L’Iran se trouve aujourd’hui face au choix de l’Union soviétique en 1989 : reconnaître la faillite du régime et baisser les bras, ou tenter une opération extérieure désespérée.
Sagement, les Soviétiques ont choisi de baisser les bras : le mur de Berlin est tombé, les pays frères ont été libérés et les républiques soviétiques non russes aussi.
Mais rien ne laisse penser que les dirigeants iraniens vont ordonner aux mollahs de regagner leurs mosquées, qu’ils vont dissoudre le corps des Gardiens de la Révolution et présenter leurs excuses aux 90 millions d’Iraniens pour 46 ans de gabegie et d’hérésies militaires.
Au contraire. Les signes de la tentation d’une opération extérieure sont là :
- L’Iran menace de « riposter sévèrement ».
- Israël s’est mis en état d’alerte maximale .
- Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique enchaîne les exercices et se vante de posséder des missiles capables de frapper aussi bien au-dessus qu’en dessous de l’eau.
- « La chose la plus simple que nous pourrions faire serait de construire une bombe nucléaire », a récemment déclaré le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi .
Ce début d’année 2026 est un moment dangereux. Pour les Juifs d’Israël. Pour la pacification du Moyen-Orient et pour la paix mondiale.
LE RÉGIME IRANIEN EST UN RÉGIME FAILLI
Une faillite extérieure
Détruire l’État d’Israël est le projet fondateur du régime des ayatollahs. Une stratégie d’encerclement a été patiemment mise en place quarante ans durant. Elle s’est effondrée en 2024, peu après l’attaque du Hamas contre Israël.
Rappel des faits. Khomeiny, premier ayatollah à régner sur l’Iran en 1979, ne s’est jamais considéré comme un leader iranien. L’homme aspirait à montrer le chemin à tous les croyants, quelle que soit leur nationalité. Dès son accession au pouvoir en 1979, l’ayatollah Khomeyni s’en est pris à Israël. « Il est du devoir de tous les musulmans de libérer Al-Qods et d’éliminer ce foyer du mal des terres islamiques », clame l’ayatollah Khomeyni. Cibler l’« entité sioniste » présentait deux avantages. Le premier était de susciter la sympathie : quand on est Perse et chiite, le seul moyen de rallier à soi les Arabes et tous les sunnites est de projeter d’abattre Israël. L’Iran se posait ainsi en défenseur intraitable de la cause palestinienne. S’en prendre à Israël présentait un deuxième avantage : cela déstabilisait les régimes arabes. À côté de la ferveur iranienne, les dirigeants arabes apparaissaient comme de médiocres musulmans. Ce qui les décrédibilisait aux yeux de leur propre population.
La destruction d’Israël n’était pas seulement une diatribe. Le projet est devenu une stratégie militaire. Une stratégie d’encerclement. À partir de 1982, l’Iran a militarisé la communauté chiite du sud Liban. À coups de millions de dollars est né le Hezbollah, une puissante milice chiite de plus de 40 000 hommes et dotée de 150 000 missiles. L’Iran a ensuite profité de la destitution de Saddam Hussein en 2003 pour poser un pied en Irak et constituer des milices favorables à Téhéran ; en 2011, l’Iran a ensuite colonisé la Syrie en aidant Bachar al-Assad à conserver le pouvoir contre les Frères musulmans. La Syrie est devenue la pièce maîtresse du dispositif d’encerclement. En 2012, Téhéran a mis un pied dans la bande de Gaza en aidant le Hamas à militariser ce territoire, à construire sept cents kilomètres de tunnels et deux mille cinq cents puits d’accès ; puis il a fomenté la révolte des Houthis au Yémen, et il a armé cette milice yéménite tout comme il a armé le Hezbollah et le Hamas.
Pas à pas, en quarante ans, l’Iran a monté un réseau génocidaire autour d’Israël. Lequel s’est effondré en 2024 : le Hezbollah a été vaincu en quelques semaines, la Syrie est passée entre les mains d’une milice terroriste sunnite et le Hamas n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même. Même les Houthis ont des velléités d’indépendance.
Une faillite intérieure
Mais l’Iran est aussi un État en faillite économique et sociale. Deux ans après les révoltes nées de l’assassinat d’une jeune femme kurde, Mahsa Amini, par la police des mœurs, le peuple iranien est de nouveau dans la rue. Des émeutes économiques cette fois.
Dimanche 28 décembre , quand les Iraniens ont réalisé qu’un dollar s’échangeait contre 1,42 million de rials au marché noir (1,37 million la veille), ils sont descendus dans la rue. En février 2025, le dollar valait 900 000 rials. «Des vidéos authentifiées par BBC Persia ont montré (outre Téhéran) que des manifestations ont éclaté à Karaj, Hamedan, Qeshm, Malard, Ispahan, Kermânchâh, Chiraz et Yazd », écrit la BBC.
« L’alimentation est le deuxième poste de consommation des ménages après le logement », écrit IranNews. « Se nourrir représente 29,9 % des dépenses, ce qui correspond à une augmentation de 44 % du budget des ménages par rapport à 2022. Ces chiffres soulignent une forte baisse du pouvoir d’achat, car les salaires des travailleurs n’ont progressé que de 27 % en 2022. »
Selon Iran International, « au cours de l’année écoulée, les prix des produits alimentaires en Iran ont augmenté en moyenne de plus de 66 %, selon les données officielles. Le Centre des statistiques iranien a annoncé samedi que l’inflation annuelle, ou inflation par rapport à l’année précédente, avait atteint 52,6 %. »
Ces hausses de prix font que les ménages modestes peinent à s’alimenter correctement. Ahmad Esmailzadeh, directeur général du Bureau d’amélioration de la nutrition communautaire au sein du ministère de la Santé iranien, a déclaré à l’agence ISNA qu’il craignait « des carences nutritionnelles » au sein de la population iranienne.
Téhéran a réduit la part des devises étrangères qu’il consacre aux importations de produits agricoles de première nécessité, mais il n’a pas hésité à envoyer un milliard de dollars au Hezbollah en 2025, pour l’aider à reconstituer ses milices et son armement.
Mansour Pourian, directeur du Conseil de l’approvisionnement en bétail, a déclaré en novembre 2025 que le prix du bœuf congelé importé a grimpé à 600 000–700 000 tomans le kilo, le rendant « inaccessible à une grande partie des ménages ».
Le 17 novembre 2025, Ali Ehsan Zafari, président du Syndicat national des produits laitiers en Iran, a déclaré à l’agence ILNA que le prix du lait cru est passé de 230 000 rials/kg (juin) à 390 000 rials/kg, soit une hausse de 70 % en cinq mois : « Cela représente l’équivalent de cinquante ans de hausses de prix. »
Les dix principales raffineries iraniennes produisent actuellement 107 millions de litres d’essence par jour, soit 27 millions de litres de moins que la demande. Ce déficit croissant contraint le gouvernement à dépenser des milliards de dollars par an en importations d’essence depuis 2021, une facture qui a déjà atteint 6 milliards de dollars cette année, selon le ministre du Budget, Hamid Pourmohammadi. Ces dépenses énergétiques contribuent à pénaliser les importations de produits alimentaires.
Ahmad Arianeyad, membre de la Commission de la santé au parlement iranien, a déclaré au site Didban Iran (novembre 2025) : « Avec la hausse des prix des médicaments et des consultations médicales, certaines personnes aux revenus modestes renoncent à consulter un médecin. »
Gholamreza Zarifian, secrétaire de l’Association des instructeurs universitaires iraniens, a déclaré que 12 000 professeurs d’université ont quitté l’Iran au cours des dix dernières années.
Le 11 décembre, Mehdi Babaei, responsable santé au conseil municipal de Téhéran, a indiqué qu’en raison de la pollution, le nombre d’enterrements quotidiens dans le cimetière principal de Téhéran est passé de 180 à environ 220.
Le président de l’Association des importateurs a admis que près des deux tiers des importations transitent par la contrebande, ce qui, selon lui, nécessite des complicités officielles. Autrement dit, il existe en Iran une administration mafieuse qui pille les finances publiques.
Les pénuries d’eau potable ont atteint des niveaux qui mettent en péril l’existence des grandes villes. « S’il ne pleut pas à Téhéran d’ici fin novembre, nous devrons rationner l’eau », a déclaré le président Massoud Pezeshkian le 6 novembre. « S’il ne pleut toujours pas, nous devrons évacuer Téhéran. » L
Il a fini par pleuvoir. Mais la corruption et la mauvaise gestion expliquent les pénuries d’eau en Iran. Sous le Shah, l’ensemble du réseau aquifère a été pensé et modernisé par des ingénieurs israéliens. Après la révolution, les Israéliens sont partis et les Gardiens de la Révolution ont pris le dossier en main. Le Wall Street Journal explique que des « projets de barrages et de transferts » d’un milliard de dollars ont été adoptés « non pas parce qu’ils étaient opérationnels, mais parce qu’ils impliquaient des commissions massives, des contrats opaques et une absence totale de responsabilité ».
Selon la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’agriculture d’Iran, les pertes économiques causées par les pannes d’électricité à répétition s’élèvent à 224 millions de dollars par jour. Si ces conditions perdurent, 80 milliards de dollars (20 % du PIB) seront perdus l’année prochaine.
Dans un long reportage publié en 2024 sur les conditions de vie des Iraniens, le New York Times écrit que « pratiquement toutes les personnes interrogées au cours des six jours de reportage dans la capitale iranienne ont fait état d’un sentiment généralisé de marginalisation économique ; elles sont transformées en lèche-vitrines plutôt qu’en acheteurs ; elles doivent réparer les machines utilisées sans passer par des pièces de rechange devenues trop chères ; elles doivent remplacer l’agneau par des lentilles ».
Un carrefour mortel
L’Iran failli est à un carrefour mortel : le peuple affamé gronde, les proxys sont brisés. Mais les maniaques sont toujours au pouvoir.
© Yves Mamou

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