Entre reprise, nouveaux enjeux et évolution des attentes des voyageurs, le tourisme israélien se réinvente.
À l’occasion du nouvel an juif, l’Office National Israélien de Tourisme a réuni des journalistes autour d’un déjeuner convivial au restaurant Maafim, suivi d’une conférence de presse consacrée à l’évolution du tourisme en Israël.
Une rencontre qui a permis de faire le point sur la reprise de la destination, la place du marché français, les nouveautés de l’offre touristique et les grands projets qui dessinent l’avenir du tourisme israélien.
Pour Tribune Juive, rencontre avec Laurent Gahnassia, directeur de la Communication de l’Office National Israélien de Tourisme à Paris.
Entretien
Tribune Juive : Après une période particulièrement difficile pour le tourisme en Israël, comment s’est déroulée la saison ? Observe-t-on aujourd’hui les premiers signes d’un véritable retour des visiteurs et d’une relance de la destination ?
Laurent Gahnassia : Oui, nous avons accueilli près de 42 000 touristes français en juillet et août 2026. Et toutes nationalités confondues, Israël a accueilli 225 200 touristes, en hausse de 10,8 % par rapport à l’été 2025. C’est encourageant, non ? Alors que la reprise se dessine progressivement, le ministère du tourisme poursuit le développement de l’offre et des capacités d’accueil. L’objectif fixé par le ministre israélien du Tourisme, Haim Katz, est d’accueillir 7 millions de touristes en 2030.
Tribune Juive : Le tourisme français occupe-t-il toujours une place particulière pour Israël ?
Quelle est aujourd’hui la part des visiteurs français et comment leur profil et leurs attentes ont-ils évolué ?
Laurent Gahnassia : Entre janvier et août 2026, Israël a accueilli 81 500 touristes français. La France reste le premier marché européen et le deuxième marché mondial, derrière les États-Unis. Les visiteurs français ont représenté 12,4 % de l’ensemble des arrivées internationales sur la période.
Concernant la communauté juive, principal secteur touristique vers Israël, il s’agit largement d’un tourisme affinitaire et multi-générationnel qui n’hésite pas à consommer, à profiter de tout ce qu’offre la destination et qui souvent, est en immersion dans le pays. Les pèlerins catholiques et les visiteurs chrétiens évangéliques reprennent aussi le chemin des voyages vers Jérusalem. En groupe individuellement. Enfin, sont programmés plus de 70 vols directs par semaine au départ de France cet automne-hiver.
Dans le cadre du programme hiver 2026-2027, Tel-Aviv sera desservie par plus de 70 vols directs par semaine depuis Paris, Marseille, Lyon et Nice. EL AL, Arkia, Air France et Transavia proposeront jusqu’à 57 fréquences hebdomadaires au départ de Paris. EL AL desservira également Tel-Aviv depuis Marseille, Lyon et Nice, tandis que Transavia opérera depuis Marseille et Lyon.
Tribune Juive : Israël peut-il compter sur une nouvelle génération de voyageurs français ?
Au-delà du tourisme affinitaire et religieux, quels sont les nouveaux publics que la destination cherche à séduire ?
Laurent Gahnassia : Les influenceurs, blogueurs et autres créateurs de contenus tout comme les sportifs, les gastronomes et les amateurs de soirées insolites – et qui sont de plus en plus attirés par Israël. Evidemment ce n’est pas encore la ruée comme en 2018 et 2019 ; cependant l’envie et la motivation sont bel et bien là. Les marathons de Jérusalem ou de la Mer Morte, la Pride de Tel-Aviv, la route des vins… : autant de raisons de se rendre en Israël toute l’année.
Tribune Juive : Le paysage hôtelier israélien est-il en train de se réinventer ?
Laurent Gahnassia : En 2026, dix-neuf projets hôteliers représentant plusieurs centaines de millions d’euros d’investissements ont été annoncés dans le pays, notamment à Tel-Aviv, à Jérusalem, sur le littoral et dans le Néguev. Le gouvernement israélien a par ailleurs adopté un programme quinquennal de 11,35 millions d’euros pour le développement touristique d’Eilat et de la région d’Eilot. Ce plan consacre 8,4 millions d’euros aux infrastructures touristiques publiques et 2,95 millions d’euros à des campagnes menées avec les compagnies aériennes et les tour-opérateurs proposant des séjours combinant vol et hébergement. En Galilée, l’offre s’inscrit dans les tendances du slow tourisme, entre hébergements ruraux, randonnée, domaines viticoles, fromageries artisanales et oliveraies.
Tribune Juive : Jérusalem conserve-t-elle son statut de destination incontournable ?
Laurent Gahnassia ; Plus que jamais ! la Capitale compte aujourd’hui 1 million d’habitants et parmi son effervescence humaine, culturelle, artistique, archéologique ou architecturale, on trouve des joyaux uniques : la nouvelle bibliothèque nationale d’Israël : https://www.nli.org.il/en, la nouvelle aile du musée de la Tour de David : https://www.tod.org.il/en/, la cité de David et le chemin des pélerins : https://cityofdavid.org.il/en/sites/city-of-david-national-park-eng/, etc. Comme je le rappelle très souvent, rien de remplace la visite et la (re) découverte d’une ville ou d’un site accompagné d’un guide francophone qui vous révèlera d’infinis secrets sur ces différents lieux tellement chargés d’Histoire.
Tribune Juive ; Israël est aussi devenu une destination gastronomique reconnue.
Laurent Gahnassia : Granit, Yotam Ottolenghi, Eyal Shani et tant d’autres ont révélé au monde les incroyables créations et saveurs de la »cuisine fusion », propre à la nouvelle gastronomie israélienne. Autant vous dire qu’aujourd’hui, à Tel-Aviv, Jérusalem et ailleurs, les tables d’exception foisonnent pour le plus grand plaisir des palais français.
Tribune Juive : Et les vins israéliens ?
Laurent Gahnassia : La Galilée, la Judée, le Golan : chaque région produit des crus d’exceptions qui séduisent jusqu’aux plus exigeants connaisseurs français. Et le whisky israélien est tout aussi reconnu et apprécié depuis quelques années. Le Néguev développe également son offre œnotouristique. Sa région viticole a obtenu en mai 2026 le statut d’indication géographique protégée (IGP) sous l’appellation »Negev ». Deuxième région viticole israélienne officiellement reconnue après la Judée, elle compte plus de 60 domaines et vignobles, qui produisent plus d’un million de bouteilles par an !
Tribune Juive : Enfin, quel visage souhaitez-vous donner au tourisme israélien de demain ?
Laurent Gahnassia : Celui d’une destination accueillante, plurielle et toujours plus fascinante. Et surtout, qui concerne tous les publics ! Avec cette conviction pour chaque touriste venu d’un peu partout : »Qui que vous soyez, d’où que vous veniez, en qui vous croyez (ou pas), il y aura toujours une place pour vous sous le soleil d’Israël ! ».
Propos recueillis par Sylvie Bensaid