Tribune Juive

Nous refusons de choisir. L’Edito de Sarah Cattan

Un débat, -encore un- qui mérite d’être porté dans l’espace public. Et, au fond, c’est aussi ce que Tribune juive s’efforce de faire : offrir un lieu où cette double fidélité à la France et à Israël puisse s’exprimer sans être sommée de se justifier

Le 14 juillet est la fête de la République. Celle de tous les Français.

De ceux qui vivent à Paris, Marseille ou Strasbourg.

Mais aussi de ceux qui vivent à Jérusalem, Tel-Aviv, Haïfa ou Netanya.

Des Français qui n’ont jamais cessé d’aimer leur pays, même lorsqu’ils ont choisi de construire leur vie en Israël.

Le texte qu’Arié Bensemhoun publie aujourd’hui est celui d’un homme qui dit sa blessure après avoir appris qu’il n’était plus le bienvenu à la réception organisée par l’ambassade de France en Israël.

Si d’aucuns pinailleront sur certains de ses mots, -pas nous-, il est une question que l’on ne peut éluder: comment en est-on arrivé à ce que des Français d’Israël aient le sentiment que leur attachement à Israël puisse les rendre suspects aux yeux de leur propre pays ?

Depuis des décennies, ils servent pourtant souvent les deux. Ils parlent français à leurs enfants. Ils votent. Ils enseignent. Ils entreprennent.

Ils défendent les intérêts économiques, culturels, scientifiques ou universitaires entre les deux pays. Ils n’ont jamais pensé qu’il fallait choisir. Nous non plus.

À Tribune Juive, nous refusons cette alternative.

Nous refusons que l’on présente l’amour de la France et celui d’Israël comme deux fidélités incompatibles.

Nous refusons que l’amitié franco-israélienne devienne une opinion honteuse.

Nous refusons que des Français aient à se justifier d’aimer l’État juif.

Parce que nous croyons exactement l’inverse.

Nous croyons qu’il est possible d’aimer profondément la République française, de croire en ses valeurs, d’être attaché à sa langue, à son histoire, à sa culture, Et d’aimer tout autant Israël.

Non comme une puissance étrangère, mais comme l’État du peuple juif, auquel tant de Français sont liés par leur histoire familiale, leur mémoire ou leur engagement.

Le texte d’Arié Bensemhoun n’est donc pas seulement celui d’un homme: Il est le témoignage d’un malaise que beaucoup ressentent aujourd’hui.

Nous refusons que l’on présente l’amour de la France et celui d’Israël comme deux fidélités incompatibles

C’est pourquoi nous avons choisi de le publier: parce qu’au-delà des personnes, des fonctions et des circonstances, une conviction demeure: Nous ne choisirons pas. Nous continuerons d’aimer la France. Nous continuerons d’aimer Israël. Et nous continuerons de croire que l’amitié entre ces deux nations mérite d’être défendue, non malgré cette double fidélité, mais grâce à elle.


Tribune Juive publie ci-dessous le texte intégral d’Arié Bensemhoun

Ce texte n’est pas un simple billet d’humeur. C’est une prise de position politique et personnelle, publiée un jour hautement symbolique.

Comme beaucoup de Français, c’est avec une grande fierté que j’assiste, depuis Israël, au défilé de nos forces armées pour la traditionnelle célébration du 14 Juillet qui marque la fondation de la République. Je m’apprêtais, comme chaque année, à participer à la réception organisée à la résidence de France à Tel Aviv, quand j’ai appris par un message de l’ambassadeur Frédéric Journes que j’avais été, avec d’autres indésirables sans doute, retiré de la liste des invités. Être déclaré persona non grata dans une réception républicaine censée célébrer, avec les Français d’Israël, la relation France-Israël, par celui qui aura été pendant ses trois ans de mission l’un de ses fossoyeurs, est pour moi un honneur et une fierté. Comme l’a fait Gérard Araud, qui en quittant ses fonctions de diplomate n’a pas hésité à déclarer qu’Israël était un État d’apartheid, les hypocrites attendent toujours la fin de leur mission pour montrer le visage hideux de ceux qui nourrissent en leur for intérieur la haine d’Israël. Face aux comportements écœurants de ceux qui veulent faire de l’État juif le Juif des nations tout en se drapant dans les principes moraux qu’ils bafouent, je ne peux que réaffirmer ma détermination à œuvrer pour la France, pour Israël, pour l’amitié entre ces deux pays que je porte dans mon cœur et pour la préservation des valeurs de la République que nous partageons. Puisque les masques sont tombés, plus besoin de faire semblant. À votre successeur, je souhaite la bienvenue en Israël. À vous, Monsieur l’ambassadeur, je dis bon débarras. Vive la République Vive la France Vive l’amitié entre la France et Israël Arié Bensemhoun CEO ELNET France

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