Tribune Juive

« D’Oslo à Camp David : ce que prévoyaient réellement les accords ». 1/4. Par Paul Germon

Le conflit israélo-palestinien est probablement celui sur lequel tout le monde a un avis… et que peu connaissent réellement.

Combien de commentateurs, de responsables politiques, de journalistes ou de militants ont lu les accords d’Oslo ? Combien savent ce que recouvrent exactement les zones A, B et C ? Combien pourraient définir la Ligne verte autrement qu’en répétant une formule entendue à la télévision ?

À force d’entendre les mêmes affirmations répétées, elles finissent par prendre l’apparence de vérités historiques.

Revenons donc aux textes.

En septembre 1993, sous les yeux du président Bill Clinton, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat échangent une poignée de main qui fait le tour du monde. Israël reconnaît officiellement l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’OLP reconnaît le droit d’Israël à vivre en paix et en sécurité. Personne n’imagine alors que cette image deviendra l’un des symboles des espoirs déçus du Proche-Orient.

Contrairement à une idée largement répandue, les accords d’Oslo ne créent pas un État palestinien et n’en prévoient pas explicitement la création.

Ils instaurent une période transitoire de cinq ans durant laquelle une autonomie palestinienne progressive est mise en place en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Au terme de cette période, les deux parties s’engagent à négocier le « statut permanent ».

Les questions les plus sensibles sont volontairement laissées de côté : les frontières définitives, Jérusalem, les implantations israéliennes, les réfugiés palestiniens et les dispositions de sécurité. Les accords imposent une négociation, mais n’en fixent pas l’issue.

Dans l’esprit d’une grande partie des négociateurs israéliens, palestiniens et américains, ce processus devait conduire à la coexistence de deux entités politiques vivant côte à côte. Mais cette perspective relevait d’un objectif politique ; elle ne constituait pas une obligation juridique inscrite dans les accords eux-mêmes.

Deux ans plus tard, en septembre 1995, l’accord d’Oslo II organise la Cisjordanie selon un découpage qui demeure, paradoxalement, toujours en vigueur plus de trente ans après.

La zone A, représentant environ 18 % de la Cisjordanie, est placée sous administration civile et sécuritaire de l’Autorité palestinienne. Elle comprend les principales villes palestiniennes : Ramallah, Naplouse, Bethléem, Jénine ainsi qu’une partie d’Hébron.

La zone B, environ 22 % du territoire, correspond essentiellement à des villages et à des zones rurales. L’administration civile est palestinienne tandis que la sécurité est exercée conjointement par Israël et l’Autorité palestinienne.

La zone C, soit près de 60 % de la Cisjordanie, englobe les grands espaces non urbanisés, la vallée du Jourdain, de nombreuses hauteurs stratégiques, les implantations israéliennes ainsi que leurs principaux axes de communication. Conformément aux accords, elle demeure sous administration civile et sécuritaire israélienne pendant la période intérimaire.

C’est ici qu’apparaît une première idée reçue.

Les accords d’Oslo ne prévoyaient absolument pas que toute la zone C deviendrait automatiquement un territoire palestinien.

Ils prévoyaient des redéploiements progressifs, mais renvoyaient explicitement à la négociation finale les questions des frontières, de Jérusalem, des implantations, des réfugiés et de la sécurité.

Autrement dit, le statut définitif de la zone C restait entièrement à négocier.

Deuxième idée reçue.

Les accords d’Oslo II n’imposaient pas à Israël un gel des implantations.

Les implantations faisaient précisément partie des sujets réservés au statut permanent.

Depuis 1995, la création de nouvelles implantations, la légalisation de plusieurs avant-postes ainsi que l’essentiel des extensions d’implantations existantes se sont déroulées en zone C, c’est-à-dire dans une zone dont le devenir définitif n’avait pas encore été fixé par les accords.

Troisième idée reçue : la Ligne verte.

On l’évoque sans cesse.

Pourtant, elle n’est pas une frontière internationale.

La Ligne verte est la ligne d’armistice tracée en 1949 à l’issue de la première guerre israélo-arabe. Son nom vient tout simplement du crayon vert utilisé par les négociateurs. Elle séparait Israël de la Cisjordanie administrée par la Jordanie et de la bande de Gaza administrée par l’Égypte. Les accords d’armistice précisaient eux-mêmes que cette ligne ne préjugeait en rien des frontières définitives, lesquelles devaient être fixées par un futur accord de paix.

Il est également utile de rappeler un fait rarement évoqué.

Entre 1948 et 1967, la Cisjordanie est occupée puis annexée par la Jordanie. Cette annexion est proclamée le 24 avril 1950.

Elle n’est pas reconnue par la France, qui ne considère pas que la Jordanie ait acquis une souveraineté légitime sur la Cisjordanie. Les Nations unies ne la reconnaissent pas davantage.

Le Royaume-Uni reconnaît officiellement l’union de la Cisjordanie avec la Jordanie, tout en excluant le statut définitif de Jérusalem de cette reconnaissance. Le Pakistan est souvent cité comme l’un des rares autres États à avoir reconnu cette annexion, même si ce point est discuté par certains historiens.

L’annexion jordanienne demeure ainsi très largement non reconnue par la communauté internationale.

Durant les dix-neuf années de contrôle jordanien, aucun État palestinien n’est créé en Cisjordanie et aucune souveraineté palestinienne indépendante n’y est instaurée.

Il est également remarquable de constater qu’au cours de cette période, aucune Intifada palestinienne n’est déclenchée contre l’administration jordanienne de la Cisjordanie. La première Intifada n’éclatera qu’en 1987, alors que le territoire est sous contrôle israélien depuis vingt ans.

Pendant que les diplomates négocient, les ennemis du processus de paix passent à l’action.

À partir de 1994, le Hamas et le Jihad islamique déclenchent une campagne d’attentats-suicides contre des autobus, des cafés, des restaurants, des marchés et des centres commerciaux israéliens.

Leur objectif est explicite : faire échouer les accords d’Oslo.

Entre septembre 1993 et le déclenchement de la seconde Intifada, à l’automne 2000, près de 300 Israéliens, pour l’immense majorité des civils, sont tués dans ces attentats.

Le processus de paix reçoit également un coup terrible du côté israélien.

Le 25 février 1994, Baruch Goldstein massacre vingt-neuf fidèles musulmans au caveau des Patriarches à Hébron. Son crime est condamné sans ambiguïté par les autorités israéliennes.

Le 4 novembre 1995, le Premier ministre Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste israélien opposé aux accords d’Oslo.

L’homme qui avait pris le risque politique de reconnaître l’OLP et d’engager un processus de paix disparaît.

À partir de ce moment, les attentats, les représailles, les crises politiques et la défiance réciproque vont progressivement miner les fondations d’Oslo.

Pour beaucoup d’Israéliens, chaque nouvel attentat renforce l’idée que les concessions territoriales ne produisent pas la sécurité espérée.

Pour beaucoup de Palestiniens, chaque mois qui passe nourrit le sentiment que l’État auquel ils aspirent s’éloigne.

C’est dans ce climat de violences, de méfiance réciproque et d’espoirs qui s’effritent que s’ouvrent, en juillet 2000, les négociations de Camp David.

Jamais Israéliens et Palestiniens n’auront été aussi proches d’un accord.

Jamais non plus les derniers obstacles n’auront été aussi difficiles à surmonter.

Paul Germon

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