« Un processus très lent qui s’est déroulé loin des regards publics » : c’est ainsi que la France est devenue pro-palestinienne. Par Georges-Elia Sarfati
Tribune Juive
Photo : Naama Stern
Le philosophe Georges-Elia Sarfati : « La France a fait le choix historique du monde arabe »
Le philosophe Georges-Elia Sarfati a étudié la transformation de la France, passée d’un soutien à Israël à une attitude d’hostilité. Dans un nouvel ouvrage, il explique comment cette décision historique de privilégier les relations avec le monde arabe a profondément modifié l’Europe tout entière.
Par Eliana Gurfinkiel
En novembre 1967, peu après la guerre des Six Jours, le président français Charles de Gaulle répondit à une question de journaliste concernant la nouvelle situation d’Israël. Les propos qu’il tint, presque incidemment, provoquèrent une tempête et marquèrent un tournant de la politique étrangère française :
« Certains craignaient que les Juifs, jusque-là dispersés mais demeurés de tout temps un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur, une fois rassemblés sur le lieu de leur ancienne grandeur, ne transforment le vœu émouvant qu’ils avaient entretenu pendant dix-neuf siècles – « L’an prochain à Jérusalem » – en une ambition ardente et conquérante. »
Dans son nouvel ouvrage, « La Grande désaffiliation: Essai sur la crise de l’identité européenne » (publié en français), Georges-Elia Sarfati décrit comment la décision de faire des Juifs et de l’État d’Israël les responsables des difficultés a transformé l’Europe tout entière.
La première partie retrace l’évolution de l’identité européenne depuis les Lumières jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Durant près de deux siècles, les valeurs d’universalité, de progrès et d’émancipation ont façonné l’Europe occidentale telle que nous la connaissons.
Après la Seconde Guerre mondiale, la volonté d’éviter tout nouveau conflit conduisit à la création de l’Union européenne. Et comme la France constituait alors l’un des principaux moteurs de la construction européenne, sa politique étrangère fut rapidement adoptée à l’échelle du continent.
Après l’indépendance de l’Algérie et la fin de l’époque coloniale, la France chercha à reconstruire une sphère d’influence. De Gaulle imagina alors une solution originale : créer un troisième espace dans le monde bipolaire de la Guerre froide, en ajoutant à l’équilibre entre les États-Unis et l’Union soviétique un espace euro-arabe.
« Eurabia »
« Le changement s’est produit en deux étapes », explique Sarfati.
« En 1962, immédiatement après la guerre d’Algérie, fut créée une association de solidarité franco-arabe. Elle s’inscrivait dans un mouvement européen conduit par la France, destiné à conclure des accords avec le monde arabe.
Au départ, il s’agissait essentiellement d’accords économiques. Après la guerre du Kippour et la crise pétrolière, ils s’étendirent largement au domaine énergétique.
La chercheuse Bat Ye’or (pseudonyme de Gisèle Littman) a forgé le terme « Eurabia » pour décrire ce mouvement, qui traduit selon elle l’établissement d’un lien structurel entre l’islam radical et l’Union européenne. »
Selon Sarfati :
« Au cours d’un processus qui s’est étalé sur plus d’un demi-siècle, parfaitement documenté, des accords furent signés dans lesquels les États arabes exigeaient que l’Europe et la France s’engagent à diffuser, dans leurs institutions, leurs médias et leurs universités, le narratif palestinien.
C’est ainsi que des expressions telles que « territoires occupés », « Cisjordanie occupée », « peuple palestinien » ou « question palestinienne » se sont progressivement imposées dans les consciences jusqu’à devenir des automatismes linguistiques chez beaucoup de nos contemporains, qui ignorent pourtant leur histoire. »
« Comment a-t-on pu transformer une opinion publique pourtant favorable à Israël ? »
Question : Les Français aimaient pourtant Israël. Comment un tel renversement a-t-il été possible ?
Georges-Elia Sarfati :
« Ce fut un processus extrêmement lent, mené loin des regards du public.
Il ne s’agit pas d’une conspiration mais d’une politique où les citoyens ne sont tout simplement pas associés aux grandes décisions internationales.
En France, la politique étrangère relève presque exclusivement du président de la République.
Par exemple, la France mène des opérations militaires contre des organisations djihadistes dans plusieurs régions du monde, mais le citoyen français moyen en ignore presque tout.
Il en va de même pour les grands choix diplomatiques et les traités internationaux : si vous n’êtes pas spécialiste, vous ne savez tout simplement pas.
C’est un ensemble complexe qui s’est construit pendant plusieurs décennies au-dessus de la tête de l’opinion publique. »
« J’ai vu l’Europe abandonner peu à peu ses valeurs »
Comment avez-vous découvert ce processus ?
« J’ai vécu en France de l’âge de dix ans jusqu’à mes trente ans. J’y ai étudié puis enseigné à l’université.
J’ai observé les évolutions de l’opinion publique, les nouvelles façons de penser, la progression de l’antisémitisme, la transformation d’Israël en sujet sensible.
Il m’est rapidement apparu que rien de tout cela n’était spontané.
Je voulais comprendre ce processus de détachement identitaire des nations européennes, qui avait commencé avec le tournant culturel français.
J’ai été l’un des premiers lecteurs de Bat Ye’or, qui a consacré des recherches approfondies au statut de dhimmi dans l’islam ainsi qu’à cet ensemble administratif, juridique et diplomatique qui s’étend des années 1960 aux années 2000.
J’ai vu peu à peu l’Europe abandonner ses propres valeurs.
Sa tradition culturelle et historique a été déracinée pour être remplacée par une politisation généralisée.
Nous assistons aujourd’hui à une rupture avec les identités nationales et avec les appartenances fondamentales de l’Europe classique — cette « vieille Europe » qui avait vaincu les totalitarismes.
Le nouvel horizon européen est celui d’un totalitarisme doux, dont la nouvelle forme d’antisémitisme constitue le cœur. »
« L’Europe n’a pas été trompée »
L’Europe n’a-t-elle pas compris la logique islamique selon laquelle toute terre est appelée à devenir musulmane ?
« Je ne crois pas qu’elle ait été dupée.
Malheureusement, il ne s’agit ni d’ignorance ni d’une erreur morale.
La politique consiste à défendre les intérêts d’une nation.
La France et l’Europe ont considéré que leur intérêt était d’abandonner Israël à son sort et de se ranger du côté de ses adversaires, allant jusqu’à reconnaître unilatéralement un État palestinien alors même que celui-ci est dirigé par un mouvement issu des Frères musulmans.
Un chercheur français que je connais estime qu’il existe aujourd’hui un fossé entre les élites et la population.
Le véritable peuple français ne serait plus représenté par les médias.
Il en va peut-être de même dans d’autres pays européens.
Si tel est le cas, les prochaines élections pourraient réserver d’importantes surprises.
Des citoyens dont la voix a été étouffée pendant des décennies pourraient enfin s’exprimer, parfois malheureusement de manière radicale. »
« Les Juifs sont restés fidèles aux Lumières »
Voyez-vous encore un espoir pour l’Europe ?
« Tout dépend de ce que l’on entend par espoir.
Je perçois une attente de renouveau politique qui permettrait de réaffirmer l’appartenance européenne.
Mais je demeure très sceptique.
La dynamique fondatrice de l’Europe a été profondément altérée.
Des projets comme le Brexit ou d’éventuels Frexit ne sont que des réponses économiques.
Le problème fondamental est la rupture avec la vision philosophique de l’Europe.
Ceux qui sont restés fidèles à l’esprit des Lumières sont les Juifs, car le judaïsme constitue un universalisme différentiel.
Il respecte les différences culturelles, ne cherche pas à convertir le monde entier, mais invite les nations à reconnaître un principe d’unité.
C’est pourquoi présenter le sionisme comme une forme d’impérialisme, de racisme ou de colonialisme relève d’une véritable inversion des réalités, presque d’une projection psychologique.
Le sionisme représente au contraire un processus de décolonisation.
Pour moi, il est l’accomplissement de la prophétie hébraïque et le retour du peuple d’Israël sur sa terre historique. »
De la Bastille à Jérusalem
L’entretien se poursuit par une présentation du parcours personnel de Georges-Elia Sarfati.
Né à Tunis en 1957, il émigre à Paris à l’âge de huit ans.
Philosophe, linguiste, poète, traducteur et psychanalyste, il effectue un doctorat de philosophie et de linguistique à l’université Paris-Nanterre sous la direction du linguiste Oswald Ducrot.
Parallèlement, il étudie à l’Institut Schechter de Jérusalem puis obtient un second doctorat en études hébraïques et juives à Strasbourg.
Installé en Israël en 1993, il enseigne à l’Université de Tel-Aviv avant de revenir en France pour des raisons familiales au début des années 2000.
Aujourd’hui, il partage sa vie entre Israël et la France et se définit comme un citoyen israélien de culture française.
Ses recherches portent sur les rapports entre langage, idéologie et antisémitisme contemporain.
Il est également connu pour avoir introduit la notion philosophique de sens commun dans les sciences du langage.
Victor Frankl et Israël Eldad
L’article revient ensuite sur son activité de psychanalyste inspiré par Viktor Frankl.
Sarfati a traduit les principales œuvres de Frankl en français et fondé l’École française de logothérapie.
Parallèlement à « La Grande désaffiliation« , il publie également une traduction française de « La Révolution hébraïque » d’Israël Eldad.
Selon Eldad, le sionisme ne constitue pas une simple recherche de refuge mais une révolution nationale visant au retour du peuple juif sur sa terre, à la renaissance de l’hébreu, à la reconstruction d’une société agricole et à la création d’une armée nationale.
Sarfati résume ainsi sa pensée :
« Alors que les autres révolutions cherchaient à transformer la société dans laquelle vivait déjà un peuple, la révolution juive devait ramener un peuple dispersé dans des dizaines de pays vers une seule patrie.
Elle a ressuscité une langue ancienne pour en faire une langue vivante.
Elle a recréé une société enracinée dans une terre.
Elle a fondé une armée victorieuse à partir d’un peuple considéré depuis deux mille ans comme dépourvu de puissance militaire.
Eldad voit dans tout cela une politique de nature messianique orientée vers la rédemption : sauver le peuple, libérer la patrie et restaurer la vie nationale. »
Sarfati rappelle également cette célèbre formule d’Eldad :
« Le jour de la prise de la Bastille furent posées les bases à la fois des chambres à gaz d’Auschwitz et de la renaissance de l’État d’Israël. »
Selon Eldad, la Révolution française transforma la haine religieuse des Juifs en haine raciale, puis en haine nationale.
« Aujourd’hui, affirme Sarfati, il n’est plus possible de prétendre que l’antisémitisme et l’antisionisme sont deux phénomènes distincts.
Mais, inversement, sans les Lumières européennes, le sionisme n’aurait jamais vu le jour. »
Le 7 octobre : une rupture
Interrogé sur l’impact du 7 octobre, Sarfati répond :
« J’y réfléchissais depuis longtemps, mais l’attaque du 7 octobre et la guerre qui a suivi ont accéléré l’écriture et la traduction de ces ouvrages.
Ce fut une double blessure, collective et personnelle.
Elle a profondément modifié les mentalités européennes et déclenché une vague inédite d’antisémitisme et d’antisionisme.
Dans le même temps, Israël a choisi d’approfondir encore davantage son identité et son enracinement historique.
C’est pourquoi, à la fin de mon livre, j’invite les Européens à s’inspirer du modèle israélien pour retrouver leur propre identité. »
« Le 7 octobre a fait tomber le masque »
En tant que psychanalyste, comment expliquez-vous qu’au 8 octobre, alors même que le massacre était encore en cours, une vague d’antisémitisme ait immédiatement émergé ?
« Le 7 octobre a fait s’effondrer la distinction entre antisionisme et antisémitisme.
L’antisémitisme n’avait jamais disparu ; il avait simplement été refoulé après la Shoah.
Exprimer des sentiments antisémites était devenu moralement inacceptable.
L’antisionisme a alors pris le relais, dès les années 1950, sous l’influence du discours soviétique.
Au lieu de considérer la création de l’État d’Israël comme un événement majeur de l’émancipation humaine, on a réactivé les vieux schémas antisémites, jusqu’à retrouver des références qui rappellent les Protocoles des Sages de Sion.
L’antisionisme n’est pas l’apanage de la gauche.
Dans Mein Kampf, Hitler lui-même présentait déjà le sionisme comme l’avant-garde d’une conspiration juive mondiale.
Après le 7 octobre, beaucoup ont eu le sentiment que les inhibitions avaient disparu.
Pour eux, c’était l’occasion de dire : « Les Juifs ont eu ce qu’ils méritaient. » »
Pour Israël et les communautés juives, poursuit-il, le 7 octobre a constitué à la fois un traumatisme et un réveil.
« Beaucoup d’Israéliens qui avaient grandi dans une vision post-sioniste ont compris qu’Israël n’était pas un État « normal » au sens habituel du terme.
C’est précisément ce qu’Eldad expliquait déjà.
Relire aujourd’hui son livre peut provoquer une véritable prise de conscience.
L’immense traumatisme du 7 octobre peut conduire à une croissance post-traumatique, à une maturation morale et philosophique. »
L’université française et le boycott intellectuel
Sarfati conclut en évoquant sa propre expérience dans l’université française.
Selon lui, durant la seconde Intifada, l’antisionisme atteignit son apogée dans les milieux universitaires.
Il explique avoir quitté volontairement l’université au début des années 2010, estimant qu’il n’avait plus affaire à des étudiants mais à des militants politiques, avec le soutien des directions universitaires.
Il évoque également son éviction de l’équipe du dictionnaire « Le Petit Robert« , où il était responsable des notices relatives à Israël.
Après avoir dénoncé des formulations qu’il jugeait idéologiquement biaisées, il fut accusé de partialité puis écarté.
Enfin, il rapporte que certains collègues refusèrent de rendre compte de ses ouvrages de linguistique en lui déclarant :
« Nous avons découvert que vous étiez sioniste ; n’attendez pas de nous une recension de votre livre. »
À quoi il répondit :
« Vous vous considérez comme des progressistes, mais vous reproduisez en réalité la politique de boycott des nazis. »
הפילוסוף ז’ורז’ אליה צרפתי חקר את השינוי שעברה צרפת, מתמיכה בישראל לעוינות כלפיה. בספר חדש הוא מסביר כיצד ההחלטה ההיסטורית לבכר את הקשרים עם העולם הערבי שינתה את אירופה כולה
בנובמבר 1967, זמן לא רב לאחר מלחמת ששת הימים, השיב נשיא צרפת שארל דה־גול לשאלה עיתונאית שנגעה למצבה החדש של ישראל. הדברים שאמר, כמעט בדרך אגב, עוררו סערה וסימנו נקודת מפנה במדיניות החוץ הצרפתית: « היו שחששו כי היהודים, שהיו מפוזרים אך נותרו מאז ומתמיד עם סגולה, יהיר ושתלטן, עלולים, משהתכנסו מחדש במקום גדולתם העתיקה, להפוך את המשאלה המרגשת שטיפחו במשך 19 מאות שנים – ‘לשנה הבאה בירושלים’ – לשאיפה יוקדת וכובשת ».
בספרו החדש « ההיפרדות הגדולה » (בצרפתית) מתאר הפילוסוף ז’ורז’ אליה צרפתי כיצד ההחלטה להאשים את היהודים ואת מדינת ישראל שינתה את אירופה כולה. בחלקו הראשון מובא תקציר של התפתחות הזהות האירופית מתחילת עידן הנאורות עד סוף מלחמת העולם השנייה. בתקופה הזו, שנמשכה כמאתיים שנה, התבססו ערכים של אוניברסליות, קדמה ואמנציפציה, שסללו את דרכה של היבשת הישנה אל העולם המערבי המוכר לנו. לאחר מלחמת העולם השנייה, הרצון העז להימנע מעימותים נוספים הביא להקמת האיחוד האירופי. ומכיוון שצרפת הייתה מנוע חשוב של התפתחות אירופה, גם מדיניות החוץ שלה אומצה במהירות ברחבי היבשת.
לאחר עצמאותה של אלג’יריה וסוף העידן הקולוניאלי, חיפשה צרפת דרך לכונן מרחב השפעה מחודש. דה־גול המציא פתרון יצירתי: ליצור תחום שלישי בעולם הבינארי של המלחמה הקרה, ולהוסיף למשוואה של ארצות הברית וברית המועצות, את המרחב האירופי־ערבי.
נשיא צרפת עמנואל מקרון עם יו »ר הרשות הפלסטינית מחמוד עבאס בארמון האליזה בפריז, 2025 | צילום: איי.אף.פי
« השינוי התרחש בשתי תקופות שונות », מסביר צרפתי. « ב־1962, מיד לאחר מלחמת אלג’יריה, הוקמה עמותה לסולידריות צרפתית־ערבית. העמותה הייתה חלק מתנועה אירופית בהובלת צרפת, שדחפה לחתימת הסכמים עם העולם הערבי. תחילה היו אלה הסכמים כלכליים, ולאחר מלחמת יום הכיפורים ומשבר הנפט, הם התרחבו להסכמים רבים בתחום האנרגיה. החוקרת בת יאור (שם העט של ג’יזל ליטמן) טבעה את המושג ‘אירוערביה’ כדי לתאר את התנועה הזו, המבטאת לשיטתה את התבססות הקשר בין האסלאם הרדיקלי לאיחוד האירופי.
« בתהליך שהשתרע על פני יותר מחצי מאה, ומתועד היטב בכתב – נחתמו הסכמים שבהם נקבע כתנאי מצד הערבים כי אירופה וצרפת יתחייבו להפיץ במוסדותיהן, באמצעי התקשורת ובמוסדות ההשכלה הגבוהה את הנרטיב הפלסטיני. הטרמינולוגיה המוכרת של ‘השטחים הכבושים’, ‘הגדה המערבית הכבושה’, ‘העם הפלסטיני’, ‘הסוגיה הפלסטינית’ – חלחלה אז אל התודעה והפכה לחלק מהלקסיקון האוטומטי של רבים מבני זמננו, שאינם מכירים את ההיסטוריה ».
כל כך קל לשנות דעת קהל, אחרי שהצרפתים הרי אהבו את ישראל?
« זה היה תהליך איטי מאוד, שהתרחש הרחק מעיני הציבור. אין כאן קונספירציה, אלא פשוט מדיניות של אי־שיתוף הציבור בהחלטות בינלאומיות. בצרפת, מדיניות החוץ נמצאת תחת סמכותו הבלעדית של הנשיא. אנחנו יודעים, למשל, שצרפת מנהלת מלחמות נגד ארגוני ג’יהאד בזירות שונות בעולם, אבל לאזרח הצרפתי הממוצע אין כמעט מושג על המבצעים הרבים של הצבא שלו מחוץ לגבולות המדינה. כך זה עובד גם בהחלטות דיפלומטיות גדולות ובחתימה על אמנות בינלאומיות מרכזיות: אם אתה לא מומחה בתחום, אתה פשוט לא יודע. מדובר במארג שלם שנרקם לאורך עשרות שנים, מעל לראשו של הציבור הרחב ».
ואיך הוא הגיע לידיעתך?
« גדלתי בצרפת מגיל עשר עד שלושים, למדתי והרציתי באוניברסיטה שם, וראיתי את השינויים ואת התמורות בדעת הקהל. שמתי לב לדרכי החשיבה החדשות, לשינויים בדעת הקהל ובשיח הציבורי, להתפשטות האנטישמיות, להפיכת ישראל לנושא רגיש. היה לי ברור שזה לא תהליך ספונטני. רציתי קודם כול להבין את תהליך ההתנתקות הזהותית של האומות האירופיות, שהתחיל בתפנית התרבותית של צרפת.
« בתהליך שהשתרע על פני יותר מחצי מאה, ומתועד היטב בכתב – נחתמו הסכמים שבהם נקבע כתנאי מצד הערבים כי אירופה וצרפת יתחייבו להפיץ במוסדותיהן, באמצעי התקשורת ובמוסדות ההשכלה הגבוהה את הנרטיב הפלסטיני »
« הייתי בין הקוראים הראשונים של בת־יאור, שערכה מחקרים מעמיקים על מעמד הד’ימי באסלאם, ועל אותו מארג מנהלי, משפטי ודיפלומטי המשתרע משנות השישים ועד שנות האלפיים. ראיתי איך אט־אט אירופה זנחה את ערכיה: המסורת התרבותית וההיסטורית נעקרו משורשן, והוחלפו בפוליטיזציה. אנחנו ניצבים מול תהליך של התנתקות מן הזהויות הלאומיות ומן ההשתייכויות היסודיות של אירופה הקלאסית – אותה ‘אירופה הישנה’ שניצחה את הטוטליטריות. הכיוון החדש של אירופה הוא טוטליטריזם רך, שבמרכזו אנטישמיות חדשה ».
אירופה לא ניסתה להבין מול מה היא עומדת, ולהכיר למשל את העיקרון האסלאמי שכל שטח סופו להפוך למקום מוסלמי?
« אינני סבור שהיא נפלה בפח. למרבה הצער אין כאן לא בורות ולא הכרעה מוסרית. פוליטיקה היא הגנה על האינטרסים של האומה, וצרפת ואירופה סברו כי האינטרס שלהן הוא נטישת ישראל לבדה והתייצבות לצד יריביה, עד כדי הכרה חד־צדדית ב’פלסטין’, בשעה שזו נשלטת בידי קבוצה שהיא חלק מתנועת האחים המוסלמים. חוקר צרפתי שאני מכיר טוען שיש פער בין האליטות לאוכלוסייה, ושהעם הצרפתי האמיתי אינו מיוצג על ידי התקשורת. ייתכן שזה המצב גם במדינות אירופיות אחרות. אם כך, מערכות הבחירות הקרובות עשויות לזמן לנו הפתעות גדולות. אנשים שהקול שלהם נדחק במשך עשרות שנים עשויים להביע את עצמם, ולצערנו גם בצורה רדיקלית ».
אתה חושב שיש היום תקווה לאירופה?
« תלוי למה אנחנו קוראים תקווה. אני מזהה ציפייה להתחדשות פוליטית, שתאפשר הדגשה מחודשת של ההשתייכות האירופית. אבל אני סקפטי למדי, משום שהדינמיקה הקלאסית של אירופה נפגעה קשות. תוכניות כמו ‘ברקזיט’ או ‘פרקזיט’ למיניהן (פרישת בריטניה מהאיחוד האירופי, והאפשרות לפרישתה של צרפת) הן פתרונות כלכליים בלבד. הבעיה הבסיסית היא נתק גמור מן החזון הפילוסופי של היבשת האירופית. מי שנשארו נאמנים למסורת הנאורות הם היהודים, משום שהיהדות היא ‘אוניברסליזם דיפרנציאלי’. היא מכבדת את ההבדלים התרבותיים ואינה מבקשת להמיר את כל העולם, אבל מבקשת מן האומות לאמץ את עקרון האחדות.
« לכן הצגת הציונות כאימפריאליזם, גזענות או קולוניאליזם היא ממש עולם הפוך, מעין השלכה פסיכולוגית. הציונות היא דווקא תנועה שיש בה תהליך של דה־קולוניזציה. בשבילי הציונות היא הגשמת הנבואה העברית, ושיבה של עם ישראל לארצו ההיסטורית ».
מהבסטיליה לירושלים
פגשתי את צרפתי בישראל לאחר הרצאה שמסר לדוברי צרפתית במרכז מורשת בגין. הוא אישיות רב־תחומית, שקשה לסכם אותה בביטוי אחד: פילוסוף, משורר, בלשן, מתרגם ומטפל. הוא נולד ב־1957 בתוניס, וכשהיה בן שמונה היגר עם משפחתו לפריז. מאז, חייו הם מסע מתמשך בין שפות, תרבויות ותחומי דעת שונים.
את דרכו האקדמית התחיל בלימודי פילוסופיה ובלשנות באוניברסיטת נאנטר בפריז, שם השלים דוקטורט בהנחיית הבלשן אוסוולד דיקרו. במקביל למד במכון שכטר בירושלים, והשלים דוקטורט נוסף בלימודים עבריים ויהודיים בשטרסבורג. ב־1993 עלה ארצה ונעשה מרצה באוניברסיטת תל אביב, אך מסיבות משפחתיות שב לצרפת בתחילת שנות האלפיים. כיום הוא נע על הציר שבין ישראל לצרפת, ומגדיר את עצמו כאזרח ישראלי עם רקע תרבותי צרפתי. לאורך השנים חקר את הקשרים שבין שיח, אידיאולוגיה ואנטישמיות בת זמננו, ופעל במסגרות למחשבה יהודית ובהן מרכז אלי ויזל בפריז. תרומתו המרכזית לתחום היא הכנסת השאלה הפילוסופית של « השכל הישר » (Commun Sens) למדעי הלשון.
ישראל אלדד | צילום: באדיבות אריה אלדד
הפרק המפתיע ביותר בקריירה שלו הוא דווקא הקליני. צרפתי פועל כפסיכואנליטיקאי אקזיסטנציאליסטי בהשראת ויקטור פרנקל, מייסד הלוגותרפיה. הוא לא רק אימץ את גישתו של פרנקל, אלא גם תרגם את כתביו המרכזיים לצרפתית וייסד את בית הספר הצרפתי ללוגותרפיה על שמו; בכך הוא פתח עולם שלם בפני הקהל הדובר צרפתית.
במקביל ליציאת ספרו על הזהות האירופית, מפרסם צרפתי תרגום לצרפתית של « המהפכה העברית », חיבורו של ישראל אלדד, הוגה דעות וממנהיגי הלח »י. הספר, שראה אור באנגלית בלבד, נכתב על ידי אלדד ב־1971, בין מלחמת ששת הימים ליום הכיפורים. הטענה המרכזית בספר היא שהציונות אינה חיפוש אחר מקלט, אלא תנועת שחרור לאומית רדיקלית. אלדד דוחה את הלגיטימיות של כל שלטון זר על ארץ ישראל ואת הטענה לקיומה של אומה פלסטינית נפרדת, ורואה בשיבה למולדת מעשה מהפכני של תחייה רוחנית ופיזית – קץ לאנומליה של חיי הגלות.
במבוא לספר מתאר צרפתי את חשיבות הגותו של אלדד. בניגוד לתפיסה שכונתה « ציונות אבולוציונית », שהתבססה על משא ומתן, דיפלומטיה וויתורים, אלדד החזיק בתפיסה רדיקלית אך גם ריאליסטית. הוא שב אל תולדות העם היהודי ומציג מעין פנומנולוגיה של היסטוריית הזהות היהודית בגלות, תוך שהוא מצביע על המוקשים והמחסומים שהקיום הגלותי נקלע אליהם שוב ושוב. בהתייחס לתקופתו, מראה אלדד כיצד מאז המהפכה הסובייטית, אליטות יהודיות לא־ציוניות השקיעו את מרצן בתנועות מהפכניות שהיו אדישות לחלוטין לאינטרסים של עמם. הדבר נעשה אמנם מתוך אידיאליזם תמים, אך במבחן התוצאה, אותן אליטות משכילות אבדו במאבקים זרים ואף נפגעו מהם באופן ישיר.
בשיחה עימי נוגע צרפתי ברעיונותיו המרכזיים של אלדד בספר: « בעוד מהפכות אחרות – כמו המהפכה הרוסית, הסינית, ותנועות השחרור באפריקה – ביקשו לשנות את הסדר החברתי בארץ שהעם כבר ישב בה, המהפכה היהודית נדרשה להחזיר עם שלם שהתפזר בעשרות ארצות אל מולדת אחת. היא החייתה שפה עתיקה והפכה אותה לשפת יומיום, דבר שעמים אחרים לא הצליחו לעשות. היא יצרה מעמדות חקלאיים ופועליים בקרב עם שהגלות נישלה אותו מן הקרקע. היא הקימה צבא לאומי מנצח מתוך עם שנתפס במשך אלפיים שנה כחסר עוצמה צבאית. אלדד מגדיר את כל זה כפוליטיקה בעלת אופי משיחי, השואפת לגאולה: הצלת העם, שחרור המולדת וחידוש החיים הלאומיים.
« אלדד היה ידוע כאיש של מילים וניסוחים. אחד המשפטים המפורסמים שלו בספר הוא: ‘ביום נפילת הבסטיליה הונחו היסודות הן לתאי הגזים של אושוויץ והן לתקומתה של מדינת ישראל’. הוא האמין שהמהפכה הצרפתית הובילה לשינוי באופי השנאה ליהודים, שהפכה משנאה דתית לשנאה גזענית, שלבסוף תהפוך לשנאה לאומית. היום אי אפשר לטעון שאנטישמיות ואנטי־ציונות הן דברים שונים. ומצד שני, בלי הנאורות האירופית, הציונות לא הייתה קמה ».
איך הכרת ישראל אלדד ואת הספר הקטן הזה?
« דוד־רבא שלי גסטון בוטול היה סוציולוג חשוב, שהקים את תחום הפולמולוגיה – תחום מחקר בסוציולוגיה של המלחמה, המתמקד בניתוח מדעי של סכסוכים חמושים ומקורותיהם. לפני שנים רבות שוחחנו על הציונות והוא הראה לי ‘ספר חשוב שבדיוק קיבל’. ככה הכרתי את השם של ישראל אלדד, הוגה דעות מרשים ולא מספיק מוכר. שנים לאחר השיחה הזו קראתי את הספר הזה באנגלית, והוא השפיע עלי מאוד ».
קריאת השכמה
שני הספרים שצרפתי הוציא לאור בו־זמנית הם שני צדדים של אותו מטבע. אם אלדד עוסק בחיזוק הזהות העברית של העם היהודי מאז הקמתה של מדינת ישראל, הספר של צרפתי מדבר על התופעה ההפוכה שעוברת על אירופה. אני שואלת אותו אם הרעיונות הללו נולדו אצלו גם בעקבות 7 באוקטובר.
« חשבתי על הרעיונות האלו הרבה זמן », הוא משיב. « מתקפת הפתע והמלחמה לאחריה היו גורם מאיץ לכתיבה ולתרגום. זו הייתה טראומה קולקטיבית וגם פרטית. היא השפיעה רבות על המנטליות האירופית, והולידה גל בלתי מוכר של אנטישמיות ואנטי־ציונות. בו זמנית, ישראל בחרה להעמיק עוד יותר את זהותה ואת שורשיה העתיקים ». בסוף ספרו, צרפתי אף ממליץ לאירופים ללמוד מהמודל הישראלי ולחזור לזהותם האמיתית.
בכובעך כפסיכואנליטיקאי, אתה יכול להסביר למה כבר ב־8 באוקטובר, כשהמתקפה עדיין התרחשה, העולם כבר התעורר לאנטישמיות נוראית?
« 7 באוקטובר מוטט את ההבחנה בין אנטי־ציונות לאנטישמיות. האנטישמיות מעולם לא נכחדה, היא הודחקה והושתקה אחרי השואה. הבעת רגשות אנטישמיים הפכה לדבר פסול, אבל האנטי־ציונות תפסה את מקומה כבר בשנות החמישים, בהשפעת השיח הסובייטי. במקום לראות בהקמת מדינת ישראל אירוע חשוב לאמנציפציה האנושית, שוחזר הדפוס האנטישמי עד כדי זיקה לפרוטוקולים של זקני ציון. לשמאל אין בלעדיות על אנטי־ציונות. כבר היטלר טען ב’מיין קאמפף’ שהציונות היא חוד החנית של קונספירציה יהודית עולמית. הטיעון הזה אומץ בידי אויבי ישראל לאורך השנים בעוצמות שונות. בעבור רבים בעולם, 7 באוקטובר היה רגע של הסרת עכבות, הזדמנות לומר ‘היהודים ראויים למה שקרה להם’.
« עבור ישראל והקהילות היהודיות, זו הייתה טראומה וקריאת השכמה. ישראלים שגדלו מנותקים מזהותם היהודית או לתוך תפיסה פוסט־ציונית, הקיצו מחלום מתעתע. הישראלים הבינו שהם לא מדינה ‘נורמלית’ במובן המקובל. זה גם הנושא שאלדד מחדד בספר שלו – אין דבר כזה נורמליות לעם העברי. קריאה של הספר הזה היום, גם במהדורה האנגלית המקורית, יכולה לשמש גורם מעורר תודעה. הטראומה העצומה של 7 באוקטובר יכולה להביא לצמיחה פוסט־טראומטית, להבשלה מוסרית ופילוסופית ».
לאורך שנותיו באקדמיה הצרפתית חווה צרפתי בעצמו גילויי אנטישמיות. « אני מתבונן בתופעה הזאת וחווה אותה כבר למעלה מרבע מאה. בתקופת האינתיפאדה השנייה, דעת הקהל האירופית הייתה מוסתת מאוד, והאנטי־ציונות הגיעה לשיאה. באותה עת הפצתי את רעיונותיי בחוגים אינטלקטואליים יהודיים, אבל מחוץ להם שררה צנזורה. כיום אני בגמלאות, פרופסור אמריטוס, אבל החלטתי לעזוב את האוניברסיטה כבר בתחילת שנות ה־2010, משום שעבורי היה זה בלתי נסבל ובלתי ראוי ללמד אנשים שלא היו סטודנטים אלא פעילים פוליטיים. ההנהלה והנשיאות שיתפו פעולה עם התנועות הללו וקיבלו בכבוד רב את כל נציגי ה’פלסטיניזם’ בצרפת ».
בשנים האחרונות נאלץ צרפתי להתמודד עם חרם אינטלקטואלי, במסגרת עבודתו כאחראי על תחום ישראל במילון האנציקלופדי המפורסם « לה פטי רובר ». הוא חשף את העיוותים בערכים שכתבו קודמיו, והראה שהם אינם סמנטיים בלבד אלא בעיקר אידיאולוגיים, כדי לעצב בתודעת הקורא את התפיסה שישראל היא האשמה העיקרית בסכסוכי המזרח התיכון. בתגובה הוא הואשם בהטיה ופוטר מתפקידו.
צרפתי מספר כי כאשר ביקש מעמיתים לכתוב ביקורות על ספריו בתחום הבלשנות, תגובתם הייתה: « גילינו שאתה ציוני, אל תצפה מאיתנו לכתוב ביקורת על ספרך ». צרפתי ענה להם: « אתם רואים עצמכם כפרוגרסיבים, אך למעשה אתם משחזרים את מדיניות החרם של הנאצים ».