La politique israélienne n’a jamais été aussi morcelée. Considérez plutôt ceci : à eux deux, les deux partis qui obtiennent le plus de mandats dans les sondages, le Likoud et Yashar, se hissent à environ 40 mandats. Soit à peine 45 % des intentions de vote — et ce que décrochaient jadis, à eux seuls, les grands partis de la majorité israélienne.
Les autres factions sont dans la même situation : pas moins de douze partis se partagent des résultats à un chiffre, selon les moyennes effectuées par le site Hamadad à partir de l’ensemble des sondages disponibles. Beyahad, le parti de Naftali Bennett, se hisse un peu plus haut, avec une moyenne d’à peine 12 mandats.
On en aura le cœur net après le scrutin, mais on peut d’ores et déjà estimer qu’un mandat à la Knesset vaut aujourd’hui entre 50 000 et 60 000 voix. Ce qui signifie que les Israéliens sont aujourd’hui divisés en une petite dizaine de sous-groupes électoraux, dont la plupart ne dépassent pas le demi-million de voix (entre 5 et 8 mandats environ).
Dans ces conditions, on pourrait imaginer que la future Knesset, consciente de son pluralisme, se montrera particulièrement flexible et prompte au compromis, autour de grandes lignes directrices susceptibles de poser les jalons de futures alliances.
Or, c’est précisément le contraire qui se produit.
Côté Netanyahou, les électeurs sont particulièrement divisés sur la question des ultra-orthodoxes et de leur statut, longtemps considéré comme intouchable. C’est ce que l’on appelle en politique un split. Lorsque l’actualité se focalise sur ce sujet, les électeurs du bloc sont mal à l’aise, et cela se ressent dans les sondages. Mais pas au point de changer de bloc.
Même phénomène, en miroir, côté opposition. Les électeurs y sont eux aussi divisés sur la question du soutien — ou du recours au soutien — des partis arabes israéliens antisionistes et trop frileux dans leur condamnation du terrorisme. L’aile droite de l’opposition, qui souhaite remplacer Netanyahou mais pas nécessairement mener une politique de gauche, ne veut pas en entendre parler. Côté aile gauche , les réactions sont plus variées, entre soutien enthousiaste et assentiment beaucoup plus tiède. Lorsque le sujet est sur la sellette, comme cette semaine, les sondages s’en ressentent.
Cette situation devrait, normalement, naturellement conduire à un gouvernement d’union, puisqu’il y a plus d’électeurs qui ne veulent ni d’un gouvernement où les partis orthodoxes bloqueront de nouveau toute réforme sur l’enrôlement, ni d’une coalition s’appuyant sur le fragile soutien des partis arabes. Mais la logique des blocs s’y oppose.
Face à cette situation, Netanyahou et Eizencott n’ont pas la même attitude. Politicien chevronné, le PM sortant a gagné bien des élections qui paraissaient perdues d’avance. Il sait que rien n’est joué jusqu’à la fin. Et il a finement manœuvré pour se retrouver face à Einzencott, un centriste tendance gauche, plutôt que face à Bennett ou Avigdor Lieberman, qu’il aurait été plus difficile d’accuser de gauchisme. Tout ce qui lui reste à faire à présent c’est de matraquer les électeurs indécis qu’Einzencott n’a pas de majorité sans les partis arabes, pour espérer en faire rebasculer certains dans son bloc. Le jour du scrutin, les résultats se joueront au taux de participation et en fonction du passage des plus petits partis. Sur un malentendu, une nouvelle victoire peut être arrachée.
Gadi Eisenkot
De son côté Eizencott, qui a construit toute son image sur le fait d’être droit dans ses bottes, espérait que dire la vérité à ses électeurs, qu’il n’avait pas de majorité assurée et qu’il faudrait se contenter d’un bricolage après le scrutin, lui ferait gagner des points de confiance . La baisse dans les derniers sondages montre qu’ils auraient peut-être préféré quelques enjolivements. Un perdant honnête n’en reste pas moins un perdant.
Tout cela peut encore être évité par un gouvernement d’union qui permettrait à la nouvelle majorité politique israélienne de s’exprimer. Mais la logique des blocs en veut autrement.