour, il faut déjà admettre qu’il il y a 32 journées et non 48 entre le 13 octobre et le 30 novembre. 

Et comment arrive-t-il au nombre de 125 enfants tués par jour à Auschwitz?  Entre le premier gazage de Juifs le 20 mars 1942 et le dernier le 2 novembre 1944, il s’est écoulé 958 jours et on estime que 220 000 enfants de moins de 18 ans y ont été assassinés. Ce qui représente 230 enfants assassinés tous les jours à Auschwitz et non pas 125. 

Mais ces 220 000 enfants ne sont qu’une petite partie des 1500 000 enfants juifs assassinés par les nazis pendant la guerre. Même si notre troll numérique n’en a cure, il  y a une différence entre des enfants qu’on assassine de sang froid et des enfants qui sont tués dans des bombardements au cours d’une guerre; il y a aussi une différence entre les enfants désarmés et des jeunes combattants du Hamas entre 15 et 18 ans. Et il y a une dernière différence entre des chiffres qui ont été établis par des études historiques soigneuses et ceux qui proviennent d’un ministère du Hamas fantomatique, erratique et biaisé. Et enfin, je ne sache pas que les Juifs aient commis quoi que ce soit qui ressemble au 7 octobre 2023.

Notre troll numérique, en fouillant le Net, a appris d’un de ses confrères anglophones la grande différence entre le ghetto de Varsovie et Gaza et il nous la livre pour notre instruction : c’est que pour chaque soldat allemand tué par la résistance juive à Varsovie, les Allemands tuaient 50 Juifs. Pour chaque israélien tué (killed)  à Gaza le 7 octobre, les Israéliens assassinaient (murdered)  60 Palestiniens. La conclusion s’impose: les Juifs sont pires que les nazis. 

Je suppose que cette comptabilité délirante a quelque chose à voir avec la notion de Sühne, expiation, devenue punition collective dans le langage nazi et appliquée en Pologne contre la résistance polonaise (non juive) et je vois bien le désir effréné de comparaison avec les nazis, ces nazis, pour qui rappelons-le quand même, travaillait avec ardeur le mufti de Jérusalem, héros absolu de Hassan el Banna, des Frères Musulmans et du Hamas.

Pour notre troll, on l’a compris et il l’annonce sans fard dans ses publications, un seul ennemi, le sionisme, cet état sanguinaire et barbare et ses alliés. Ces criminels, qu’il appelle sarcastiquement le «peuple élu», il demande «qu’ils aillent tous en enfer», manifestant un sens  remarquable de la nuance. 

Et il ne manque pas, après les avoir copieusement insultés, de livrer en pâture les photos de certains de ceux  qui en septembre avaient  demandé au Président de conditionner la reconnaissance de l’État de Palestine à  la libération des otages et au démantèlement du Hamas.

Jean Raph Zahar

Ce troll numérique s’appelle Jean Ralph Zahar et si ses déclarations m’ont bouleversé, c’est qu’il est médecin, comme je le suis. Il est même Professeur universitaire et le proclame fièrement pour donner du poids à ses prises de position.

Leur code de déontologie demande aux médecins de s’abstenir de diffuser des informations non scientifiquement étayées. Je ne ferai pas de commentaires sur la façon dont le Dr Zahar a violé ce code, car ils s’imposent d’eux-mêmes. Ce qui ne fait pas de doute, c’est qu’il est un antisémite passionné et ses écrits font penser qu’il est prêt à aller très loin pour assouvir sa passion. 

Les instances disciplinaires viennent de condamner deux médecins pour leurs égarements  sur les réseaux sociaux en faveur du Hamas. J’espère que les autorités judiciaires et administratives de notre pays prendront les mesures nécessaires pour que le Dr Zahar, professeur de pathologie infectieuse,  ne puisse plus infecter la profession et au-delà de ses haines et de ses mensonges.

© Richard Prasquier

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