
Un débat – encore un – mérite d’être porté dans l’espace public.
Et, au fond, c’est aussi ce que Tribune juive s’efforce de faire : offrir un lieu où la double fidélité à la France et à Israël puisse s’exprimer sans être sommée de se justifier.
Le 14 juillet est la fête de la République.
Celle de tous les Français.
De ceux qui vivent à Paris, Marseille ou Strasbourg.
Mais aussi de ceux qui vivent à Jérusalem, Tel-Aviv, Haïfa ou Netanya.
De ces Français qui n’ont jamais cessé d’aimer leur pays, même lorsqu’ils ont choisi de construire leur vie en Israël.
Le texte qu’Arié Bensemhoun publie aujourd’hui est celui d’un homme qui dit sa blessure après avoir appris qu’il ne participerait pas à la réception organisée par l’ambassade de France en Israël.
Cette blessure est réelle.
Les circonstances qui y ont conduit demeurent, elles, matière à débat.
Nous avons également publié le discours d’adieu de l’ambassadeur Frédéric Journès. Il y exprime son attachement à Israël, aux Français d’Israël, aux otages et à l’amitié entre nos deux pays.
Si ces deux textes ne disent pas la même chose, ils disent pourtant quelque chose du même moment.
On pourra discuter certains jugements d’Arié Bensemhoun., on pourra discuter certaines décisions diplomatiques françaises, mais ce n’est pas là que réside, selon nous, l’essentiel.
L’essentiel est ailleurs.
Comment en est-on arrivé à ce que tant de Français d’Israël aient aujourd’hui le sentiment que leur attachement à Israël puisse devenir, sinon une faute, du moins une fidélité qu’il faudrait sans cesse expliquer, justifier ou atténuer ?
Depuis des décennies, ces Français servent souvent les deux pays.
Ils parlent français à leurs enfants.
Ils votent.
Ils enseignent.
Ils entreprennent.
Ils font vivre des échanges économiques, universitaires, scientifiques, culturels et humains entre la France et Israël.
Ils n’ont jamais pensé qu’il fallait choisir.
Nous non plus.
À Tribune juive, nous refusons cette alternative.
Nous refusons que l’amour de la France et celui d’Israël soient présentés comme deux fidélités incompatibles.
Nous refusons que l’amitié franco-israélienne devienne une opinion dont il faudrait s’excuser.
Nous refusons que des Français aient le sentiment de devoir se justifier parce qu’ils aiment l’État d’Israël.
Parce que nous croyons exactement l’inverse.
Nous croyons qu’il est possible d’aimer profondément la République française.
D’être attaché à sa langue, à son histoire, à sa culture et à ses idéaux.
Et d’aimer tout autant Israël.
Non comme une puissance étrangère parmi d’autres, mais comme l’État du peuple juif, auquel tant de Français sont liés par leur histoire familiale, leur mémoire, leur engagement ou leur propre existence.
Au-delà du cas personnel d’Arié Bensemhoun, son texte met des mots sur un malaise que beaucoup expriment aujourd’hui.
Le discours de Frédéric Journès rappelle, lui, qu’au-delà des désaccords politiques, il demeure possible d’affirmer son attachement à Israël et aux Français qui y vivent.
Les deux textes méritent d’être lus.
Les deux disent quelque chose de la profondeur du moment que traversent les relations franco-israéliennes.
Le rôle d’un journal n’est pas d’effacer ces contradictions
Le rôle d’un journal n’est pas d’effacer ces contradictions: il est de permettre qu’elles soient entendues. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui le texte d’Arié Bensemhoun. Non pour arbitrer une controverse dont nous ne connaissons pas tous les ressorts. Mais parce qu’une conviction demeure: « Nous refusons que l’on demande aux Français d’Israël de choisir entre les deux pays qu’ils portent dans leur cœur ».
Nous continuerons d’aimer la France.
Nous continuerons d’aimer Israël.
Et nous continuerons de croire que l’amitié entre ces deux nations mérite d’être défendue, non malgré cette double fidélité, mais grâce à elle.