
Si la proposition de l’administration Trump offre l’apparence d’une solution pragmatique et bénéfique, elle repose sur des postulats que toute analyse logique et informée des dynamiques du Moyen-Orient invalide immédiatement.
L’examen rigoureux des faits suggère une manœuvre profondément préjudiciable pour la souveraineté d’Israël et du Liban, qui risquent d’être les principaux sacrifiés de cette initiative.
Les négociations actuelles, fortement influencées par la présence prépondérante de l’Arabie saoudite — comme en témoigne la dynamique initiée lors du sommet de Riyad — masquent des objectifs financiers et régionaux bien distincts de la simple pacification des frontières.
En cherchant à acheter la stabilité par la levée des sanctions et des promesses de reconstruction, Washington oublie qu’on ne neutralise pas des convictions idéologiques par des accords transactionnels.
En accordant à Ahmed al-Shaara (dit al-Julani) — figure issue de la mouvance islamiste radicale et historiquement liée à la confrérie des Frères musulmans — un rôle d’intervenant au Liban sous prétexte d’y contrer le Hezbollah, Washington commet un contresens géopolitique majeur.
Prétendre qu’un ancien dirigeant du Front al-Nosra, qui a combattu les forces américaines en Irak aux côtés d’Al-Qaïda, puisse devenir le garant de la sécurité transnationale relève de l’aveuglement.
Cette initiative risque en effet de faciliter l’expansionnisme de la Turquie, un voisin toujours guidé par une doctrine d’influence néo-ottomane au Levant.
La dépendance structurelle de Damas vis-à-vis d’Ankara s’est d’ailleurs cruellement illustrée lors des récentes offensives conjointes menées dans le nord de la Syrie, prouvant que le nouveau régime syrien reste l’instrument de projection militaire de son voisin turc.
En outre, prétendre stabiliser la région en s’appuyant sur un dirigeant au passif terroriste avéré relève d’une profonde méconnaissance des réalités du terrain. Les promesses de transition pacifique et de respect des minorités sont d’ores et déjà contredites par les faits, notamment par les violents affrontements et les exactions documentées contre les citoyens druzes de Syrie dans la région de Soueïda.
Les ambitions idéologiques à long terme de ces mouvements, en particulier leur focalisation historique sur la question de Jérusalem, rendent ce pari intrinsèquement intenable et dangereux pour la sécurité à long terme de l’État hébreu.
Enfin, vouloir introduire l’acteur syrien dans l’équation sécuritaire libanaise témoigne d’un mépris flagrant pour la souveraineté de Beyrouth. Alors que les fragiles cessez-le-feu tentent péniblement de placer le Sud-Liban sous le contrôle exclusif de l’armée libanaise, proposer l’ingérence, même indirecte, de forces syriennes ou de factions alliées pour désarmer le Hezbollah ne ferait qu’embraser la région et précipiter le Liban dans une nouvelle guerre civile.
En définitive, cette doctrine qui sacrifie la vision stratégique à long terme sur l’autel d’un succès diplomatique immédiat met gravement en cause la rigueur, la clairvoyance et la compétence politique de la personne qui occupe aujourd’hui la présidence de la première puissance mondiale.
Israël se trouve pris entre deux feux : la pression du président américain Donald Trump et le chantage de l’Iran, qui conditionne ses accords avec Washington au retrait total d’Israël du Sud-Liban.
Si l’État hébreu refuse de plier face aux exigences américaines, il s’expose à une reprise des hostilités et à la perte de contrôle de sa région septentrionale, déjà vidée de sa population.
Un tel refus consumerait les restes de l’historique alliance américano-israélienne. Au final, cette crise ne fera que des perdants, à l’exception notable du citoyen américain, qui se contentera d’un carburant moins cher.
Comme le soulignait Henry David Thoreau : « Le prix d’une chose est la quantité de vie qu’elle exige en échange, immédiatement ou sur le long terme. »
© Thérèse Zrihen-Dvir
