En 1938, le Führer était aux commandes. En 2026, le Président au concert ?
Vendredi soir, Emmanuel Macron et son épouse étaient à la Plenitude Arena de Nanterre pour Céline Dion. Depuis leur loge, on les a vus chanter avec la salle. Le lendemain, la journée contre la vie chère a tourné à l’émeute. La mairie de Limoges a brûlé. À Marseille, des casseurs ont forcé l’hôtel de ville et jeté une Marianne à terre, tandis qu’à Lyon les commerces de la Presqu’île étaient encore pillés le dimanche matin.
Personne ne confond l’Élysée avec le Reich. La Nuit de cristal fut un pogrom voulu par l’État nazi contre les Juifs d’Allemagne. Ce qui relie les deux scènes tient en peu de chose, des vitrines en morceaux et un pouvoir absent, mais c’est déjà beaucoup pour une République.
Pendant ce temps, policiers, gendarmes et pompiers tenaient la rue avec ce qu’on leur avait donné. Plus de 500 d’entre eux ont été blessés, d’après un bilan du ministre de l’Intérieur qui reste provisoire. Près de 1 800 personnes ont été interpellées. Le maire de Limoges l’a dit sans détour : l’État a laissé ses policiers seuls face aux casseurs. Ceux qui ont pris les pavés n’avaient choisi ni les effectifs ni les consignes, et ils seront les premiers sommés de s’expliquer au moindre geste filmé.
D’autres élus ont préféré la tribune au soutien. Benoît Payan a vu sa mairie forcée et sa Marianne jetée à terre, et il en a tiré deux conclusions. D’abord, les policiers n’étaient pas assez nombreux. C’est exact, et c’est ce qu’un maire socialiste découvre en général le jour où les vitres tombent chez lui. Ensuite, les casseurs seraient « les idiots utiles de l’extrême droite ». On ne saura donc ni d’où ils venaient ni avec qui ils défilaient, seulement à qui leurs pavés sont censés profiter. Payan bat en brèche l’expression « appeler un chat un chat ». Il préfère cyniquement appeler un chat un lapin, c’est plus doux. L’an dernier, il signait avec son collègue lyonnais une tribune contre la haine visant les élus. Samedi, la haine est entrée dans son hôtel de ville sans passer par un clavier, et il l’a aussitôt rangée dans le camp d’en face. À six mois de la présidentielle, chaque vitrine doit servir.
Le commerçant dont la boutique a été vidée samedi n’a pas lu les communiqués. Ils sont plusieurs centaines dans son cas, de l’aveu même du ministre. Il a des salaires à verser à la fin du mois et un assureur qui lui réclamera des justificatifs avant de rembourser quoi que ce soit. L’État lui devait la sécurité de sa rue, et il ne l’a pas eue.
Les comparutions immédiates vont commencer. Va-t-on encore assister à un festival de contextualisation ? Le programme est connu d’avance. L’avocat parlera d’enfance difficile et de quartier sans horizon, et le tribunal, qui a appris à tout comprendre, en tiendra compte. Le commerçant n’aura personne pour raconter sa vie à la barre, puisque dans cette salle il n’est qu’une partie civile avec une facture. Viendra ensuite le sursis, ou une peine courte que la loi destine elle-même à s’exécuter hors des murs. Depuis 2019, la prison ferme de moins d’un mois est interdite, et celle de moins de six mois s’aménage en principe. Le pillard dormira chez lui le soir même, à quelques rues d’une boutique qui n’a plus qu’une vitrine en contreplaqué.
Dimanche, Matignon a convoqué une cellule interministérielle de crise pour 19 heures, avec un jour de retard. L’autorité de l’État ne s’est pas effondrée samedi. Elle s’use depuis des années à force de circulaires et de précautions (voir « La France administrée », Paul Germon, Tribune Juive), et les casseurs l’ont compris avant beaucoup d’élus.
Samedi soir, les commerçants balayaient le verre. On ignore toujours si le Président a aimé le concert et s’il a fait preuve d’empathie à l’égard des policiers envoyés au casse pipe .
Paul Germon
