Tribune Juive

Qui défendra encore la mémoire juive en Pologne ? Par Henryk Paszt – Les Amis de Simon Wiesenthal – France

En ce 9 Av, jour de deuil et de mémoire dans le calendrier juif, une question s’impose : pourquoi ce qui se déroule aujourd’hui en Pologne suscite-t-il si peu d’attention en France ?

Depuis plusieurs années, de nombreux observateurs dénoncent une évolution préoccupante du débat mémoriel polonais. Les commémorations des quelque 100 000 victimes polonaises des massacres de Volhynie de 1943 sont parfaitement légitimes. Mais elles ne sauraient conduire à reléguer au second plan le génocide des Juifs, perpétré dès 1941 par fusillades, massacres de proximité et autres formes d’extermination.

Avant la Seconde Guerre mondiale, la Deuxième République de Pologne abritait la plus importante communauté juive du monde : entre 3,5 et 4 millions de personnes. Près de 90 % d’entre elles furent assassinées pendant la Shoah. Environ 50 000 Juifs durent leur survie au courage de Polonais et d’Ukrainiens qui, souvent au péril de leur vie, les cachèrent ou les aidèrent à fuir. Beaucoup n’ont jamais recherché la moindre reconnaissance.

Après la guerre, quelque 250 000 survivants revinrent en Pologne avec l’espoir de reconstruire une existence. Les pogroms d’après-guerre, notamment celui de Kielce en 1946, puis les violences antisémites qui suivirent, les contraignirent une nouvelle fois à l’exil. En 1968, la campagne antisémite menée par le régime communiste poussa près de 15 000 Juifs supplémentaires à quitter le pays après avoir été privés de leur nationalité.

Aujourd’hui, il ne subsiste qu’une communauté juive d’environ 8 000 personnes. La transmission de cette histoire repose désormais sur quelques institutions, quelques chercheurs… et quelques consciences.

Parmi elles figure Mme Sabine Bober, professeure habilitée à l’Université catholique Jean-Paul II de Lublin. Depuis plusieurs décennies, elle consacre ses recherches aux lieux de vie, aux lieux de culte et aux lieux d’extermination des Juifs de la région de Lublin. Son travail a été salué par de nombreuses autorités locales et reconnu pour sa contribution essentielle à la préservation de cette mémoire.

Pourtant, le département universitaire consacré à ces recherches a récemment été supprimé. Beaucoup y voient bien davantage qu’une simple réorganisation administrative : le signe d’un affaiblissement de la place accordée à la mémoire juive dans l’université polonaise. L’avenir même de Mme Sabine Bober au sein de son établissement apparaît aujourd’hui incertain.

Face à cette situation, les réactions demeurent étonnamment discrètes en France. Les premiers soutiens publics sont venus du Centre Medem puis du B’nai B’rith International. Mais, dans l’ensemble, le silence domine.

Pourquoi ceux qui consacrent leur vie à préserver la mémoire des Juifs de Pologne semblent-ils si seuls lorsqu’ils sont fragilisés ? Les cérémonies commémoratives sont indispensables. Elles ne sauraient toutefois remplacer le soutien concret à celles et ceux qui, chaque jour, recueillent les archives, identifient les lieux, transmettent les faits et empêchent l’oubli.

La mémoire ne se protège pas uniquement lors des anniversaires. Elle se défend aussi lorsque ceux qui la font vivre se retrouvent menacés ou isolés.

Henryk Paszt
Les Amis de Simon Wiesenthal – France

Quitter la version mobile