Faut-il désespérer des démocraties face au totalitarisme ?

Certains jours, il serait tentant de postuler que le président américain est tout simplement fêlé.
Que signifie d’annoncer le lancement de la phase 2 du « plan de paix » pour Gaza, puis la constitution d’un « Conseil de la paix » pour Gaza alors que le Hamas occupe la moitié du terrain et a fait savoir depuis plus de six mois qu’il ne désarmerait pas, contrairement à ses engagements ?
L’autre dossier qui inquiète sur la capacité de jugement du président américain est l’Iran. « Tenez bon les petits, on arrive ». Tel était, en substance, le message qu’a adressé Donald Trump aux insurgés iraniens. Le monde entier s’attendait à une intervention militaire américaine.
Et puis PSCHITT ! L’intervention n’a pas eu lieu.
Deux hypothèses possibles concernant l’Iran :
1– Pleutrerie. Les États-Unis de Trump prennent l’apparence d’une démocratie musclée, laquelle se révèle tout aussi pusillanime qu’une autre face à des totalitarismes islamiques retors et sans scrupules.
2– Ruse. Donald Trump qui remercie les dirigeants iraniens de ne pas avoir exécuté les prisonniers politiques ? Trop énorme pour qu’on y croie. Netanyahou qui recommande au président Trump de ne pas tenter de renverser le régime des mollahs ? Encore plus énorme ! Du coup, quelques experts suggèrent qu’une opération est en cours.
L’avenir proche dira quelle hypothèse, 1 ou 2, est la bonne.
LES DÉMOCRATIES DOIVENT-ELLES AGIR CONTRE LE TOTALITARISME ?
Les « fous de Dieu » de Gaza ou d’Iran sont certes amoindris et couverts de bleus. Mais ces nazis musulmans menacent la paix du monde.
Le terme « nazi » n’a pas ici valeur morale. Il indique la nature des régimes en question.
Des dirigeants qui
affirment agir selon la volonté de Dieu,
estiment que leurs ennemis sont une incarnation du Mal,
n’agissent ni ne respirent dans le même espace mental que le commun des mortels.
Leur vision du monde relève d’un système totalitaire, tel que Hannah Arendt l’a défini dans « Les Origines du totalitarisme ».
Les ayatollahs et le Hamas – tout comme les nazis – sont intimement persuadés que l’État d’Israël – c’est-à-dire les juifs – représente l’ennemi absolu : une « entité » illégitime, corruptrice, qui fait tache sur une terre islamique et avec laquelle il n’y a rien à négocier. Pour les bolcheviks (autres totalitaires), l’ennemi absolu était le capitalisme.
À l’instar des nazis, les islamistes postulent que la disparition d’Israël est tout à la fois un aboutissement et un avènement. La présence d’Israël rend la vie des “vrais croyants” intolérable, son absence ouvre la voie à une ère nouvelle. Un communisme islamique en quelque sorte. Quand l’ex-président iranien Ahmadinejad parlait « d’effacer Israël de la carte du temps [1] », il reprenait l’idée du leader fondateur, l’ayatollah Khomeiny, de renvoyer les juifs au néant d’où ils ont eu le culot de sortir un jour.
Pourquoi les démocraties rechignent-elles à la guerre contre le totalitarisme ?
Les démocraties pensent qu’il est toujours possible d’apaiser un monstre totalitaire. Jusqu’au 7 octobre 2023, Israël croyait qu’il avait « dissuadé » le Hamas. À Munich, en 1938, Daladier et Chamberlain aussi étaient persuadés d’avoir calmé Hitler.
Les démocraties libérales pensent la politique comme un espace de conciliation et de transaction ; le régime iranien, le Hamas ou Hitler pensent la politique comme un outil pour atteindre l’absolu.
Le malentendu est donc total.
Les régimes totalitaires ont besoin d’un ennemi extérieur (le capitalisme, les juifs, Israël…) qui unifie la population, distribue le sens, justifie la mobilisation permanente… pour la guerre.
Presque immanquablement, la dynamique totalitaire élargit sa focale sur l’interne. Une critique envers le chef et le protestataire devient une figure de l’ennemi extérieur.
En 2018, les opposants avaient été qualifiés d’« agents de l’étranger », c’est-à-dire d’espions du Mossad, et donc de juifs.
En 2022, les Iraniens qui protestaient dans la rue contre les violences mortelles infligées à Mahsa Amini par la police religieuse des ayatollahs ont été qualifiés d’ « agents sionistes ».
En 2026, face à une vague de protestation sans précédent, l’argumentation du régime iranien n’a pas varié : « Des agents du Mossad accompagnent les manifestations, et leurs interventions sont la cause des violences et des meurtres qui ont eu lieu. »
Un régime qui, comme celui des ayatollahs depuis 1979, s’est donné pour but de rayer Israël de la carte n’a pas d’autre choix que d’amalgamer ses opposants internes aux « juifs ». Lesquels doivent être exécutés. Même s’ils sont musulmans.
De Staline à Mao, du Cambodge à l’Iran, les ennemis intérieurs ont été dévorés plus rapidement et plus efficacement que l’ennemi extérieur. En Iran, une population qui exprime sa lassitude de la « Palestine » apparait comme une tache sur l’horizon, laquelle doit être effacée.
Aux yeux du régime iranien, les manifestants menacent le cœur du projet eschatologique : ils réclament l’abolition de l’ennemi absolu. Aucun régime totalitaire ne supporte un tel sabotage ontologique.
Face à ces logiques, la pusillanimité des démocraties occidentales constitue-t-elle une prudence diplomatique ou une complicité par omission ?
Face au totalitarisme islamique, les démocraties ne peuvent plus plaider l’ignorance ; elles connaissent la nature du régime iranien, et savent qu’elles ne sont pas à l’abri. Les soldats français ont payé un prix élevé à Beyrouth en 1983 (attentat du Drakkar [2]). Les États-Unis savent que l’Iran fournit des drones à la Russie pour son invasion de l’Ukraine et du pétrole à prix réduit à la Chine en soutien direct de son effort militaire. L’Iran et le Hezbollah soutenaient Nicolas Maduro et le trafic de drogue.
La non-intervention peut être motivée par le réalisme, par la peur de l’escalade, par la peur d’échouer, par le pacifisme de confort, ou par une conception étroite de la souveraineté.
Mais aujourd’hui, face à l’assassinat de masse des protestataires iraniens, l’abstention devient constitutive du massacre lui-même.
C’est à cette aune que la démocratie dite musclée de l’actuelle administration américaine mérite d’être interrogée.
Si elle n’est que rodomontade (cf. Hypothèse 1), alors elle n’est qu’une variante de la démocratie transactionnelle classique, celle qui pose qu’à chaque problème il existe une solution satisfaisante pour les deux parties. Soit très exactement ce que le totalitarisme iranien sait neutraliser depuis des lustres.
Ou bien elle est une ruse (Cf Hypothèse 2). Et là, la démocratie de la force, celle que Trump applique à sa conquête du Groenland, ou à sa neutralisation de la Chine, est la bonne réponse. Pas de faux-semblants, quand on est prêt… on frappe à coup sûr.
Aux dernières nouvelles, Donald Trump a déclaré que l’Iran avait « besoin de nouveaux dirigeants »… On attend de voir.
© Yves Mamou
[1] Le 25 octobre 2005, lors d’une conférence intitulée « Le monde sans le sionisme », Ahmadinejad a déclaré qu’il adhérait aux propos de l’ayatollah Khomeiny, selon lesquels « ce régime qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps » (en persan : « een rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad »). Toute une polémique a surgi pour expliquer qu’Ahmadinejad n’avait pas dit qu’il « allait rayer Israël de la carte ». C’était vrai, mais c’était pire. Il fallait les détruire et effacer toute trace de leur mémoire.
[2] Cet attentat revendiqué par le Hezbollah a tué une centaine de soldats français.

excellent article, comme vous l’avez bien dit, »Face au totalitarisme islamique, les démocraties ne peuvent plus plaider l’ignorance. »
Mais les soi disant démocraties se rangent du côté de l’Iran qui a pour ennemi « l’entité sioniste » et le tour est joué.
et si trump avait eu peur
peur d etre en terrain hostile
peur des mollahs et de leur pouvoir
peur des répercussions chez lui
peur tout simplement!!!