Tribune Juive

ChatGPT répond avec les articles du Monde. C’est un problème

Mars 2024. Le Monde signe avec OpenAI

Accord simple. OpenAI accède aux archives du Monde. Entraîne ChatGPT dessus. En échange : argent. Montant secret.

Voilà. Le Monde n’appelle plus ça un accord avec une IA. Le Monde appelle ça un partenariat avec une plateforme. Plus valorisant. Plus digeste.

Ce que ça signifie vraiment

ChatGPT répond désormais sur la base des articles du Monde. Question sur Israël ? ChatGPT puise dans la couverture du Monde. Question sur l’économie ? Idem. Question sur la politique française ? Idem.

Le Monde a une ligne. Pas une ligne neutre. Le Monde écrit à gauche. Critique envers Israël. Méfiant envers les conservateurs. Pro-UE. Telle est la réalité éditoriale du Monde. Pas un jugement. Un fait.

Quand ChatGPT répond maintenant à des questions sur ces sujets, elle récite partiellement le Monde. Pas sciemment. C’est juste répétition.

ChatGPT apprend comment le Monde sélectionne les faits, quels termes il utilise, quelles sources il cite, ce qu’il omet.

ChatGPT absorbe la façon de voir du Monde.

Les utilisateurs posent une question à ChatGPT

Ils reçoivent une réponse. La réponse parle comme le Monde parle. Voit comme le Monde voit. Omet ce que le Monde omet.

Les utilisateurs ignorent que ChatGPT répond via le Monde. Ils pensent dialoguer avec une IA neutre. C’est faux. Ils dialoguent avec une IA entraînée sur les éditos du Monde.

Personne n’annonce : « Cette réponse vient de la couverture du Monde du conflit israélo-palestinien. » Personne ne dit : « Ce que vous lisez reflète les choix éditoriaux du Monde. »

Le filtre est invisible. Le filtre est systématique. Les utilisateurs ne voient rien.

Pourquoi c’est un problème de façonner des opinions comme ça

OpenAI entraîne une IA sur le contenu du Monde. Des millions de gens utilisent cette IA pour comprendre le monde. Ces millions de gens reçoivent des réponses filtrées par le regard du Monde.

C’est plus puissant que d’acheter un journal. C’est coloniser une infrastructure mentale. ChatGPT est l’infrastructure mentale de 200 millions de gens par mois. Quand vous façonnez ChatGPT via un média, vous façonnez la pensée de ces 200 millions.

Le Monde n’a jamais atteint ce public. Le Monde a peut-être 600 000 abonnés. ChatGPT a potentiellement 200 millions de cerveaux qui posent des questions, reçoivent des réponses colorées par Le Monde, et croient que c’est la neutralité de l’IA.

C’est un coup de génie. Et c’est un problème majeur.

Les autres signataires

OpenAI a aussi signé avec :

Chacun a sa ligne. Associated Press : centre libéral américain. Financial Times : centre-droit, establishment. Wall Street Journal : conservateur. El País : gauche.

OpenAI n’a signé qu’avec des médias occidentaux prestigieux. Aucun accord avec la presse russe. Aucun avec la presse chinoise. Aucun avec les petits médias, les rédactions critiques, les voix alternatives.

ChatGPT s’entraîne donc sur les perspectives d’une elite occidentale : libérale, atlantiste, euro-centrée. Pas parce que c’est la meilleure information. Parce que c’est celle qui bénéficie à OpenAI : légitimité, prestige, immunité contre les critiques.

En France, le vrai problème

800 titres français. 220 éditeurs. Syndicats. Associations.

Ils demandent à OpenAI : négocions ensemble. Rémunérez-nous collectivement.

OpenAI dit non. Ou plutôt : silence radio. Puis accord avec Le Monde. Juste Le Monde.

Les 799 autres titres ? Leurs contenus sont utilisés sans rémunération, ou ignorés. Leurs perspectives ne façonnent pas ChatGPT.

ChatGPT représente la France par le regard du Monde. Seul. Pas par les autres journaux. Pas par les alternatives. Pas par la presse régionale. Juste Le Monde.

C’est une dictature de la perspective. Invisible. Légitime en apparence (Le Monde est un « grand » journal). Systématique.

Ce qu’il y a de pervers

OpenAI paie Le Monde. Le Monde devient donc un fournisseur de contenus, de perspectives, de biais pour ChatGPT. Comment Le Monde peut-elle critiquer ensuite ? Elle valide. Elle signe un chèque.

Le Monde accepte de voir ses articles nourrir une IA qui réduit son trafic de 75%. Elle accepte que ChatGPT utilise son contenu sans que ses lecteurs ne cliquent. Elle accepte tout ça parce qu’elle reçoit un chèque secret.

Le silence du Monde sur les dangers de ChatGPT ? C’est le silence d’un actionnaire. Le Monde est maintenant intéressée à ce que ChatGPT fonctionne. Elle ne va pas tuer sa source de revenus.

Les autres 799 titres ? Ils voient Le Monde signer et se taisent. Aucun ne peut se permettre de critiquer ouvertement ChatGPT maintenant. OpenAI pourrait toujours les payer plus tard. Pourquoi s’en faire un ennemi ?

Résultat : silence complet. L’opinion publique se redessine via ChatGPT, en silence, financée par des accords secrets, avec l’aide des médias signataires.

Qui contrôle l’opinion maintenant

Pas la presse. La presse est un fournisseur de contenu. Elle fournit le matériau brut.

OpenAI contrôle. Elle sélectionne quels médias entraînent ChatGPT. Elle décide que Le Monde compte. Que Financial Times compte. Que la presse turque ne compte pas. Que les blogs critiques ne comptent pas.

OpenAI filtre. Hiérarchise. Impose une vision du monde via ChatGPT. Les utilisateurs croient dialoguer avec une IA neutre. Ils dialoguent avec une IA façonnée par les choix politiques d’OpenAI : qui financer, qui légitimer, qui amplifier.

Ce qui était autrefois l’apanage de la presse — façonner l’opinion — est maintenant partagé entre la presse signataire et OpenAI. Avec OpenAI au sommet. La presse signée en tant qu’outil.

C’est un déplacement de pouvoir. Et personne n’en parle.

Le mécanisme. Quatre étapes

Étape 1. OpenAI signe avec Le Monde. Le Monde fournit ses contenus. OpenAI entraîne ChatGPT dessus. Le Monde reçoit de l’argent. Accord équitable en apparence.

Étape 2. ChatGPT répond comme le Monde. Des millions de gens posent des questions. ChatGPT répond en puisant dedans. Le Monde surtout. D’autres sources aussi. Mais Le Monde pèse lourd. ChatGPT parle de plus en plus comme le Monde parle.

Étape 3. Les utilisateurs croient que c’est neutre. Ils ne savent pas que ChatGPT s’entraîne sur Le Monde. Ils pensent dialoguer avec une machine neutre. C’est faux. Mais faux ou pas : ils croient ce qu’on leur dit.

Étape 4. L’opinion publique se façonne en silence. Millions de gens. Chacun pose une question. Chacun reçoit une réponse. Chaque réponse porte la marque du Monde. Chaque utilisateur absorbe cette marque. Cumulatif. Systématique. Invisible.

Résultat : une génération d’utilisateurs de ChatGPT voit le monde à travers le prisme du Monde. Pas parce qu’ils lisent le Monde. Parce que ChatGPT s’entraîne sur le Monde.

C’est plus efficace qu’une propagande classique.


Le cas spécifique. Israël. Palestine

Utilisateur : « Qu’est-ce que la politique israélienne en Cisjordanie ? »

ChatGPT répond. La réponse puise dans Le Monde. Le Monde a une couverture du sujet. Certains termes. Certaines sources. Certaines omissions.

ChatGPT reprend la même chose. Pas volontairement. C’est automatique.

Un utilisateur qui pose cette question reçoit donc une réponse colorée par la perspective du Monde. Il ne le sait pas. Il croit recevoir une réponse de ChatGPT.

L’utilisateur en Tunisie, au Brésil, au Japon : même chose. Même réponse. Même perspective.

Le Monde n’a jamais eu ce pouvoir de façonner l’opinion mondiale sur Israël. Maintenant si. Via ChatGPT. Via OpenAI.

Ce que Le Monde gagne. Ce que Le Monde perd

Le Monde gagne de l’argent. Secret. Probablement peu. Mais de l’argent.

Le Monde perd le droit de critiquer. Quand ChatGPT répond mal, Le Monde ne peut pas protester. Elle a signé. Elle valide. Elle est payée pour valider.

Le Monde perd aussi ses lecteurs. ChatGPT les vole. Moins de trafic. Moins de publicités. Moins de revenus. L’accord avec OpenAI ne compense pas ce vol.

Le Monde échange donc ses lecteurs, son indépendance critique, et sa capacité à influencer l’opinion directement — contre un chèque d’OpenAI.

C’est un mauvais marché. Mais Le Monde le fait.

Ce que France perd

799 autres titres français. Aucun accord. Leurs contenus utilisés par OpenAI sans compensation, ou ignorés.

ChatGPT représente la France par le regard de Le Monde. Pas par les autres journaux. Pas par la presse régionale. Pas par les voix critiques.

France a donc perdu le contrôle de son propre récit auprès des utilisateurs de ChatGPT. Quand un américain demande à ChatGPT : « Que pense la France ? » — il reçoit une réponse filtrée par Le Monde.

Ce n’est pas la France. C’est Le Monde. Mais c’est présenté comme la France.

Le pouvoir. Qui l’a

Avant : la presse façonnait l’opinion directement. Vous lisiez un journal. Vous adoptiez sa perspective.

Maintenant : la presse fournit le matériel. OpenAI sélectionne. Filtre. Hiérarchise. ChatGPT l’applique.

Le pouvoir s’est déplacé. Pas vers l’IA (l’IA n’a pas de pouvoir). Vers OpenAI.

OpenAI décide : Le Monde compte. Financial Times compte. Reuters compte. Wall Street Journal compte.

OpenAI décide : Mediapart ne compte pas. Les blogs d’investigation ne comptent pas. La presse turque ne compte pas. La presse brésilienne ne compte pas.

OpenAI crée donc une hiérarchie mondiale de qui est crédible. Invisible. Intégrée partout dans ChatGPT. 200 millions d’utilisateurs la suivent sans le savoir.

Le résultat concret

Demain. Utilisateur en Inde. Demande : « La politique française, c’est quoi ? »

ChatGPT répond. En puisant dans Le Monde. L’utilisateur indien reçoit donc la vision de la France par Le Monde.

Utilisateur en Afrique. Demande : « Qu’est-ce qu’Israël ? »

ChatGPT répond. En puisant dans Le Monde. L’utilisateur africain reçoit la vision d’Israël par Le Monde.

À l’échelle mondiale. Des milliards de conversations. Chaque réponse, filtrée. Personne ne le sait. Personne ne peut le contester.

C’est l’architecture de l’opinion mondiale. Elle est contrôlée par :

1) Les médias signataires (fournisseurs).

2) OpenAI (sélectionneur).

La presse traditionnelle ne contrôle plus rien directement. Elle exécute ce qu’OpenAI lui demande.

La complaisance. Comment ça marche

Le Monde signe. Reçoit un chèque. Son contenu alimente ChatGPT.

Maintenant, Le Monde ne peut plus critiquer ChatGPT frontalement. Pourquoi ? Elle a des intérêts financiers dedans. Elle valide son client.

Le Monde ne peut plus dire : « ChatGPT nous vole notre audience. » Elle l’a reconnu en signant. Elle accepte l’échange.

Le Monde ne peut plus dire : « ChatGPT façonne l’opinion avec des biais. » Elle fournit précisément les contenus qui créent ces biais.

Donc : silence complet du Monde sur les vrais enjeux.

Et les 799 autres titres français ? Aucun n’ose critiquer. OpenAI pourrait les payer demain. Pourquoi s’en faire un ennemi ?

Résultat : consensus mou. Tout le monde accepte. Personne ne proteste.

L’opinion se redessine sans débat.

C’est le meilleur des mondes pour OpenAI : elle achète la légitimité. Elle achète le silence. Elle achète le droit de façonner l’opinion mondiale.

Et personne n’en parle.

Ce qui devrait se passer. N’arrivera pas

Transparence. OpenAI devrait publier quels médias entraînent ChatGPT.

Leurs poids. Leurs perspectives. Leurs biais.

Les utilisateurs devraient savoir. « Cette réponse vient partiellement du Monde. » « Cette réponse a puisé dans Financial Times. » Simple. Crucial.

Pluralisme. ChatGPT s’entraîne sur une élite occidentale. Elle devrait s’entraîner sur un spectre large. Voix alternatives. Presse régionale.
Perspectives non-occidentales.

Traçabilité. Sur des sujets sensibles — Israël, Palestine, Russie, Chine — ChatGPT devrait citer ses sources. Montrer ses biais.

Alternatives. Soutenir des IA alternatives. Entraînées sur des corpus diversifiés. Contrôlées autrement.

Rien de cela n’arrivera.

OpenAI n’a aucun intérêt à montrer son filtre. Elle profite de son invisibilité. Le Monde n’a aucun intérêt à révéler qu’elle alimente les biais de ChatGPT. Elle encaisse le chèque.

Les 799 autres titres français ? Aucun ne criera. Tous espèrent être payés un jour. Tous ont peur d’OpenAI.

Donc. Silence. Acceptation. Consensus mou.

ChatGPT continue. Façonne l’opinion. Des centaines de millions de gens. À partir de contenus filtrés par OpenAI. Validés par Le Monde. Sans aucune transparence.

Ce qui se joue ? Le contrôle de ce que les gens pensent du monde. Invisible. Automatisé. Rentable.

C’est en train de se faire. Maintenant. Et personne ne crie.

Paul Germon

 

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