
Le masochisme juif ressemble à un puit sans fond. Le leader nationaliste Jabotinsky le dénonçait déjà de manière cinglante après les pogroms de 1929 à Hébron et Jérusalem où des centaines de Juifs avaient été blessés et tués par des Arabes :
« Le camp sioniste entonne à présent d’une voix forte le refrain du choeur des pacifistes, qui s’efforcent (en prêchant la morale aux Juifs uniquement) de se réconcilier avec les Arabes. Il est difficile de se libérer d’un sentiment de dégoût : au lendemain d’un massacre tellement méprisable et abominable, nous devrions reconnaître nos péchés et implorer leur grâce, pour qu’ils cessent de nous attaquer. »
Au lendemain du 7 Octobre, un dramaturge israélien Motti Lerner réexamine le procès d’Eichmann pour se demander comment des personnes ordinaires commettent des actes monstrueux. Ne croyez pas qu’il fasse allusion aux actes commis par les Palestiniens. Non, il ne s’agit que des méchants Israéliens qu’il accuse – honte suprême – d’avoir voulu « se venger ». Pour de tels pacifistes à la bouche en coeur la guerre n’existe pas, il n’y a que de mauvais sentiments, et les plus mauvais se trouvent toujours dans leur propre camp.
Ce sont des lâches, qui inversent le sens du mot « courage ». Ainsi Motti Lerner déclare au quotidien israélien (d’extrême gauche) Haaretz (23/5/2026) :
« Je prends de plus en plus conscience que je peux m’autoriser à être courageux… Ce n’est pas que je peux m’autoriser à être courageux – c’est que je n’ai plus le choix. À mon âge, je ne peux plus me permettre de me retenir. Si je n’écris pas maintenant ce que je veux vraiment écrire, je n’aurai peut-être plus jamais l’occasion de le faire. Je ne peux plus faire de compromis. »
« Je crains que la société israélienne d’aujourd’hui soit mue par la vengeance et qu’elle cherche des occasions de se venger dès que possible, y compris à travers cette guerre. Ce que nous avons fait à Gaza est certainement un acte de revanche pour le 7 octobre. »
« On peut arguer que la vengeance est un instinct humain, mais nous ne pouvons pas laisser cet instinct dicter notre politique. Nous pouvons ressentir un désir de vengeance, mais nous ne pouvons pas y céder. »
« La même chose s’applique à ce qui s’est passé en Iran et à ce qui se passe maintenant au Liban. Par exemple, forcer des civils libanais à quitter leurs foyers est clairement un crime de guerre. Nous devons nous tenir responsables de ces actes. Mon effort d’écriture aujourd’hui est aussi un effort pour me tenir moi-même responsable de ce que nous faisons, de ce qui nous est arrivé depuis le 7 octobre, et du type de société que nous sommes en train de devenir. »
Ces beaux sentiments prétendent exprimer un degré de vertu supérieur à celle de l’homme moyen, et surtout à celle des dirigeants israéliens. En réalité, il ne s’agit que de perversité déguisée. Cette volonté apparente de souffrir à la place de l’autre révèle une volonté de faire souffrir ses proches en négligeant les dangers qui les menacent.
Chez Lerner, pas un mot sur l’ennemi – vilain mot que les Bons juifs sadomasos ne prononcent pas. Foin du Hamas, du Hezbollah, des mollahs – « nous » sommes les seuls méchants. Mais ces faux philanthropes ne peuvent survivre que s’ils se sentent supérieurs à leurs semblables, quoi qu’il en coûte à ceux-ci.
« Je ne dis pas aux gens si la solution doit être deux États ou un seul État. Mais je parle de l’occupation, et il est important pour moi que même les spectateurs qui la soutiennent comprennent que l’occupation est fondamentalement immorale. Ils doivent se demander quel genre de personne ils deviennent lorsqu’ils soutiennent quelque chose de fondamentalement immoral. »
Pas de réalités politiques pour les Bons juifs, ils ne se soucient que de morale, ou plus exactement de faire la morale aux autres, en affichant un visage hypocrite torturé.
Après tant d’abnégation, pensez-vous qu’un si Bon juif échappe à « l’antisionisme » ? Pas plus que le cinéaste israélien antisioniste Nadav Lapid contraint de se retirer du Festival international du cinéma de Marseille en juin 2026.
« Mes amis aux États-Unis – des metteurs en scène avec lesquels je travaille depuis des années – me disent ouvertement : “Nous ne pouvons pas monter une pièce d’un dramaturge israélien en ce moment. Ce n’est pas le bon moment.” Après la guerre avec l’Iran, les choses sont devenues encore pires, parce que soudain nous sommes perçus comme la raison pour laquelle l’Amérique a été entraînée dans le conflit. Même mon agent américain me dit : “Aucun théâtre ne montera ton travail en ce moment.” On continue de se battre, mais c’est très difficile. »
Il n’y a pas de « Bon juif » pour les antisémites.
© Marc Reisinger
Marc Reisinger est psychiatre et anthropologue. Il est notamment l’auteur de « Lacan l’Insondable » ou « Opération Merah »
