Tribune Juive

À toute la rédaction de CNews : Sarah Ben veut dire merci aux Justes

Sarah Ben

Je ne sais pas si vous me lirez ou pas. Je ne sais même pas si ces quelques lignes parviendront jusqu’à vous. Mais je tiens, depuis Jérusalem, à vous dire simplement : merci.

Je vis en Israël depuis plus de 35 ans. J’y suis arrivée toute petite, quelques semaines avant la guerre du Golfe. Parmi mes premiers souvenirs d’ici, il y a les sirènes, les masques à gaz qu’il fallait garder à portée de main, les fenêtres que l’on scotchait et les serviettes mouillées que l’on plaçait sous les portes par crainte d’une attaque chimique.

Depuis, j’ai grandi avec l’histoire de ce pays.

J’ai vécu les Intifadas et les attentats. J’ai connu ces périodes où prendre un autobus, s’asseoir à la terrasse d’un café ou simplement sortir de chez soi pouvait devenir une source d’angoisse.

J’ai vécu aussi le désengagement de Gaza. J’ai de la famille dans cette région. J’ai vu des familles israéliennes arrachées à leurs maisons, contraintes parfois de vivre dans des caravanes, parce qu’une partie du pays voulait encore croire qu’en quittant Gaza, en faisant ce sacrifice immense, nous nous rapprocherions enfin de la paix.

Je pourrais raconter pendant des heures ce que signifie grandir ici. Les guerres, les sirènes, les enterrements, les attentats, mais aussi cette incroyable volonté de continuer à vivre, à construire, à aimer et à espérer malgré tout.

Mais là n’est pas l’objet de cette lettre.

Aujourd’hui, je veux parler de vous.

Je veux remercier du fond du cœur celles et ceux de votre rédaction qui continuent à parler d’Israël, de l’antisémitisme et de l’islamisme sans céder aux intimidations, malgré les critiques, les campagnes de boycott et les pressions que peuvent provoquer certaines prises de position.

Je suis de très près ce qui se passe en France. Je vois les attaques, les insultes, les tentatives de discréditer ou de faire taire ceux qui refusent de se conformer à une seule lecture des événements.

Et depuis Israël, croyez-moi : nous le voyons aussi.

Vous ne mesurez peut-être pas toujours jusqu’où vos paroles arrivent.

Des Israéliens qui ne parlent même pas français voient circuler certains de vos extraits traduits. On m’envoie vos séquences, vos prises de parole, certains de vos articles. Et dans une période où tant d’Israéliens ont le sentiment que leur douleur est minimisée, relativisée ou parfois simplement oubliée, voir des journalistes français continuer à raconter ce que nous vivons peut réellement réchauffer le cœur.

Depuis le 7 octobre, quelque chose s’est profondément brisé ici.

Nous avons découvert l’horreur du massacre. Nous avons enterré nos morts. Nous avons attendu nos otages. Nous avons vu des familles détruites. Mais nous avons également découvert avec sidération la manière dont, quelques heures à peine après le massacre, une partie du monde avait déjà commencé à oublier ce qui venait de nous arriver.

C’est précisément dans ces moments-là que l’on mesure la valeur de ceux qui refusent de détourner les yeux.

Alors oui, permettez-moi cette expression chargée d’histoire : je veux remercier ces Justes parmi les nations d’aujourd’hui, non pas pour penser exactement comme nous, mais pour continuer à regarder les faits, à poser les questions qui dérangent et à refuser que la haine des Juifs devienne une opinion comme une autre.

Je ne vous écris pas au nom d’un gouvernement. Je ne vous écris pas au nom d’un parti politique.

Je vous écris comme Israélienne.

Comme une femme qui a grandi ici.

Comme quelqu’un qui aime profondément ce pays et qui a vu plusieurs générations d’Israéliens espérer, encore et encore, qu’un jour leurs enfants n’auraient plus à connaître les sirènes que leurs parents avaient connues avant eux.

Et je sais que je suis loin d’être la seule à vouloir vous dire merci.

Dans les périodes les plus sombres, on se souvient de ceux qui ont détourné le regard.

Mais on se souvient aussi, parfois toute une vie, de ceux qui ont simplement eu le courage de rester debout.

Merci à toute votre équipe.
Merci à ceux qui continuent à parler.
Merci à ceux qui refusent de détourner les yeux.
Et depuis Jérusalem, merci de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls.

Avec toute ma reconnaissance,

Sarah Ben
Fondatrice de La Matinale d’Israël

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