Grâce au travail de traduction de David Germon, Tribune juive propose à ses lecteurs un entretien inédit conduit par le Dr Motti Kedar avec Raphaël Hayoun, observateur de longue date du Hamas. Au fil de cet échange, il revient sur les ressorts idéologiques de l’organisation, sa capacité de reconstitution et les nouvelles menaces auxquelles Israël devra faire face. Une plongée rare dans un débat stratégique largement méconnu du public francophone.
Dr Motti Kedar reçoit Raphaël Hayoun
Sommaire
Ouverture………………………………………………………………………………….. 3
Un ennemi qui ne se repose jamais………………………………………………… 3
Le paradis, une croyance physique………………………………………………… 4
Dans les écoutes : la face cachée du Hamas……………………………………… 6
Le prochain danger : les essaims de drones……………………………………… 7
Conclusion………………………………………………………………………………… 8
Raphaël Hayoun : nous avons montré au chef d’état-major un soldat volant sur un drone avec une arme complète
— qu’est-ce qui l’a le plus inquiété ?
Entretien avec Raphaël Hayoun
Un entretien mené par le Dr Motti Kedar
avec la participation du chef d’état-major de Tsahal
Lundi 13 juillet 2026 — 28 tammouz 5786 Chaîne Tov — Studio
Ouverture : présentation du studio
Dr Motti Kedar : Shalom et bienvenue à toutes et à tous sur cette belle chaîne. Nous sommes aujourd’hui lundi 13 juillet 2026 — le 28 tammouz, à deux jours de Roch Hodesh Av. Nous recevons en studio un ami cher de la chaîne : Raphaël Hayoun, le seul et l’unique Raphaël Hayoun, celui qui, si on ne lui avait pas confisqué les appareils d’écoute qu’il avait chez lui, aurait très probablement pu donner l’alerte nécessaire avant le massacre d’octobre. Nous en reparlerons un autre jour.
Dr Motti Kedar : Raphaël, merci infiniment d’être venu en studio.
Dr Motti Kedar : Raphaël, le Hamas — le fait qu’ils continuent de fonctionner, qu’ils soient vivants, existants, qu’ils respirent, qu’ils regagnent peut-être même la puissance qu’ils avaient autrefois — la question est : quelle est leur motivation ? Quel est le fond de l’histoire ? Qu’est-ce qu’ils ont en tête ?
Raphaël Hayoun : Je vais essayer — je ne suis pas à la hauteur, je vais commencer, je suis ému. Parce que vous, pour moi vous savez… Je vais m’en sortir. Je fais de mon mieux.
Un ennemi qui ne se repose jamais
Dr Motti Kedar : Bien. Écoutez : moi, je viens des idées telles qu’elles sont formulées dans toutes sortes de documents, de livres. Vous, vous venez du terrain. Vous les touchez vraiment. Vous savez comment ils parlent. C’est pour ça que votre regard peut être différent du mien. Moi, ce que je sais vient de leurs textes sacrés. Vous, vous venez de la matière brute.
Raphaël Hayoun : Donc, globalement : l’ennemi ne se repose jamais. Si on parle d’aujourd’hui, dans la bande de Gaza, le Hamas est aujourd’hui beaucoup plus cruel. Beaucoup plus cruel.
Dr Motti Kedar : Cruel envers qui ?
Raphaël Hayoun : Envers le monde, cruel envers lui-même. Pourquoi ? Parce qu’ils consomment des vidéos d’horreur, des scènes de viol d’une extrême violence, au taux de consommation le plus élevé au monde. Ce sont des faits, je ne les invente pas. Ce sont des données. Une femme sur deux dans la bande de Gaza est battue. Chaque habitant de Gaza a perdu un frère, un oncle, un père, une grand-mère — ce qui les rend beaucoup plus revanchards.
Raphaël Hayoun : Autrement dit, le Hamas ne reste pas les bras croisés. Et si on ne comprend pas ça, c’est déjà l’un de nos problèmes. Quand on élimine quelqu’un et qu’on se dit « waouh, on a fait quelque chose », il faut se rappeler que dans les exercices qu’ils mènent — en 2020, en 2022 — cet exercice englobe toutes les localités, de Zikim jusqu’à Kerem Shalom, y compris la prise d’otages civils. Et dans les trois premières heures de cet exercice, ils « éliminent » 30 000 personnes. C’est le scénario qu’ils s’entraînent à répéter. Dans ces mêmes premières heures, ils renouvellent l’ensemble de leurs effectifs de combattants.
Raphaël Hayoun : C’est l’une des choses qu’on ne comprend pas chez nous : pendant que nous, nous sanctifions la vie, eux sanctifient son contraire. Et si on n’intègre pas ça, si on ne le comprend pas vraiment —
Dr Motti Kedar : Vous, vous le comprenez, parce que vous venez d’un autre angle, vous comprenez toute cette notion de martyre, cette volonté d’y arriver et tout ça. Mais au niveau de la logique, de la raison, nous ne comprenons pas ça.
Raphaël Hayoun : Pas nous — enfin, pas moi. Mais celui qui, au bout du compte, prend les décisions et va éliminer quelqu’un, et qui en ressort avec une évaluation — ce n’est pas simple, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Vous savez qu’il a fallu attendre environ un an et demi avant d’arriver au bout de la traque, et qu’on ne l’a connu longtemps que par son nom.
Dr Motti Kedar : Il y a aussi des gens autour de lui.
Raphaël Hayoun : Oui, mais au bout du compte, on comprend que l’ennemi… Un responsable iranien a raconté qu’un dirigeant, deux semaines avant d’être éliminé, avait dit à tous ses hommes : mettez en place chacun deux à quatre doublures.
Dr Motti Kedar : Et pour lui-même ?
Raphaël Hayoun : Comment savoir, nous ne savons pas. Mais au niveau de la compréhension : au fond, ils ne se soucient pas de la vie. Vous savez pourquoi ? Parce que la vie dans ce monde-ci est temporaire, alors que la vie dans le monde à venir est une vie éternelle. Alors pourquoi ne pas sacrifier une vie temporaire dans un environnement aussi misérable — désertique, aride, triste, pitoyable, cruel — pour une vie éternelle où l’on obtient tout ce qu’on désire, tout ce dont on a toujours rêvé ? Ce qu’on leur vend, ils y croient. Ils y croient vraiment, jusque dans leurs actes.
« La vie dans ce monde-ci est temporaire, alors que la vie dans le monde à venir est une vie éternelle. »
Le paradis, une croyance physique
Raphaël Hayoun : Écoutez, je ne sais pas ce que vous savez déjà, mais — il y a des années, il y a eu un attentat au checkpoint de Mehola, près du Jourdain. Les soldats avaient reçu l’information à l’avance et étaient donc protégés. Le pick-up est arrivé, le kamikaze a cru être à côté des soldats et s’est fait exploser. Dieu merci, personne n’a été blessé. Ensuite, les soldats ont récupéré le corps du terroriste, qui s’était disloqué dans l’explosion — et on s’est aperçu qu’il avait enveloppé son sexe dans un bandana pour qu’il reste intact.
Dr Motti Kedar : Pourquoi a-t-il fait ça ?
Raphaël Hayoun : Parce qu’il pensait qu’en arrivant au paradis, il en aurait besoin —
Dr Motti Kedar : Ne riez pas !
Raphaël Hayoun : — et bien plus que ça. Les kamikazes qui se faisaient exploser en Algérie, dans les années 50 et jusqu’au début des années 60, jusqu’au départ des Français en 1962, commettaient eux aussi des attentats-suicides : ils plaçaient leur sexe dans un préservatif métallique pour le préserver intact de l’explosion, parce qu’ils en auraient besoin au paradis dès leur arrivée. À ce point, leur croyance au paradis, aux vierges qui s’y trouvent, à toutes les délices qui s’y trouvent — c’était une croyance réaliste. Pas une croyance abstraite, sentimentale.
Dr Motti Kedar : Non ?
Raphaël Hayoun : Non. Ils croyaient que c’était une chose physique, réelle, existante, quelque chose qu’on peut ressentir. À ce point, leur foi dans le paradis — que le hadith et le Coran leur promettent — était une croyance authentique. Et c’est pour ça qu’il ne faut pas mépriser ces sentiments, ces discours qu’ils tiennent sur l’au-delà. Ils y croient.
Raphaël Hayoun : Tenez, il y a une autre histoire, à Gaza : quelqu’un a été tué, et son corps est resté chez lui jusqu’aux funérailles. La presse palestinienne a rapporté que tous ceux qui venaient dans la maison sentaient une odeur de musc —
Dr Motti Kedar : C’est quoi, le musc ?
Raphaël Hayoun : C’est l’odeur du paradis. Autrement dit : il est encore ici, mais il est déjà au paradis, puisqu’il est déjà mort — il se trouve dans un état intermédiaire, entre les deux, ou les deux à la fois. Et donc l’air de la maison sentait le paradis, et tout le monde en était convaincu. Allez donc argumenter avec eux pour savoir si c’est vrai ou faux. Leur croyance là-bas est une croyance physique, pas une croyance théorique. Et c’est, je dirais, une très grande différence.
Dr Motti Kedar : Qu’est-ce que le paradis dans le judaïsme ?
Raphaël Hayoun : Une notion spirituelle : les justes assis, étudiant la Torah. Quelque chose comme ça. Mais là-bas, c’est quelque chose fait de couleurs, de fruits, de légumes, d’eau qui coule, vos pieds dans l’eau, des rivières de vin, des rivières de lait, et des femmes avec tous leurs attributs. Leur croyance au paradis est une croyance matérielle, tangible, réelle. Allez donc argumenter avec eux !
Raphaël Hayoun : L’un de nos problèmes, c’est que — comme je le disais — nous sanctifions le contraire. Pour eux, tuer un juif, c’est déjà une forme d’accomplissement : rien qu’en réussissant à tuer un juif, ils ont déjà, en quelque sorte, leur paradis.
Dr Motti Kedar : J’ai raison ?
Raphaël Hayoun : Oui.
Dans les écoutes : la face cachée du Hamas
Dr Motti Kedar : Raphaël Hayoun, dans vos écoutes de ces gens — au-delà des éléments purement techniques, ils vont ici, nous allons là — avez-vous aussi entendu des choses de nature idéologique ? Des éléments qui ont une signification idéologique, une signification de croyances, une signification sur la façon dont ils se perçoivent eux-mêmes ?
Raphaël Hayoun : Prenez l’élimination de Baha Abou al-Ata (commandant du Jihad islamique palestinien, tué dans une frappe ciblée un certain 12 novembre — ou était-ce le 11 ? — 2019). Vous pouvez le confirmer vous-même, vous étiez dans le même groupe à l’époque, je crois que vous y êtes toujours.
Raphaël Hayoun : Quelques jours avant que le Hamas ne comprenne que nous allions éliminer Abou al-Ata, ils en discutent déjà sur leur réseau radio — mais sans vraiment en informer le Jihad islamique. Autrement dit, le Hamas cache à Abou al-Ata qu’il va être visé. J’ai les enregistrements de ça. Je peux vous les faire écouter maintenant — je vais aller les chercher tout de suite et vous allez les entendre, je n’ai aucun problème à les dévoiler.
Raphaël Hayoun : Et là, on comprend qu’il y a un jeu qui se joue. D’un côté, on voit qu’au moment de l’élimination d’Abou al-Ata, le Hamas ne s’implique pas, en apparence. Le porte-parole de Tsahal annonce que seules les cibles du Jihad islamique sont frappées — comme pour dire : celui qui ouvre le feu sur nous en subira les conséquences. Et en même temps, j’entends des combattants du Hamas crier sur des combattants du Jihad islamique, leur disant : « Vous tirez comme des fous dans tous les sens, vous ne visez rien. Il n’y a même pas un seul blessé. Vous n’avez touché aucun juif. Vous tirez, vous tirez, vous tirez, vous tirez… »
Dr Motti Kedar : Ils tirent en provoquant une riposte israélienne, pour rien ?
Raphaël Hayoun : Oui, pour rien. « Vous ne réussissez rien du tout. Au moins visez, faites quelque chose… enfin, pas de problème, faites ce que vous voulez, de toute façon nos entrepôts sont les vôtres, pas de problème, on réglera ça plus tard. » Mais vous entendez ça. Et vous comprenez aussi qu’ils suivent et commentent tout ce qui se passe chez nous. Toute la politique — je n’entre pas du tout dans le débat politique — mais toute cette histoire de manifestations ici et de manifestations là, tout ce qui se passe chez nous, ça les occupe énormément. Ils en parlent sur leur réseau. Sur le réseau.
Raphaël Hayoun : Le réseau opérationnel : le commandement du Hamas s’installe à six heures du soir, sept heures du soir, et avant même de commencer à s’adresser à ses combattants — avant même de les briefer, avant même de leur parler — il commence par raconter ce qui se passe chez nous, en Israël. « Il y a une manifestation ici, une manifestation là », et il s’y attarde. Et là, vous vous dites : qu’est-ce qui lui prend, il est devenu fou ou quoi ? Qu’est-ce que ça peut lui faire, ce qui se passe chez nous ?
Raphaël Hayoun : Non. Petit à petit, on comprend. On comprend que lui, l’ennemi, comprend qu’au moment où vous n’êtes pas unis, il peut vous vaincre. Parce que lorsque nous sommes, à Dieu ne plaise, dans la pagaille, dans le chaos, il sait que c’est son moment. Et à mon avis, il attend dans son coin, il a un plan, tout est organisé, et il attend, bien sagement, dans son coin.
« L’ennemi comprend qu’au moment où vous n’êtes pas unis, il peut vous vaincre. »
Raphaël Hayoun : Et il va nous donner — je ne veux même pas l’imaginer, j’espère que tout sera déjoué — mais comme je le disais tout à l’heure : plus de 20 drones sont entrés dans la bande de Gaza
rien que le mois dernier, des drones du modèle Fly Cart. Chacun de ces drones peut transporter 85 kilos. Je vais vous montrer, si vous voulez, ce qu’il transporte comme charge.
Dr Motti Kedar : 85 kilos ? C’est mon poids plus une arme et des munitions !
Raphaël Hayoun : Je vais vous montrer — pas aux téléspectateurs, à vous. Je vais vraiment vous montrer. On l’a montré au chef d’état-major : un soldat avec un équipement complet sur lui, hissé sur le drone, en l’air. On l’a montré au chef d’état-major. Le chef d’état-major s’est seulement énervé contre le soldat, en lui demandant pourquoi il montait sans harnais de sécurité.
Raphaël Hayoun : Mais l’idée, c’est qu’il y a là une autre menace. Ce monde des drones, ce n’est pas une menace du genre « c’est terminé, ça disparaît ».
Le prochain danger : les essaims de drones
Raphaël Hayoun : C’est comme le Liban et ses missiles.
Dr Motti Kedar : Quoi ?
Raphaël Hayoun : Sûrement.
Dr Motti Kedar : Mais oubliez l’arme elle-même, pensez plus loin. Pensez à un essaim de drones. Dix mille drones. Comment vous en occupez-vous ?
Raphaël Hayoun : Totalement. Comme en Ukraine.
Dr Motti Kedar : Vraiment ?
Raphaël Hayoun : Alors faites ce que vous voulez. Ils vont travailler l’avionique, les communications chiffrées, ils vont opérer avec quatre systèmes de secours dans les airs — vous abattez un drone numéro un, il en fera fonctionner un autre. Tout va bien. Il vous brouille pendant que vous le brouillez, tout va bien. Il finit par prendre le dessus, et vous, que faites-vous ?
Raphaël Hayoun : Autrement dit, la menace large, dans les années à venir — ça peut arriver à tout moment, mais globalement, ce n’est pas fini. L’ennemi ne reste pas les bras croisés. Il ne le fait pas. Le Hamas, dans la bande de Gaza, attend simplement son heure.
Raphaël Hayoun : Chaque jour qui passe sans actualité sur Gaza, c’est justement la preuve que le Hamas se renforce. Il se renforce, il se consolide, il produit, il tisse ses fondations. Il s’organise, il rassemble des informateurs.
Dr Motti Kedar : C’est-à-dire ?
Raphaël Hayoun : Il recrute des combattants. Aujourd’hui, il se situe à environ 76-81 % de sa force d’avant-guerre. On l’avait fait descendre à 30 % au moment où nous sommes sortis de la bande de Gaza.
Dr Motti Kedar : Aujourd’hui ?
Raphaël Hayoun : Aujourd’hui, il est à 76-81 %. Donc, nous ne comprenons pas ça. Vous voyez des frappes, et vous vous dites : « Regardez, on les a eus », le porte-parole de Tsahal annonce qu’on les a frappés. Mais vous ne regardez pas la vérité en face : ça ne les préoccupe pas vraiment. En arabe, on appelle ça rayd min fayd — une goutte tirée d’un seau.
Dr Motti Kedar : D’un truc énorme. Oui.
Raphaël Hayoun : Ou une goutte dans l’océan.
« Chaque jour qui passe sans actualité sur Gaza est la preuve que le Hamas se renforce. »
Conclusion
Dr Motti Kedar : Chers téléspectateurs, écoutez-le bien, parce que cet homme est assis sur l’artère même du Hamas — et à mon avis, il en sait presque autant, sinon plus, que les services de renseignement qui étaient censés faire ce travail. Et certainement avant les événements d’octobre 2023.
Dr Motti Kedar : C’est une bonne chose que vous ayez cette capacité, Raphaël. J’espère de tout cœur que, si Dieu le veut, on ne vous confisquera plus jamais vos appareils. Que le Nom soit béni.
Merci infiniment pour cette formidable contribution que vous apportez au peuple d’Israël, et merci aussi pour toute l’aide apportée au fil des années. Vous avez énormément aidé tout ce dispositif.
Raphaël Hayoun : Je… je ne sais pas combien de vies vous avez sauvées, mais au bout du compte, vous avez traduit énormément de choses. Je suis un humble et dévoué serviteur d’un peuple de géants — des géants revenus des flammes, de l’exil, de toutes sortes d’épreuves, et qui ont reconstruit ici, dans cet État, depuis déjà 78 ans. C’est autre chose. Merci beaucoup.
Dr Motti Kedar : Merci à vous, chers téléspectateurs de la chaîne Tov.
Merci à David Germon
