
Les derniers sondages israéliens devraient inquiéter Benjamin Netanyahou.
Dans quatre enquêtes sur cinq, Gadi Eisenkot et son parti Yashar arrivent en tête. Il devance le Likoud dans les sondages de Channel 13, Kan, Channel 12 et Maariv. Seul i24NEWS donne Netanyahou largement devant, avec 27 sièges contre 22 à Eisenkot.
Mais il faut immédiatement relativiser.
Car la question essentielle n’est pas : qui arrive premier ?
La question est : qui peut réunir 61 députés ?
Et là, le paysage est beaucoup moins favorable à Eisenkot qu’une lecture rapide des sondages pourrait le laisser croire.
Les cinq enquêtes donnent un Parlement extrêmement fragmenté. Dans plusieurs d’entre elles, les deux grands blocs sont pratiquement à égalité. Channel 13 donne 53 sièges au bloc de Netanyahou et 53 à celui de l’opposition. Maariv arrive au même résultat : 52 contre 52. Channel 12 donne un très léger avantage à l’opposition, 55 contre 54. Kan est plus favorable à Eisenkot, avec 58 sièges contre 50.
Et puis il y a i24NEWS.
Ce sondage inverse complètement la tendance : 60 sièges pour le bloc de Netanyahou, contre 48 à l’opposition, auxquels s’ajoutent 12 sièges arabes. Il ne manque alors qu’un seul siège à Netanyahou pour atteindre la majorité absolue.
Voilà pourquoi il serait prématuré d’annoncer la fin politique de Netanyahou.
Eisenkot est incontestablement devenu un candidat sérieux. Mais arriver en tête ne suffit pas.
Il doit encore transformer son avance électorale en coalition gouvernementale.
Et c’est là que les choses se compliquent.
Bennett, Lieberman, les Démocrates, Eisenkot : ces forces peuvent additionner leurs voix contre Netanyahou. Mais pourront-elles gouverner ensemble ? Ont-elles réellement le même projet politique ? Et surtout, accepteront-elles de s’effacer derrière Eisenkot ?
Rien n’est moins certain.
À l’inverse, Netanyahou dispose toujours d’un bloc politique beaucoup plus clairement identifié. Le Likoud, les partis ultraorthodoxes et les partis de droite religieuse constituent une famille politique dont les composantes savent, malgré leurs rivalités, qu’elles ont intérêt à gouverner ensemble.
Autre élément à surveiller : les petits partis.
Le seuil électoral israélien peut bouleverser complètement la répartition des sièges. Le parti d’Ofer Winter franchit le seuil dans les cinq sondages, ce qui pourrait être déterminant pour le bloc de Netanyahou. D’autres formations, comme celle de Yoaz Hendel et Yaron Zelekha, restent beaucoup plus fragiles.
Quelques dizaines de milliers de voix peuvent donc modifier plusieurs sièges. Et quelques sièges peuvent décider de l’identité du prochain Premier ministre.
Alors, Eisenkot peut-il battre Netanyahou ?
Oui. Pour la première fois, la réponse est clairement oui.
Mais peut-on dire qu’il est aujourd’hui favori ?
Non.
Les chiffres ne le permettent pas.
Ils montrent quelque chose de plus intéressant : Netanyahou n’est plus en position de domination automatique, mais Eisenkot n’a pas encore réussi à construire une majorité alternative.
Le scrutin de 2026 pourrait donc se jouer non pas sur celui qui arrivera premier, mais sur celui qui saura construire le bloc de 61.
C’est toute la différence entre gagner un sondage et gagner une élection.
Et, dans cette bataille-là, Netanyahou reste extrêmement dangereux.
Paul Germon