Tribune Juive

L’État n’interdit plus aux juifs de parler. Il les protège en les faisant taire

Le 5 juin, une conférence sur le grand âge devait se tenir à Strasbourg. Gérard Bensussan était l’orateur. Annulation au dernier moment. Motif : contexte tendu, mesures de sécurité. Pas une loi. Pas un décret. Un fonctionnaire qui signe, un mail qui part, une décision qui n’en est pas une. Juste une précaution.

Le contenu ? Peu importe. Les vieux, la dépendance. Rien qui touche à Israël, rien qui touche au conflit. C’est justement le point. On n’annule pas le sujet. On annule l’orateur. Bensussan, juif visible.

Bensussan proteste : on a franchi un seuil. Une formation gérée par un ministre qui efface un supposé « complice des génocidaires » — expression chère à LFI. Il demande confirmation écrite. On la lui envoie, mais pas directement à lui.

Le CRIF n’a rien dit. Silence complet

Le génie du système : aucune interdiction officielle. Seulement l’impossibilité pratique d’exister. L’État protecteur qui retire les juifs visibles de l’espace public. Personne n’y a prêté attention. Quand l’exclusion devient bureaucratique, elle devient normale.

Les juifs ont une place tant qu’ils ne la revendiquent pas trop fort. L’État répond par des discours au dîner du CRIF, des plans d’action. Les chiffres : 1 320 actes en 2025, 126 agressions. Six mois après, Bensussan n’a pas sa conférence. L’exclusion s’accélère. Les incantations continuent.

Voilà ce qu’il faudrait que l’État dise, au lieu de ses cérémonies.

Paul Germon

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