Tribune Juive

L’esclavage arabe, cette histoire que l’on préfère ne pas raconter

Il y a des histoires que l’on enseigne, que l’on commémore, que l’on grave dans le marbre. Et il y en a d’autres que l’on laisse volontairement dans l’ombre parce qu’elles dérangent les récits bien ordonnés.

L’esclavage arabe appartient à cette seconde catégorie.

Lorsqu’on prononce le mot « esclavage », l’image surgit aussitôt : les bateaux négriers, les chaînes, les plantations de coton ou de canne à sucre, l’homme blanc achetant l’homme noir. Cette histoire est vraie. Elle fut immense, atroce et criminelle. Mais elle n’est pas toute l’histoire.

Bien avant que les puissances européennes ne se lancent dans la traite atlantique, et longtemps après qu’elles l’eurent abolie, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent capturés, vendus, transportés, exploités, castrés ou réduits à l’état de concubines dans les mondes arabe et musulman.

Cette traite dura plus de treize siècles.

Treize siècles.

On mesure mal ce que cela représente. Des générations entières de razzias, de marchés, de caravanes, de ports, de négriers, de soldats, de marchands et de maîtres.

Et pourtant, sur cette histoire-là, presque rien. Peu de musées. Peu de commémorations. Peu de repentirs. Peu de discours solennels. Pas de grands procès de conscience. Pas de chefs d’État arabes expliquant à leur peuple qu’il faut regarder le passé en face.

Le silence.

Des routes d’esclaves à travers tout un continent

Dès les conquêtes arabes du VIIᵉ siècle, l’esclavage devint l’un des rouages durables des sociétés du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et de la péninsule Arabique.

Les captifs venaient d’Afrique noire, mais aussi d’Europe, du Caucase, des Balkans et d’Asie centrale.

Ils étaient acheminés par plusieurs grandes routes.

La route transsaharienne conduisait des Africains du Sahel, du bassin du Niger, du lac Tchad ou du Soudan vers le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte.

La route de la vallée du Nil et de la mer Rouge amenait des captifs du Soudan, d’Éthiopie et de la Corne de l’Afrique vers Le Caire, Djeddah, La Mecque, Médine et la péninsule Arabique.

La route de l’océan Indien reliait le Mozambique, Zanzibar, la Tanzanie, le Kenya et la Somalie à Oman, au Yémen, au Golfe, à la Perse et jusqu’à l’Inde.

Et puis il y avait la Méditerranée.

Pendant des siècles, les corsaires d’Alger, de Tunis, de Tripoli et de Salé attaquèrent les navires européens et les villages côtiers. Des Italiens, des Espagnols, des Français, des Portugais, des Hollandais, des Anglais, des Irlandais et même des Islandais furent enlevés, transportés en Afrique du Nord, vendus, enfermés dans des bagnes ou utilisés comme rameurs, ouvriers et domestiques.

On parle volontiers de « traite arabo-musulmane » pour rappeler que des Ottomans, des Persans, des Berbères et des intermédiaires africains y participèrent également.

Très bien.

Mais que cette précision ne devienne pas une nouvelle manière de noyer le poisson.

Les pouvoirs arabes, les marchands arabes, les ports arabes et les marchés arabes en furent des acteurs majeurs et souvent des bénéficiaires directs.

Combien de victimes ?

Nous n’en connaîtrons jamais le nombre exact.

La traite occidentale a laissé des archives très abondantes : registres portuaires, listes de navires, comptes commerciaux, documents d’assurance, registres de cargaisons humaines.

La traite arabe fut plus diffuse, plus ancienne, plus terrestre et souvent moins documentée.

Les chiffres varient donc.

Pour la traite atlantique, environ 12,5 millions d’Africains furent embarqués de force vers les Amériques. Environ 10,7 millions arrivèrent vivants. Près de deux millions moururent pendant la traversée, sans compter ceux qui périrent lors des razzias, des marches jusqu’aux côtes ou dans les comptoirs.

Pour les traites transsaharienne, orientale, de la mer Rouge et de l’océan Indien, les estimations tournent généralement autour de 10 à 15 millions de personnes déportées, parfois davantage selon les périodes retenues.

Certains historiens avancent des chiffres proches de 18 millions.

Il serait malhonnête de présenter l’un d’eux comme une vérité comptable. Mais il serait encore plus malhonnête de profiter de cette incertitude pour faire comme si le phénomène avait été marginal.

Il ne le fut pas.

Il s’agit bien de millions d’êtres humains arrachés à leur terre, à leur famille et à leur vie.

La traite occidentale et la traite arabe

Il ne s’agit pas d’organiser un concours de barbarie.

Les deux traites furent criminelles.

Les deux reposèrent sur la capture, la vente, la déshumanisation, le viol, la séparation des familles et la transformation d’un être humain en objet.

Mais elles ne furent pas identiques.

La traite occidentale fut plus courte, concentrée principalement entre le XVIᵉ et le XIXᵉ siècle. Elle fut aussi plus industrielle, plus maritime, mieux organisée par des États, des compagnies, des banques, des ports et des armateurs.

Elle alimenta principalement les plantations américaines de sucre, de coton, de café et de tabac.

La traite arabe, elle, dura plus de mille ans.

Elle emprunta des routes terrestres et maritimes multiples. Elle alimenta les maisons, les palais, les armées, les plantations, les exploitations agricoles, les mines, les ports, les pêcheries de perles et les harems.

L’esclave pouvait être domestique, soldat, ouvrier, gardien, cultivateur, eunuque ou concubine.

La traite occidentale devint progressivement un système racial héréditaire : dans les Amériques, le Noir était assimilé à l’esclave, et ses enfants héritaient généralement de sa condition.

Dans le monde arabe, l’esclavage toucha aussi des Blancs, des Slaves, des Circassiens, des Géorgiens et des Européens.

Mais cela ne signifie nullement que le racisme antinoir y fut absent.

Les Africains noirs furent très souvent affectés aux tâches les plus pénibles, considérés comme inférieurs et relégués au plus bas de la hiérarchie sociale. Les traces de ce mépris subsistent encore dans certains mots, certaines attitudes et certaines structures sociales du monde arabe.

L’Occident n’a pas organisé une traite du monde arabe

Il faut aussi rappeler une réalité que l’on évite soigneusement.

Les puissances occidentales n’ont pas organisé contre les populations arabes une traite transcontinentale de masse, continue pendant des siècles, destinée à vider des régions entières de leurs habitants pour les déporter par millions vers des plantations lointaines.

Elles n’ont pas davantage mené, sur l’ensemble des côtes arabes, des razzias comparables à celles que les corsaires barbaresques menèrent contre l’Europe.

Cette constatation ne revient évidemment pas à nier, minimiser ou escamoter les crimes de la colonisation européenne. La colonisation fut elle aussi une entreprise de conquête, de domination, d’exploitation, de dépossession et, dans de nombreux cas, de violence de masse. Elle doit être étudiée et jugée pour ce qu’elle fut.

Mais cet article ne traite pas de la colonisation. Il traite de l’esclavage proprement dit : la capture, l’achat, la vente, la déportation et la possession d’êtres humains.

Rappeler que l’Occident n’a pas organisé, contre les populations arabes, une traite transcontinentale de masse comparable aux traites dirigées pendant des siècles vers l’Afrique noire ou les côtes européennes ne blanchit donc en rien le colonialisme. Cela permet seulement de distinguer deux réalités historiques différentes.

La colonisation occidentale est largement enseignée, documentée et dénoncée. L’esclavage arabe, lui, reste souvent passé sous silence, méconnu ou relégué à l’arrière-plan, y compris parfois par les descendants mêmes de populations qui en furent victimes.

Reconnaître un crime n’oblige pas à en taire un autre.

Cela ne signifie pas qu’aucun musulman ou Nord-Africain ne fut jamais réduit en esclavage par des Européens.

Il y eut des esclaves musulmans à Malte, en Sicile, en Espagne et dans les galères chrétiennes. Il y eut des prises de guerre, des corsaires européens et des captifs échangés ou rançonnés.

Mais il n’y eut pas, contre le monde arabe, de système occidental comparable, par sa durée, son extension et son ampleur, aux traites dirigées pendant des siècles vers l’Afrique noire ou vers les côtes européennes.

Cette asymétrie historique existe.

La nier ne rend pas l’histoire plus juste. Elle la rend simplement fausse.

Les femmes, les harems et l’esclavage sexuel

La traite arabe accorda une place considérable aux femmes et aux jeunes filles.

Elles étaient recherchées comme domestiques, servantes et concubines.

Le droit musulman classique reconnaissait au propriétaire des droits sexuels sur certaines esclaves, ces fameuses « possessions de la main droite » souvent évoquées dans les textes.

Il ne s’agissait pas d’amour.

Il ne s’agissait pas de ces harems romanesques dont l’Occident a parfois fait un décor orientaliste.

Il s’agissait de femmes capturées ou achetées, qui ne disposaient ni de leur corps ni de leur avenir.

Le viol d’une esclave n’était pas considéré comme le viol d’une femme libre, puisque son propriétaire exerçait sur elle un droit de possession.

Appelons les choses par leur nom : c’était de l’esclavage sexuel.

La castration des hommes

La traite orientale comportait également une pratique particulièrement atroce : la castration.

Des garçons et des hommes étaient mutilés afin de devenir eunuques dans les palais, les harems ou les grandes maisons.

L’opération, pratiquée dans des conditions rudimentaires, entraînait une mortalité effroyable.

Il ne faut pas prétendre que tous les esclaves mâles étaient castrés. C’est faux.

Mais il faut cesser de minimiser ce commerce spécifique et organisé de garçons mutilés.

Le nombre plus réduit de descendants identifiables d’esclaves africains au Moyen-Orient, comparé aux Amériques, s’explique partiellement par cette castration, mais aussi par la mortalité des convois, l’intégration de certains enfants dans la famille du maître, les affranchissements et l’effacement progressif des origines.

Bagdad et la révolte des Zanj

Entre 869 et 883, dans la région de Bassorah, des esclaves noirs venus d’Afrique orientale se soulevèrent contre le califat abbasside.

Ils étaient appelés les Zanj.

Beaucoup travaillaient dans les marais salins du sud de l’Irak, dans des conditions effroyables.

Sous la conduite d’Ali ibn Muhammad, leur révolte dura près de quinze ans et menaça sérieusement le pouvoir abbasside.

On nous explique parfois que l’utilisation massive d’une main-d’œuvre servile noire serait une singularité occidentale.

La révolte des Zanj suffit à rappeler que cette affirmation est fausse.

Zanzibar, Oman et Tippo Tip

Au XIXᵉ siècle, Zanzibar devint l’un des grands centres de la traite orientale.

Le sultan d’Oman Saïd ben Sultan y transféra sa capitale en 1840. L’économie des plantations de girofliers reposait largement sur le travail servile.

Des caravanes s’enfonçaient dans l’intérieur de l’Afrique, jusqu’aux régions qui correspondent aujourd’hui à la Tanzanie, au Burundi, au Rwanda et à la République démocratique du Congo.

Le plus célèbre de ces trafiquants fut Hamad ben Mohammed el-Murjebi, dit Tippo Tip.

Marchand d’ivoire, chef de guerre et négrier arabo-swahili, il contrôla des territoires, organisa des expéditions et fit déporter des milliers d’Africains vers la côte.

Les captifs étaient attachés les uns aux autres. Ils marchaient pendant des semaines ou des mois. Ceux qui tombaient étaient abandonnés ou achevés.

Les survivants étaient conduits vers Bagamoyo, Zanzibar, Oman et les marchés de l’océan Indien.

Là encore, on tentera parfois de rappeler que des chefs africains participaient aux captures.

C’est exact.

Mais le fait qu’un Africain vende un autre Africain n’efface pas le système qui crée la demande, organise les routes, finance les caravanes et exploite les captifs à l’arrivée.

Les esclaves européens des Barbaresques

L’historien Robert Davis a estimé qu’entre un million et 1,25 million d’Européens auraient été réduits en esclavage en Afrique du Nord entre 1530 et 1780.

Le chiffre est discuté.

Le phénomène, lui, ne l’est pas.

Des villages côtiers furent attaqués en Italie, en Espagne, en France, au Portugal, en Irlande et jusqu’en Islande.

Les habitants étaient capturés, entassés sur des navires, puis vendus à Alger, Tunis, Tripoli ou Salé.

Certains étaient libérés contre rançon. D’autres travaillaient dans les bagnes, les ateliers, les maisons ou sur les galères.

Des ordres religieux européens furent créés spécialement pour racheter les captifs chrétiens.

Cette mémoire a presque disparu.

Elle aussi dérange.

Des abolitions très tardives

L’Occident abolit progressivement la traite puis l’esclavage au XIXᵉ siècle.

Les puissances européennes ne furent pas seulement esclavagistes. Elles produisirent aussi les mouvements abolitionnistes les plus puissants de l’histoire moderne.

La Grande-Bretagne mobilisa même sa marine pour pourchasser les navires négriers et imposer la fermeture de certains marchés.

Dans plusieurs pays arabes, l’abolition fut beaucoup plus tardive.

L’Arabie saoudite ne supprima officiellement l’esclavage qu’en 1962.

Le Yémen du Nord, la même année.

Oman, autour de 1970.

La Mauritanie, en 1981, ce qui en fit le dernier État du monde à annoncer officiellement son abolition.

À cette date, François Mitterrand venait d’être élu président de la République française.

L’esclavage n’y devint pourtant une infraction pénale spécifique qu’en 2007.

Voilà la réalité.

L’esclavage arabe aujourd’hui

L’esclavage n’a pas totalement disparu.

Il a changé de forme.

Selon les estimations internationales portant sur 2021, environ 1,7 million de personnes vivaient dans une situation d’esclavage moderne dans les États arabes étudiés.

La région arabe présentait même la prévalence régionale la plus élevée du monde.

Ces chiffres englobent le travail forcé, le mariage forcé, la servitude domestique, la traite humaine et certaines formes de dépendance extrême.

En Arabie saoudite, dans les Émirats, au Qatar, au Koweït, à Oman, au Liban et en Jordanie, le système de la kafala a longtemps placé les travailleurs migrants sous la dépendance directe de leur employeur.

Passeports confisqués. Salaires impayés. Employés enfermés. Femmes battues. Domestiques privées de repos. Travailleurs menacés d’expulsion s’ils protestent.

On nous dira que la kafala n’est pas juridiquement l’esclavage.

Peut-être.

Mais lorsqu’un être humain ne peut ni partir, ni changer d’employeur, ni récupérer son passeport, ni réclamer son salaire sans risquer la prison ou l’expulsion, le débat sémantique devient obscène.

La Mauritanie

En Mauritanie, l’esclavage héréditaire n’appartient pas seulement au passé.

Des membres des communautés haratines restent encore enfermés dans des liens de dépendance envers des familles de Maures blancs, les Bidan.

Certains travaillent comme bergers, ouvriers agricoles ou domestiques sans salaire réel.

Des femmes subissent des violences sexuelles. Leurs enfants peuvent rester sous le contrôle de la famille du maître.

Les autorités mauritaniennes ont voté des lois. Elles ont proclamé l’abolition. Elles ont criminalisé l’esclavage.

Mais les militants qui le dénoncent ont souvent été inquiétés, poursuivis ou emprisonnés.

L’abolition sur le papier ne suffit pas à libérer les hommes.

La Libye

En Libye, des migrants subsahariens ont été vendus, rançonnés, battus, violés et contraints au travail forcé.

Des images de ventes d’êtres humains ont circulé en 2017.

On y voyait des hommes noirs proposés comme ouvriers, comme on vendrait des bêtes ou des outils.

On nous a expliqué que la guerre avait « créé des vulnérabilités ».

Non.

La guerre ne vend personne.

Ce sont des hommes qui capturent. Des hommes qui frappent. Des hommes qui violent. Des hommes qui encaissent l’argent.

La guerre permet parfois au pire de se déployer. Elle ne supprime jamais la responsabilité de ceux qui le commettent.

La Seconde Guerre mondiale a elle aussi vu réapparaître en Europe un esclavage massif, organisé par le régime nazi : travail forcé, déportations, exploitation jusqu’à la mort, violences sexuelles, détenus traités comme une main-d’œuvre jetable.

On ne dit pas que la guerre a rendu les victimes vulnérables.

On dit que les nazis les ont asservies.

Il faut appliquer la même clarté à tous.

Daech et le retour revendiqué de l’esclavage

En 2014, l’État islamique ne s’est pas contenté de pratiquer l’esclavage.

Il l’a revendiqué.

Des milliers de femmes et d’enfants yézidis furent capturés, séparés de leurs familles, vendus, offerts à des combattants, violés et revendus.

Les dirigeants de Daech publièrent même des textes destinés à justifier religieusement l’esclavage sexuel.

Il ne s’agissait pas d’un abus clandestin commis par quelques hommes.

Il s’agissait d’un système assumé.

Un marché.

Une doctrine.

Une administration.

Gaza et les otages

Depuis le 7 octobre 2023, des civils israéliens ont été massacrés, enlevés, transportés à Gaza, cachés dans des tunnels ou des maisons, humiliés, battus, affamés et, pour certains, soumis à des violences sexuelles.

Des enfants, des femmes, des vieillards.

Le Hamas et d’autres groupes armés les ont utilisés comme monnaie d’échange, comme trophées, comme instruments politiques.

Dans certains cas, des otages ont été déplacés, gardés par des particuliers, contraints à des tâches, exposés à des violences sexuelles ou soumis au pouvoir absolu de leurs geôliers.

Faut-il appeler cela de l’esclavage ?

Lorsque des hommes exercent sur un captif un pouvoir total, décident de son déplacement, de son enfermement, de son corps, de son alimentation, de sa survie et éventuellement de son transfert à un autre groupe, la question n’a rien d’extravagant.

Tous les otages ne relèvent pas nécessairement de la qualification juridique de réduction en esclavage.

Mais certains traitements présentent clairement des caractéristiques de servitude, d’esclavage sexuel ou d’exercice des attributs d’un droit de propriété.

Là encore, il faut cesser de se réfugier derrière les mots.

Dans leurs massacres de civils, leurs enlèvements familiaux, leurs humiliations, leurs tortures et certaines violences commises sur les otages, le Hamas et ses complices ont employé des méthodes que l’on a vues chez les nazis.

La comparaison ne signifie pas que le Hamas possède la puissance industrielle et continentale de l’Allemagne hitlérienne.

Elle signifie qu’un massacre de civils reste un massacre de civils, qu’un viol reste un viol, qu’un enlèvement d’enfant reste un enlèvement d’enfant et qu’une barbarie ne devient pas plus acceptable parce que ses auteurs sont arabes ou prétendent agir au nom d’une cause politique.

Une mémoire à sens unique

L’Occident est sommé, parfois avec raison, de répondre de son passé.

Il l’enseigne. Il le commémore. Il construit des musées. Il ouvre ses archives. Il reconnaît ses fautes. Il organise des cérémonies. Il débat des réparations.

Dans le monde arabe, où sont les musées de l’esclavage ?

Où sont les grandes journées nationales de commémoration ?

Où sont les discours des souverains, des présidents, des imams et des intellectuels demandant pardon aux descendants des victimes ?

Où sont les plaques à Zanzibar, Bagdad, Bassorah, Alger, Tunis, Tripoli, Mascate, Djeddah ou La Mecque ?

Où est le procès historique ?

Nulle part, ou presque.

On préfère rappeler sans fin les crimes de l’Occident et maintenir sous silence ceux que l’on a soi-même commis.

Ce n’est pas de l’histoire.

C’est une sélection politique de la mémoire.

L’esclavage occidental doit être enseigné, condamné et transmis.

L’esclavage arabe aussi.

Pas moins.

Pas plus.

Avec les mêmes faits, les mêmes mots, la même exigence et la même honnêteté.

Parce que les morts ne changent pas de valeur selon la couleur du négrier.

Et les chaînes ne deviennent pas plus légères lorsqu’elles sont tenues par une main arabe.

© Paul Germon

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