Avec Legend of Destruction, le réalisateur Gidi Dar revient sur la destruction de Jérusalem et du Second Temple, en l’an 70 de notre ère. Un film d’animation singulier, composé de 1 500 peintures, qui résonne aujourd’hui comme un avertissement sur les dangers des divisions internes.
La destruction du Second Temple marque un tournant majeur de l’histoire juive, ouvrant une période d’exil qui allait durer près de deux mille ans. Mais Legend of Destruction ne se limite pas au récit d’une catastrophe historique. Le film explore les fractures d’une société déchirée par les rivalités, la haine entre les camps et l’incapacité à dialoguer, jusqu’à précipiter sa propre perte.
Entièrement réalisé à partir de peintures signées David Polonsky (Valse avec Bachir) et Michael Faust, ce film épique propose une approche artistique originale. Sa portée dépasse largement le cadre historique : lors de sa sortie en Israël, il a été perçu comme un avertissement face aux divisions politiques du pays. Projeté aussi bien lors des manifestations contre la réforme judiciaire que sur la place des Otages à Tel-Aviv, il a également suscité des discussions dans des milieux religieux et conservateurs. Des Israéliens aux convictions opposées y ont ainsi reconnu un même danger.
Son slogan résume toute l’ambiguïté du récit : « Tout le monde avait raison — jusqu’au bout du chemin vers l’enfer. »
Inspiré des Aggadot HaHurban, les récits talmudiques de la destruction de Jérusalem, le film invite à regarder au-delà de l’ennemi extérieur. Les textes anciens pointent aussi les responsabilités internes : corruption, inégalités, perte de confiance et haine entre les factions. Autant de failles qui, accumulées, finissent par rendre la catastrophe inévitable.
Alors qu’Israël entre dans une nouvelle période électorale, cette œuvre retrouve une actualité saisissante. Et son message dépasse les frontières israéliennes : en France, en Europe comme aux États-Unis, la polarisation fragilise également le débat démocratique.
Pour Gidi Dar, l’enjeu est là : rappeler, à travers une tragédie vieille de deux mille ans, ce qui arrive lorsqu’une société perd sa capacité à se parler et à rechercher des compromis. Une leçon d’histoire, mais surtout une interrogation profondément contemporaine sur la responsabilité collective et la fragilité du vivre-ensemble.
Le film est disponible en vod
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Sylvie Bensaid