Tribune Juive

Daniel Sibony. Quelques brins d’actualité

Nous voilà le 7 octobre, une sacrée date : on l’a appelé pogrom, razzia, massacre, mais son vrai nom, c’est djihad islamiste contre les juifs, guerre sainte inscrite dans leur Coran et que des zélés ont mise en acte. Ce n’est pas seulement le gouvernement qui a été négligent, c’est tout le pays qui n’y était pas préparé, parce qu’à force d’aspirer à la paix, il en a oublié l’ennemi mortel et permanent. De ce point de vue, le 7 octobre a été une révélation : on était en guerre avec la partie radicale du monde islamique, avec comme spectateurs agressifs les islamistes et leurs sympathisants, payés ou pas. Le fait qu’après trois ans de guerre, rien d’essentiel n’a bougé prouve que le combat oppose deux ordres symboliques qui ont chacun leur permanence et que ce duel n’a pas encore trouvé de tiers à sa hauteur. Le tiers possible, européen, est lamentable, et le tiers américain s’est révélé un histrion. J’ai poursuivi mon livre là-dessus, Les non-dits d’un conflit, par un autre : L’étrange guerre faite aux juifs qui apparaîtra un jour.

En tout cas, ici, je doute que beaucoup aient compris cette révélation, sinon il n’y aurait pas tant de drapeaux Palestine dans les rassemblements de lycéens, souvent avec l’accord des profs.

Quant à l’agitation des lycéens, avec des revendications souvent légitimes sur le manque de moyens, elle est parfois émouvante : j’ai vu une grande pancarte devant le lycée Montaigne : « Trop de cours, je n’ai pas le temps de récupérer. » Et d’autres demandent un peu plus de cours. Certains demandent du matériel, et d’autres cassent le matériel. « Même le piano ! », déplorait une surveillante. Disons que, globalement, le mouvement serait plutôt sympathique s’il n’était, chaque fois, surplombé par des drapeaux de Palestine avec son petit slogan : « Free Palestine ». Ces jeunes savent-ils que ce drapeau et ce slogan sont un appel au génocide des juifs, que c’est un appel à la guerre sainte préconisée par le Coran contre les juifs et les chrétiens ? J’en doute. Assument-ils le fait que ce slogan se décline en France par la traque ou l’exclusion des juifs, c’est-à-dire par la pratique la plus raciste qui soit ? Y a-t-il des profs qui les alertent sur les méfaits de l’ameutement, malgré le plaisir que donne son ivresse ?

Du côté des gens sensés, certains se complaisent à dire que l’islam radical a gagné, qu’il occupe tout le terrain. Mais même dans la France occupée, il y avait des tracts et des actes pour éclairer et réveiller les consciences. Que fait-on pour dissocier ces revendications légitimes de celle du Jihad la guerre ? Pourquoi n’y a-t-il pas de vraies actions de désintox ? Même des vignettes qu’on puisse coller un peu partout et qui expliquent ? S’occuper urgemment de la désintoxication, cela devrait revenir à l’État français, mais ses dirigeants, à commencer par son chef, ne sont pas sur cette longueur d’onde. Ils tendent même de plus en plus vers un franc soutien aux islamistes. Une jeune prof juive m’interpelait là-dessus : « Ils vont nous livrer à eux ou quoi ? » Une autre m’a dit : « Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’explications de la part d’Israël ? Est-ce qu’Israël prend au sérieux le front extérieur, notamment en France ? » Dans son élan, elle ajouta : «Serait-ce un plan du gouvernement israélien de laisser pourrir ici la situation des juifs pour qu’ils émigrent en Israël. Mais qui serons-nous en Israël ? » Je me suis empêché de lui répondre : « Nous serions des immigrés qui essayent de s’intégrer. »

Il faut que les instances israéliennes investissent dans l’explication et qu’elles le prouvent en acte. Et que les juifs d’ici prennent, individuellement ou en groupe, toute initiative pour limiter cette marée noire. J’ai vu un jeune juif intervenir auprès des responsables d’un rassemblement lycéen et obtenir qu’on retire les drapeaux de Palestine, parce que ça n’avait rien à voir avec les revendications ; courage modeste, mais significatif.

Il faut expliquer inlassablement cette haine qui vise les juifs d’Israël et de la diaspora ; le fait qu’elle se cache derrière l’accusation de génocide et qu’elle prétende ainsi se justifier ne tient pas, puisqu’elle se décline en une chasse aux juifs et aux Israéliens et qu’elle revient ainsi à son essence initiale de guerre aux juifs, tout en révélant au passage sa nature profondément raciste, puisque cette haine collectivise et totalise son objet. Il faut aussi réfuter l’argument selon lequel, s’il y a une telle haine, c’est qu’il y a des raisons, c’est qu’ils y sont pour quelque chose. Bien au contraire, des gens peuvent vous haïr, du seul fait que vous existez, et c’est le cas de cette haine, qui provient en ligne directe du Coran contre les juifs de tous les temps, y compris contre ceux qui ont écrit la Bible, parce qu’ils ne l’ont pas écrite selon la vraie version, qui est celle du Coran, même si celui-ci s’est écrit un millénaire plus tard. Et cette veine archaïque et radicale a été transportée en Europe par un travail méticuleux d’explications toxiques, à la faveur des images des victimes à Gaza, toutes civiles, bien sûr, puisqu’il n’y a pas de victimes non civiles à Gaza et curieusement, ça ne choque personne

Et il y a des juifs qui épousent cette haine, en s’appliquant à eux-mêmes l’étiquette que nos ennemis nous collent, celle de criminels. Cela témoigne d’une vraie misère morale. J’ai vu qu’un pauvre journaliste juif de France Inter endosse lui-même l’accusation de génocide, et se désigne comme ayant du sang sur les mains. C’est d’autant plus triste qu’en se désignant lui-même comme complice du prétendu génocide, il entérine l’usage qu’en font les radicaux, à savoir accuser tous les juifs et pas seulement les auteurs supposés du prétendu génocide. C’est presque un symbole : que des juifs pour défendre leur place doivent se présenter comme coupables, ayant du sang sur les mains, montre le niveau de déchéance auquel arrive cette société. Et aussi des individus : car il se peut que ce ne soit pas pour défendre sa place, mais déjà pour l’obtenir que ce monsieur et ses semblables adoptent sincèrement cette pose auto accusatrice, et se condamnent au nom de l’éthique occidentale, à base de culpabilité, qui est censée vous élever à une posture supérieure. D’autres ne se condamnent pas, mais condamnent les autres qui refusent l’accusation de génocide, en quoi ils suivent Madame Ségolène Royal qui leur demande de désigner les mauvais juifs et de s’en séparer. Tous ces gens n’ont rien appris du 7 octobre où l’on a vu des islamistes tuer sans faire de différence. Ils n’ont rien appris parce que quand on détient déjà la vérité, et qu’elle est noble puisqu’elle appelle les gens de bien que l’on est à rejeter les mauvaises gens, la curiosité n’a pas lieu d’être.

Daniel Sibony

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