Tribune Juive

« Les Voix d’un autre Iran »: Cette photographie est mon cri éternel ». Par Eynam Ozi

Il existe un autre Iran. Celui que le régime ne représente pas et que ses citoyens continuent de faire vivre. « Les Voix d’un autre Iran »: Tribune juive ouvre cet espace à des femmes et des hommes d’origine iranienne qui refusent la dictature des mollahs, l’antisémitisme et la haine d’Israël. Chacun écrit ici en son nom propre. Tous rappellent qu’il existe un autre Iran : celui de la liberté, de la mémoire et du courage.

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Devant le train de la mort, je retrouve ma propre histoire

Au printemps 1945, le train de la mort s’est arrêté. Une jeune femme a pris la main d’une petite fille et, au milieu de l’enfer, a esquissé un sourire né des cendres d’une mort certaine. Ce cliché a immortalisé la renaissance de l’espoir juif. Mais depuis des années, au plus profond de mon exil, je contemple cette image en pleurant.

Je suis un Iranien qui a quitté sa terre natale pour toujours. Non pour un vol ou une trahison, mais pour le crime d’avoir embrassé la cause des Juifs, qui m’ont appris ce que signifie vraiment vivre. J’ai été expulsé par un régime criminel incapable de tolérer l’amour pour le peuple juif. J’ai choisi le bon camp de l’histoire, et ils m’ont fait payer ce choix au prix fort, en me ravissant tout ce que je possédais.

Je connais intimement cette photographie. Je connais les trains. Je connais les camps. Et je connais les monstres qui, aujourd’hui encore, se dissimulent derrière des masques d’humanité et de « droits de l’homme ».

Je suis ce réfugié retenu captif durant des années dans l’exil imposé par les Nations unies. Mon dossier est enterré. Mes droits ont été bafoués. Ils m’ont brisé lentement, délibérément, parce que j’ai osé me tenir aux côtés du peuple juif et d’Israël. Mon seul « crime » est d’aimer une nation qui a tant apporté au monde, et d’aimer la vérité. Cette même instance internationale, qui prétend défendre les opprimés, est devenue mon geôlier pour la simple raison que j’ai refusé de haïr.

Je suis loin de l’Iran que j’aimais autrefois, loin de sa terre et de son peuple qui souffrent encore sous les mêmes ténèbres. Pourtant, dans cet éloignement douloureux, j’ai trouvé quelque chose qu’aucun régime ni aucune organisation ne pourra jamais m’enlever : l’amour.

Chaque fois que je regarde cette femme et cette enfant, je vois ma propre main se tendre à travers le temps. Elles me murmurent à travers l’image : « Tu n’es pas seul. Nous aussi, nous sommes revenues de la mort. » Et je leur réponds, entre larmes et défi : « Je suis toujours debout ; blessé, exilé, mais invaincu. Ma musique résonne encore dans le silence de ce bannissement. »

Cette photographie n’est pas seulement de l’histoire.

C’est une alliance sacrée d’espoir, une promesse unissant tous ceux qui ont tout sacrifié par amour.

Aux antisémites qui vivent encore parmi nous, arborant costumes, titres et faux sourires, je dis ceci : vous ne gagnerez pas. Tout comme les nazis ont échoué, vous échouerez aussi. Car l’amour est plus fort que votre haine. La petite fille qui serrait la main de sa mère devant ce train de la mort vit encore en chaque génération qui refuse de plier le genou devant le mal.

Depuis mon exil, le cœur marqué par les cicatrices mais empli de fierté, je pleure et je souris à la fois.

Car nous sommes toujours là.

Nous continuons d’aimer.

Et un jour — même si je ne suis plus là — cet amour triomphera.

C’est mon histoire.

C’est notre histoire.

L’histoire de mains qui, même aux heures les plus sombres, se rejoignent et font jaillir la lumière.

© Eynam Ozi

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