Tribune Juive

Le portail et la République, par Paul Germon 

Athènes, 17 novembre 1973 : un char de la junte enfonce la grille de l’École polytechnique. En 1982, la Grèce démocratique en tire une loi, l’« asile universitaire ». La police ne peut plus entrer dans une faculté sans l’accord d’un comité où siège un représentant des étudiants.

Pendant près de quarante ans, certains campus athéniens ont servi de dépôt aux cocktails Molotov et de repli aux émeutiers, qui savaient les policiers condamnés à attendre sur le trottoir d’en face. Restreint en 2011, rétabli par Syriza en 2017, l’asile est aboli en 2019.

Ailleurs, la question ne se pose même pas. Aux États-Unis, les grandes universités entretiennent leur propre police, armée et assermentée, et la présidente de Columbia a appelé la police de New York dès avril 2024 pour déloger les occupants de son campus. Au Royaume-Uni, une faculté est un lieu comme un autre, où la police entre dès qu’un délit est commis. En Allemagne, le président détient le droit de maître des lieux, mais l’autorité politique peut passer outre. En mai 2024, le maire de Berlin a fait évacuer l’Université Humboldt alors que sa présidente préférait discuter. L’Italie et l’Espagne n’ont aucune interdiction écrite, seulement des habitudes de prudence.

Reste la France. Ses franchises universitaires remontent à 1231, quand une bulle de Grégoire IX soustrait maîtres et écoliers parisiens à la juridiction du prévôt du roi. Huit siècles plus tard, le Code de l’éducation confie au président d’université la responsabilité de l’ordre dans ses murs. Les forces de l’ordre attendent donc au portail qu’un universitaire élu par ses pairs les autorise à entrer, sauf flagrant délit ou réquisition judiciaire.

Les blocages votés à main levée par quelques dizaines de présents et les occupations « pour Gaza » du printemps 2024 ont suivi le même schéma : on négocie, on laisse durer, puis on sollicite l’évacuation quand l’affaire a quitté les journaux. Entre-temps, des étudiants juifs ont appris quels couloirs éviter, sans qu’aucune franchise médiévale ne songe à les protéger (voir « La France administrée », Paul Germon).

La Grèce a aboli son asile universitaire en 2019. La France conserve le sien depuis 1231, sans junte à expier.

Paul Germon

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