Tribune Juive

J-15 : les dix mandats qui empêchent Netanyahou de dormir

Winter et Hendel peuvent-ils débloquer la politique israélienne ?
 
Fin août, Ofer Winter faisait une entrée remarquée dans la campagne électorale israélienne. Bélliqueux et populaire, l’ancien général de brigade de réserve lançait son parti,

L’ambition était claire : proposer une nouvelle offre aux électeurs de droite déçus et ramener dans le camp Netanyahou des voix qui lui échappaient depuis au moins le 7 octobre.

Pourtant, dès le départ, le Premier ministre ne lui réserve pas l’accueil que l’on pourrait attendre d’un candidat susceptible de renforcer son bloc. Il fait pression pour qu’Amcha Yisrael s’allie à une autre formation (Moshé Feiglin, qui ira finalement avec le Sionisme religieux), puis mène une campagne hostile à Winter et à plusieurs membres de sa liste, avec un objectif apparent : empêcher le parti de franchir le seuil d’éligibilité.

Ofer Winter, Ahmha Israel

 

Yoaz Hendel, les Reservistes

 

Netanyahou, fidèle à ses vieux réflexes

Dans un premier temps, cette offensive a été interprétée comme une énième manifestation de la méfiance bien connue de Netanyahu envers les concurrents susceptibles de lui succéder à droite.

Bibi a en effet toujours cherché à contenir les ambitions de personnalités qui auraient pu menacer sa domination sur son propre camp, qu’il s’agisse de Naftali Bennett, de Gideon Saar ou d’autres figures montantes de la droite israélienne.

Dans cette lecture, l’hostilité envers Winter relèvait presque d’un réflexe palvolvien : éliminer immédiatement le jeune talent, pour ne lui laisser aucune chance.

La campagne mensongère menée ces dernières semaines contre son numéro 2 Yoseph Haddad, militant arabo-israélien pourtant engagé dans la défense d’Israël à l’étranger, illustre la férocité de cette stratégie.

Mais le contexte électoral fournit une explication autrement plus rationnelle que la dynamique personnelle entre candidats. Le seuil d’éligibilité à la Knesset est fixé, rappelons-le, à 3,25 % des suffrages valides. Si la participation atteint 75 % de l’électorat, un scénario probable pour ce scrutin très anticipé, toute liste électorale devra recueillir environ 180 000 voix pour espérer entrer au parlement.

Or, les sondages donnent à Amcha Yisrael des résultats très variables : certaines enquêtes lui attribuent quatre ou cinq sièges, tandis que d’autres le placent sous le seuil électoral.

Cette incertitude est au cœur de l’enjeu.

Le scénario des dix mandats

Ces dernières semaines, le bloc de Netanyahu a retrouvé une avance dans plusieurs sondages. Cette remontée ne signifie toutefois pas qu’il dispose d’une majorité : la Knesset compte 120 sièges et il en faut 61 pour former un gouvernement.

Dans les moyenne des enquêtes publiées ces derniers jours, le bloc Netanyahu obtient environ 54 sièges, tandis que les partis sionistes opposés au Premier ministre en totalisent environ 49. Le rapport de force reste donc très éloigné d’une majorité assurée pour l’un ou l’autre camp.

La progression du bloc Netanyahu coïncide notamment avec les bons résultats que certaines enquêtes accordent à Winter.

Mais un autre acteur pourrait peser dans l’équation : Yoaz Hendel, à la tête du parti des Réservistes, allié à la formation économique de Yaron Zelekha et avec la Dr Einat Wilf, spécialiste des relations internationales.

Les deux formations évoluent autour du seuil électoral. Dans les sondages où elles obtiennent chacune quatre ou cinq sièges, elles pourraient représenter ensemble huit à dix mandats.

Hendel défend un gouvernement sioniste qui ne dépende ni des partis arabes israéliens ni des partis ultraorthodoxes. Il met notamment l’accent sur le principe d’un service militaire ou national pour tous les citoyens. Le 8 octobre dernier, il a appelé Winter à conclure un accord de partage des voix excédentaires et à s’engager ensemble à ne rejoindre qu’un gouvernement sioniste.

C’est ici que se dessine un scénario potentiellement décisif : si les deux listes franchissent le seuil et si leurs élus acceptent de soutenir une coalition alternative, elles pourraient contribuer à réunir les 61 sièges nécessaires à la formation d’un gouvernement, sans dépendre des partis arabes israéliens.

Une telle coalition répondrait aux aspirations d’une partie des électeurs de centre droit israéliens : avec Naftali Bennett, Avigdor Liberman, Hendel et Winter au postes régaliens, elle pourrait difficilement être accusée d’être de gauche.

Ce scénario permettrait également d’éviter une solution souvent évoquée comme un recours par défaut : un gouvernement d’union reposant sur une rotation entre Benjamin Netanyahu et Gadi Eisenkot. Une formule dont personne ne veut vraiment et qui a déjà échoué par le passé, à l’époque avec Benny Gantz.

Rien ne garantit toutefois que cette majorité puisse se constituer. Les deux listes doivent d’abord franchir le seuil électoral, puis parvenir à un accord sur les conditions de leur participation au gouvernement.

L’impasse comme solution

Ofer Winter répète sur tous les tons qu’il recommandera que Netanyahuu au poste de Premier ministre et qu’il ne rejoindra pas le camp de l’opposition.

La question est de savoir si cet engagement résisterait à la réalité politique.

Amcha Yisrael rassemble des personnalités qui ont accepté de quitter leurs carrières professionnelles précédentes pour se lancer dans la compétition électorale. Si elles parviennent à entrer à la Knesset, accepteront-elles de passer plusieurs années dans l’opposition, aux côtés d’un Likoud qui les a férocement combattues pendant la campagne ? L’ambition politique, les perspectives de pouvoir et les intérêts individuels pourraient amplement peser dans leurs décisions.

Hendel, lui, ne garantit pas son soutien à Netanyahu. Il conditionne sa participation à la capacité du futur gouvernement à rassembler une “majorité sioniste” répondant à ses critères. Il a précisément demandé à Winter de revenir sur son engagement exclusif envers le Premier ministre sortant.

C’est là que se joue une partie de la stratégie de Netanyahu. Le Premier ministre sait qu’un parti qui lui promet aujourd’hui sa fidélité pourrait demain choisir une autre voie si les circonstances lui offrent une perspective de pouvoir.

Le calcul du Premier ministre pourrait finalement être inverse de celui que l’on imagine.

Si Winter échoue à franchir le seuil, les voix recueillies par son parti ne contribueront pas à la répartition des sièges. Certaines de ces voix auraient pu renforcer le camp Netanyahu : leur perte pourrait donc lui coûter des mandats.

Si sa liste entre à la Knesset mais refuse de soutenir Netanyahou, elle pourrait au contraire participer à la constitution d’une majorité alternative, notamment si Hendel obtient lui aussi une représentation parlementaire.

Les partis arabes ne constituent pas une option de coalition pour Netanyahou, tandis qu’un gouvernement d’union avec Gadi Eisenkot apparaît lui aussi comme une perspective incertaine.

Dès lors, un nouveau scrutin serait la seule issue à l’impasse et Bibi resterait aux commandes en tant que Premier ministre par intérim pour 6 mois supplémentaires. Une victoire qui n’en est pas une, mais qui n’est pas non plus une défaite.

myriamshermer.substack.com/

 

 

 

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