Tribune Juive

Le documentaire de Michaël Grynszpan, « L’énigme Chouchani », arrive en France

L’énigme Chouchani: le vagabond qui savait tout

Le film « L’énigme Chouchani » arrive bientôt (enfin!) en France. Vous êtes ici les premiers à visionner le trailer. N’hesitez pas à le faire circuler à ceux que cela pourrait intéresser. Comme vous savez ce film est devenu « culte » en Israël, la moitié du pays semble l’avoir vu et revu… Il continue aussi à circuler dans le monde, ce dimanche 1er Février il sera projeté au New Jersey Film Festival.

Il y a des hommes dont la disparition éclaire davantage que la présence. Monsieur Chouchani fut de ceux-là.

Personne, ou presque, ne connut son vrai nom. On l’appela Chouchani, Shoshani, Shushani. Il surgissait, disparaissait, dormait parfois comme un clochard, traversait les continents sans passé officiel, sans famille connue, sans identité certaine. Et pourtant, cet homme insaisissable fut le maître d’Emmanuel Levinas et d’Elie Wiesel.

Le documentaire de Michaël Grynszpan, L’Énigme Chouchani, bientôt présenté en France, entreprend de suivre la trace de cet érudit hors norme dans plusieurs pays, mettant au jour des documents perdus et des témoignages inédits dans une quête palpitante pour éclairer la vie et l’héritage de ce génie insaisissable. Le film, réalisé après dix ans d’enquête, réunit manuscrits rares, archives et témoignages pour tenter d’approcher celui que ses disciples décrivirent moins comme un professeur que comme une secousse intellectuelle.

Chouchani savait le Talmud, les mathématiques, la philosophie, les sciences, les langues. On lui prête une mémoire phénoménale, presque irréelle. La Bibliothèque nationale d’Israël a rappelé qu’il était réputé connaître la Bible hébraïque, le Talmud et d’innombrables textes juifs par cœur.

Mais le plus troublant n’est peut-être pas ce qu’il savait. C’est ce qu’il fit de ce savoir. Il ne fonda aucune école. Il ne chercha aucun titre. Il ne construisit aucune carrière. Il n’eut ni chaire, ni institution, ni biographie stable. Il transmit. Brutalement parfois. Mystérieusement toujours. Levinas dira, après sa rencontre avec lui, qu’il ne pouvait mesurer ce que cet homme savait, mais qu’il avait le sentiment que tout ce que lui-même savait, Chouchani le savait déjà. Elie Wiesel, de son côté, le reconnut comme l’un de ses maîtres les plus décisifs. Le jeune rescapé de la Shoah, encore habité par les ruines du monde, croisa en Chouchani non un consolateur, mais un maître exigeant, dérangeant, presque violent dans sa manière d’arracher l’esprit à ses facilités.

C’est là que le film touche à quelque chose d’essentiel, car L’Énigme Chouchani n’est pas seulement le portrait d’un génie juif extravagant. C’est une méditation sur la transmission. Qu’est-ce qu’un maître ? Est-ce celui qui explique, celui qui rassure, ou celui qui oblige à penser plus loin que soi-même ?

À l’heure où l’autorité se mesure souvent à la visibilité, Chouchani rappelle une autre tradition : celle d’un savoir sans marketing, d’une intelligence sans exhibition, d’une parole dont la force vient précisément de ce qu’elle ne cherche pas à plaire.

Son mystère demeure. Hillel Perlman pour les uns, Mordechai Rosenbaum pour d’autres : aucune certitude ne lève tout à fait le voile. Sa tombe, en Uruguay, porte elle-même la marque de cette énigme. Chouchani aura donc réussi jusqu’au bout à laisser derrière lui non une identité, mais une question.

Et cette question nous regarde.

Dans l’histoire juive, les maîtres ne sont pas toujours ceux qui occupent la lumière. Certains passent, bouleversent des vies, déposent une braise, puis s’effacent. Chouchani fut peut-être cela : un homme sans nom, mais non sans héritage ; un vagabond, mais non sans royaume ; un disparu dont les élèves continuèrent, chacun à leur manière, de porter le feu.

Le documentaire de Michaël Grynszpan vient rappeler que le judaïsme n’est pas seulement une mémoire blessée. Il est aussi une civilisation de l’étude, de la dispute, de la transmission, de l’intelligence inquiète.

Et parfois, cette civilisation tient tout entière dans la silhouette d’un homme qu’on ne parvient pas à identifier, mais qu’on ne peut plus oublier.

© Sarah Cattan

Pour aller plus loin:

L’énigme Chouchani – le vagabond qui savait tout

Réalisateur : Michael Grynszpan

Documentaire | 2024 | 87 min

« The Shoshani Riddle »

Pour plus d’infos : www.chouchani.com

“Un film si extraordinaire qu’il vous laissera bouchebée à plusieurs reprises.” – YNet « 

« Un film culte ». -The Jerusalem Post

« Un polar métaphysique ». – Haaretz

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