Tribune Juive

Bahad N°1. Par Richard Prasquier

 J.2/7/26

Ce 26 juin 2026, c’est la remise des insignes d’officier aux cadets des unités de combat de l’infanterie, Tékès hasioum haktsinim


Nous traversons Beer-Sheva en direction du Sud, le Negev et ses collines  sèches et pierreuses. Malgré le terrain peu hospitalier, la file de voitures ne se réduit pas. Elles ne vont pas à Mitzpe Ramon, voir son cratère unique en son genre, son hôtel de luxe ou son ciel étoilé libre de toute lumière parasite… Elles s’arrêtent dans un paysage isolé un peu au nord de la ville, près d’un grand bâtiment incongru. 

Bienvenue à Bahad 1, Basis Hadrakha numéro 1, école des officiers de l’armée de terre

Ce 26 juin 2026, c’est la remise des insignes d’officier aux cadets des unités de combat de l’infanterie, Tékès hasioum haktsinim. Près de 500 d’entre eux sont à l’honneur. La plupart  sont Golani,  Givati, Nahal, Kfir ou Tsanhan, c’est à. dire parachutiste. Ils se distinguent par leur couleur de casquette ou par de menus détails d’habillement que reconnaissent les anciens. Ce sont surtout des hommes, mais les femmes ne manquent pas, notamment  dans la brigade Kfir, la plus récente.

Aucune famille ne voudrait manquer cette journée. De là ces milliers de personnes, parents, grands parents, frères, soeurs et cousins, venues de toutes les localités d’Israel pour fêter leur sous-lieutenant favori, le nouveau «séguen mishnè». Ces cérémonies avaient lieu à Masada, puis devant le mur du Temple de Jérusalem, des emplacements lourds d’histoire. Aujourd’hui, peut-être parce qu’elles se déroulent au milieu de nulle part, elles n’ont clairement qu’un seul héros, l’armée familiale du peuple d’Israel d’aujourd’hui. 

Dès l’entrée, les vérifications de sécurité, qui doivent être rigoureuses, sont effectuées avec le sourire par des soldats et des soldates qui savent que, au fond, ce sont leurs parents qu’ils sont en train de contrôler. 

L’impression se confirme quand dans un désordre bon enfant les futurs officiers  amènent leurs proches vers les gradins, avant la cérémonie au cours de laquelle ils vont rester deux heures debout sans bouger, sous le soleil heureusement assagi de fin de journée. Ils défileront aussi un peu, bien sûr, mais rien à voir avec la mécanique de la soldatesque d’exhibition chinoise, russe ou nord coréenne. Des gabarits dépareillés, des marches approximativement synchronisées, l’essentiel n’est manifestement pas dans l’apparence robotisée, ni, on peut le supposer, dans une obéissance aveugle,.

Leur rôle prend tout son sens au déchiffrage de la devise des officiers placée sur le bâtiment . C’est le verset des Juges où Gédéon dit à ses hommes מִמֶּנִּי תִרְאוּ וְכֵן תַּעֲשׂוּ Miménni tirʾou, vekhén taʿassou. «Regrdez-moi et faites ce que je fais».

L’officier ne crie pas «En avant» pour faire sortir ses hommes d’une tranchée que lui ne va peut-être pas quitter, il sort le premier, au risque d’être tué le premier.

Dans l’armée de conscription qu’est Tsahal, défendre la patrie devrait incomber à chaque citoyen, c’est pourquoi le refus du service militaire par certains rabbins haredis (pas tous, mais beaucoup, et le «peleg Yerushalmi» en est la pointe la plus agressive) scandalise tant d’Israéliens, d’autant que plus des trois quarts des postes militaires ne sont pas destinés à des combattants mais à des fonctions de support, logistiques ou techniques où chacun aurait sa place. C’est d’ailleurs dans ces services  qu’on trouve dans l’armée israélienne les sous-officiers de carrière, tels le rasal, un adjudant, professionnel souvent de haut niveau, mais n’allant pas directement au feu. 

Une situation  différente de la France où l’armée de soldats professionnels est encadrée par des sous-officiers. En outre, contrairement à un sous-lieutenant sorti de Saint Cyr, n’ayant du combat qu’une connaissance théorique et placé d’emblée en situation de cadre, tous les militaires israéliens y compris les chefs d’Etat major, ont commencé à être simples soldats et les jeunes cadets de 2026 ont probablement tous -malheureusement- une expérience directe de la guerre sur le terrain. 

Cela s’impose pour qu’Israel puisse vaincre des ennemis obsédés par le désir de sa destruction. Quelles qu’aient été les erreurs de la hiérarchie le 7 octobre,Tsahal reste la force unificatrice du pays et mobilise pour la défense de celui-ci les dévouements les plus admirables. 

Le Premier Ministre a rendu hommage aux combattants et à leurs familles, puis a tenu, comme on pouvait s’y attendre,  un discours hautement politique axé sur la puissance retrouvée d’Israel. Il a promis une fois de plus que, lui en fonction, l’Iran n’aurait pas l’arme nucléaire, sans s’étendre sur les incertitudes actuelles mais en rappelant que le travail n’était pas fini. Il a laissé son Ministre de la Défense, qui n’est certes pas un tribun à soulever les foules, à tenir des déclarations plus spécifiques et délicates sur le déploiement futur de l’armée, notamment au Liban. Contrairement à ce qui s’est écrit çà et là, les réactions d’hostilité à Benjamin Netanyahu dans la foule («lech habayta!», dégage) ont été minoritaires. 

Mon impression est que les familles n’étaient pas venues entendre parler de politique, mais cherchaient à se plonger aux sources même de la défense d’Israel, un engagement qui, comme l’a dit le  chef d’Etat Major, Eyal Zamir, impose pour être efficace de privilégier ce qui unit et de tenir à distance ce qui divise. 

Ni illusionisme pacifiste, ni messianisme arrogant. Apporter sa pierre au renforcement du pays, rester un être humain digne et savoir agir au mieux quand la situation l’exige.

Je pense, j’espère, je suis sûr que c’est là l’enseignement que notre petit fils Dan  a reçu à Bahad N°1…

© Richard Prasquier

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