
Il me revient de dévoiler les composantes ténébreuses du conflit au Proche et au Moyen-Orient. L’une est déjà dans mon livre Les non-dits d’un conflit : c’est la malédiction coranique des juifs. Ce n’est pas rien qu’un texte sacré, qui aurait pu garder sa dignité sacrale, s’en prenne si souvent aux juifs pour les maudire ; j’ai montré pourquoi, et je pense que l’accroissement actuel de l’antisémitisme dans le monde est la conséquence directe de cette malédiction que les islamistes ont réussi à faire partager sous forme de médisance par beaucoup de beaufs ignorants.
La deuxième composante archaïque, c’est que, depuis l’émergence d’un État juif, le monde arabe agit comme s’il avait sacrifié et sacralisé les Arabes de Palestine pour obtenir l’effacement d’Israël. D’abord, les troupes de la Ligue arabe ont demandé, en 47, aux Arabes de Palestine de quitter les lieux pour qu’elles puissent faire le Jihad commodément. Puis, chaque fois qu’il fut possible de créer un État palestinien, les États arabes s’y sont opposés et n’ont laissé aux Palestiniens que l’option du Jihad, ce qui les désignait comme sacrifiés pour la guerre sainte et sacralisés par elle.
C’est comme si le mot d’ordre implicite du monde arabo-musulman était : que soient sacrifiés les Palestiniens, pourvu que cela produise la perte des Israéliens. Et que soit accomplie la malédiction coranique, qui ramènerait les juifs à leur statut de dhimmis.
Ce sacrifice des Palestiniens, c’est le prix à payer pour les États musulmans, et ils sont 53 ; ils le payent de très bon cœur, cela ne leur coûte rien, mais ils y gagnent de maintenir vivante l’idée coranique de guerre sainte. Cela fait d’eux les premiers acteurs du malheur palestinien, ils sont toute une chaîne et c’est au bout de la chaîne que se trouve Israël avec ses ripostes inévitables.
Pour obtenir la perte des juifs, ils comptent sur l’Occident humaniste : s’il voit la souffrance, les morts et les blessés, il ne verra que la cause directe de cette souffrance, il ne remontera pas la chaîne des acteurs qui contribue à cette souffrance, qui comporte le Hamas, et au-dessus de lui le Qatar et l’Iran, avec tout près le Hezbollah et les Houthis ; il ne verra que les ripostes israéliennes, il les verra comme des attaques injustifiées ; voir la boulette de Macron à l’ONU. De quoi prouver que les juifs sont aussi détestables qu’on le dit (le « on » en question est facile à trouver).
Or, il me semble que ce schéma pourrait changer un jour prochain.
Non pas un changement de régime, mais par un changement dans ce régime. Bien sûr, On a tous rêvé de voir le maillon fort de la chaîne maléfique, l’Iran, s’effondrer sous la poussée des masses en révolte. Mais la répression fut terrible et le régime est plus militaire que jamais. Et si c’était là, justement, que l’ouverture était possible ?
Supposons que les militaires mettent peu à peu sur la touche les mollahs, ce qui est le cas, et que le régime se débarrasse de la religion comme valeur suprême, qu’il privilégie plutôt la jouissance de la caste militaire et des forces armées, qui sont nombreuses, ainsi que des forces techniciennes, qui sont là-bas très développées ; il se pourrait alors que sa priorité ne soit plus de détruire l’État juif parce qu’il déplaît à Allah ; l’Iran préférerait se poser en grande puissance régionale qui rançonne les États arabes pour qu’ils fassent passer leur pétrole. Et si l’Arabie paie au lieu de s’associer à Israël quelle terrible humiliation. J’ajoute que le régime pourrait aussi laisser les femmes tranquilles avec leurs chevelures, du moment que personne, homme ou femme, ne dise un mot de travers sous peine de mort.
Certes, ce n’est là qu’une perspective, peut-être même une rêverie, mais elle a quelques assises dans la dure réalité. Cela veut dire, en tout cas, que l’existence d’Israël ne serait pas menacée, mais prendrait place dans un équilibre de forces bien tendu et régi par des accords.
Mais on aurait toujours sur le dos les humanistes occidentaux qui renchérissent de compassion, et qui ne voient ni la malédiction, qu’ils cautionnent eux-mêmes, ni l’équation macabre où le sacrifice des Palestiniens doit impliquer l’effacement d’Israël. Ils brandissent les victimes de la guerre comme la preuve d’un génocide et proclament qu’Israël leur fait honte.
Ils postulent qu’Israël commet un génocide, ils n’en démordent pas, et ils lancent ce cri du cœur : plus jamais de génocide, ajoutant benoîtement : n’était-ce pas notre engagement après la Shoah ? Et voilà qu’ils reprennent ce « plus jamais » en criant Free Palestine qui, justement, est un appel au génocide des juifs. Ce petit tournage en rond, où ils réclament un génocide au nom de « plus jamais de génocide », leur donne un délicieux vertige et accroît leur exaltation. En outre, le slogan est attirant parce qu’il est assez pervers, il fait croire à certains qu’il s’agit de libérer la Cisjordanie de la présence israélienne alors qu’il s’agit de libérer Israël de ses juifs.
Soit dit en passant, un meeting Free Palestine est prévu fin octobre à l’Accor Arena. Or, ce mot d’ordre est un appel direct au génocide, il est donc en principe illégal, j’espère que des responsables le feront entendre.
Pour l’instant, les pro-Pal cautionnent l’islamisme qui instrumente Gaza pour avancer là où il peut, et qui est fondé sur la haine du juif et le mépris du chrétien. La discussion avec eux est impossible car tout se passe comme si chacun ne pensait qu’à partir de ses identifications, c’est-à-dire de son identité, qui n’est autre que le paquet de ses identifications, et qu’il ne parlait qu’à partir de là, ne voyant que ce qui le conforte dans son identification. Des gens humanistes et, en principe, honnêtes, s’identifient au Hamas, et ne voient que les effets de la riposte israélienne. Alors parlons de ces effets puisqu’un journal comme Le Monde publie ces chiffres : 75 000 morts civils et 140 000 blessés civils également ; remarquez bien : il n’y a pas de combattants. Cela veut dire que les Israéliens n’ont tiré que sur les civils. C’est ce que dit le Hamas, puisque ses combattants étaient habillés en civil. C’est à croire que le journal Le Monde se moque du monde. Quand on voit cette présentation, on se dit qu’il n’y a plus de tiers, hormis la réalité, que j’essaie pour ma part d’éclairer. Ceux qui ont la certitude d’avoir trouvé où était le mal, de l’avoir bien isolé, puis identifié à Israël, ont une vision des choses débile, mais la débilité est aussi une jouissance. Et cela confirme au passage, comme je le dis parfois, que perversion et débilité se tiennent la main.
Daniel Sibony