La haine antisémite est mondiale, la réponse doit l’être aussi. Par Maître Corine Serfati-Chetrit

Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice.

Montesquieu

L’attentat antisémite commis à Sydney, nous renvoie à une réalité devenue impossible à ignorer : la violence antisémite s’exerce aujourd’hui à l’échelle mondiale et cible les Juifs partout où ils se trouvent. Ce n’est pas un pays qui est visé, ce sont les juifs, désignés comme cible indépendamment des frontières, et des contextes nationaux.

Partout dans les démocraties occidentales, les actes, menaces et agressions de plus en plus graves, se multiplient, nourris par un climat idéologique qui a progressivement banalisé la haine des Juifs et favorisé le passage à l’acte.

Face à l’antisémitisme global, la France ne peut rester à mi-réponse

Dans ce contexte, si les déclarations officielles réaffirmant la mobilisation des dispositifs de sécurité sont nécessaires, elles ne sont pas une réponse suffisante. La protection, aussi renforcée soit-elle, ne traite pas les causes profondes du mal. La lutte contre l’antisémitisme doit désormais être pensée à l’échelle internationale, par une coordination renforcée entre États, autorités judiciaires et services de renseignement.

Il est indispensable de rappeler que cette montée de la violence trouve ses causes dans la libération de la parole antisémite observée depuis le 7 octobre.

Dans les manifestations tolérées dans lesquelles sont banalisés des slogans relevant de l’incitation à la haine antisémite, et de l’apologie du terrorisme. Présentée à tort comme l’expression d’une opinion politique, cette parole a contribué à légitimer la violence et à armer ses agresseurs.

Comment a-t-on pu soutenir que l’attentat commis dimanche dernier en Australie n’était pas prévisible ?

La réalité de l’antisémitisme vécue dans les combats judiciaires devant les tribunaux français depuis le 7 octobre

Une connaissance et une étude des délits poursuivis et condamnés depuis le 7 octobre, par les juridictions françaises démontrent ô combien la menace antisémite est élevée et permanente.

Il faut le rappeler et se souvenir que l’antisémitisme en France n’a pas attendu le 8 octobre pour se manifester violemment :

Citons à titre d’exemple, à Carcassonne, dans une ville où il n’y a aucun juif ou presque, une mère de famille a passé sa journée, en regardant en direct les massacres qui étaient en train d’être perpétrés en Israël, à diffuser sur ces réseaux sociaux les messages suivant : « Mazal Tov le Hamas, Bravo le Hamas, Continue ».

Sur saisine du procureur de la République (article 40 du code de procédure pénale) elle a été poursuivie et condamnée par le tribunal correctionnel de Carcassonne, quelques jours après.

Mais en même temps, il y a eu aussi les paroles d’un Iman condamné à Nîmes pour incitation à la haine antisémite, après avoir diffusé sur ses réseaux un Hadith invitant à « tuer les juifs« …

Mais aussi, ce manifestant à Montpellier , comparant le 7 octobre à « un battement d’aile de papillon« , et encore et encore chaque jour, sans qu’un seul ne passe sans son lot de délits antisémites et de plus en plus graves.

Les messages de légitimation des massacres du 7 octobre, qui n’ont cessé depuis d’inonder en permanence les réseaux sociaux, d’être scandés dans les manifestations toujours autorisées en France, tous les samedi depuis le 7 octobre, ont eu pour conséquence de libérer la parole antisémite, par l’acceptation sans limite de l’importation du conflit israélo palestinien. .

Rappelons aussi les messages toujours plus débridés, eux aussi constitutifs d’apologie du terrorisme et d’incitation à la haine antisémite, qui sont, depuis le 7 octobre, relayés sous les mêmes prétextes fallacieux par des élus de la République.

Ce sont ces paroles antisémites largement diffusées par tous les vecteurs possibles qui sont la cause principale actuellement de l’antisémitisme, au niveau national mais également international.

Les mots arment les bras des délinquants et des criminels

Parce que la conséquence concrète, ce sont des passages à l’acte et des violences physiques exercés, comme celles sur Marco », cet homme de 60 ans , qui assis tranquillement devant la synagogue en bas de chez lui, en plein cœur de PARIS, va se faire massacrer physiquement par un homme qui avant de le laisser inanimé au sol, va l’interpeller en lui disant « C’est toi qui tues les enfants à Gaza !!! »

C’est ça la conséquence de l’acceptation de l’intolérable, sans limite…

Et ce ne sont là que d’infimes exemples de dossiers parmi ceux que nous poursuivons et faisons condamner tous les jours devant les tribunaux correctionnels en France.

Qu’est ce que qui a changé depuis le 7 octobre quant à la haine antisémite ?

L’attentat terroriste commis dimanche en Australie démontre que rien n’a changé, et qu’au contraire, l’antisémitisme s’exprime à nouveau comme au lendemain du 7 octobre.

Ainsi, en même temps que l’attentat terroriste était commis dimanche en Australie, il y a eu, une fois de plus , et comme le 7 octobre, de très nombreux messages diffusés sur les réseaux sociaux, pour féliciter et applaudir les criminels pour la tuerie de Hanouka à Sydney.

Citons à titre d’exemple cette youtubeuse qui, sur TIKTOK, et commentant l’assassinat du rabbin, commenta :

« Je vais pas je ne vais pas pleurer sa mort au contraire j’espère qu’il sera en enfer pour toute l’éternité ».

Mais encore celui qui clairement exprime « son rêve buter des juifs ».

Mais aussi « Merci Australie pour ce spectacle Hamdullah ».

Ainsi, face à cette réalité de ce qu’est l’antisémitisme et de qui sont les antisémites poursuivis devant les tribunaux, comment peut-on encore soutenir que les crimes commis dimanche en Australie n’étaient pas prévisibles ?

Alors  que les infractions à caractère antisémite ne cessent de progresser, plaçant les juifs en danger où qu’ils se trouvent, et qu’il est difficile pour la justice, dans son état actuel, de tout poursuivre, alors que nombre de délinquants devraient être condamnés et ne le sont pas, ou pas encore.

Il y a, face à cette réalité, urgence à que la justice puisse évoluer et en s’adaptant aux réalités :

Il faut que tous les actes antisémites puissent être poursuivis avec des procédures adaptées pour apporter une réponse plus rapide.

Il faut que les condamnations soient sévères, la justice étant un des remparts contre l’antisémitisme.

Mais elle n’est pas le seul.

Le combat contre l’antisémitisme doit être une priorité nationale

La société ne doit plus rester silencieuse.

Face à la haine globale, le silence n’est plus une option.

La liberté d’expression ne saurait servir de paravent à ce qui relève du délit pénal. Lorsqu’elle tolère l’appel à la haine et à la violence, elle doit être systématiquement poursuivie et sévèrement punie .

La responsabilité des acteurs politiques est ici, et doit être engagée : les ambiguïtés, les silences ou les complaisances participent à la normalisation de discours condamnables.

La menace et les violences antisémites n’ont plus de frontières et les réponses actuelles ne sont plus adaptées à la protection de la population juive.

Par ailleurs, l’importation du conflit israélo-palestinien dans l’espace public des démocraties occidentales doit cesser de servir de justification à des actes antisémites. Assimiler les Juifs, en tant que communauté, aux choix politiques de l’État d’Israël, est aussi un prétexte aux boycotts insoutenables et aux violences.

Les Juifs n’ont pas vocation à vivre sous protection permanente

Renforcer la sécurité autour des synagogues, des écoles ou des lieux communautaires est une nécessité immédiate. Mais cette réponse ne peut être la seule. Les Juifs n’aspirent pas à vivre sous protection permanente, ni dans des bunkers. Ils demandent à vivre en sécurité, librement, dans les pays dont ils sont citoyens, avec l’assurance que les pouvoirs publics lutteront sans relâche contre l’antisémitisme sous toutes ses formes, du discours en ligne aux passages à l’acte les plus violents.

Sans un sursaut politique et judiciaire clair, les condamnations resteront de simples déclarations d’intention.

La communauté juive ne renoncera pas. À l’image des bougies de Hanouka, allumées une à une, elle continuera de faire vivre la lumière, celle de la vie, de la vérité et de la justice, face à la haine et à la violence.

Il convient que soit mise en place, et en urgence, une réponse internationale face à l’antisémitisme qui n’a plus de frontière.

Les délinquants et les criminels antisémites démontrent chaque jour qu’ils entendent rechercher, traquer les juifs là où ils se trouvent dans les moindres coins, dans les moindres recoins.

Les réponses judiciaires, politiques, législatives doivent régner de la même manière : Au niveau international, traquer, poursuivre et condamner les criminels antisémites dans les moindres coins et les moindres recoins.

La protection des juifs et leur sécurité ne doivent céder le pas sous aucun prétexte, et ce ne sont pas les juifs qui doivent se cacher, enlever leurs kippas, ou ne pas aller aux concerts des chanteurs Israéliens s’ils le souhaitent.

C’est à l’État d’assurer sans conditions leurs protection, Il deviendrait, à défaut, responsable de ces violations.

© Corine Serfati-Chetrit

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