Quand la frontière morale entre le meurtre politique et la guerre s’efface
Nommer le terrorisme n’est pas une faveur faite à Israël
Il y a des phrases qui ne sont pas seulement des phrases: elles déplacent une frontière. Lorsque Jean-Luc Mélenchon déclare, à propos du 7 octobre, qu’il faudrait encore supposer que les actes commis ce jour-là « soient bien du terrorisme », il ne se contente pas d’exprimer une nuance. Il introduit un doute là où le doute devient déjà une faute morale.
Car de quoi parlons-nous ? D’hommes, de femmes, d’enfants assassinés chez eux. De nos enfants massacrés lors d’un festival de musique. De familles entières traquées dans leurs maisons. D’otages enlevés, séquestrés, exhibés, violés, parfois exécutés. De civils visés précisément parce qu’ils étaient civils, précisément parce qu’ils étaient israéliens, précisément parce qu’ils étaient juifs.
Si cela ne suffit plus à nommer le terrorisme, alors que faudra-t-il donc ?
Le problème n’est pas seulement politique. Il est plus grave: il est sémantique, juridique, moral. Car lorsqu’un mot aussi élémentaire que « terrorisme » devient négociable, ce ne sont plus seulement les victimes qui disparaissent. C’est la frontière morale entre le meurtre politique et la guerre qui s’efface.
On peut discuter de tout. De la politique israélienne, des gouvernements, des frontières, des responsabilités historiques, des erreurs, des fautes, des impasses. Mais on ne discute pas la nature d’un massacre de civils comme on discute une motion de congrès.
Le terrorisme commence précisément là : lorsque des civils deviennent des instruments, des messages, des corps offerts à une cause. Lorsque l’assassinat n’est plus un crime, mais un langage. Lorsque l’enfant, la femme, le vieillard, le passant, le danseur, le nourrisson deviennent les supports d’une revendication.
Appeler cela « résistance » ou laisser entendre que la question pourrait « se discuter », ce n’est pas penser plus finement : c’est consentir à l’effacement.
Or depuis le 7 octobre, une partie de la gauche française ne cesse de chercher des mots de remplacement. « Contexte ». « Oppression ». « Riposte ». « Résistance ». « Cycle de violences ». Comme si l’accumulation des explications pouvait finir par dissoudre l’évidence.
Mais l’évidence demeure.
Un combat politique peut être légitime ou non. Une cause peut être discutée. Une histoire peut être complexe. Mais le massacre volontaire de civils n’est pas une forme discutable de résistance. C’est un crime. Et lorsque ce crime vise à terroriser une société entière, il porte un nom.
Terrorisme.
Le refuser, c’est, outre l’outrage fait aux morts et à tout un peuple, préparer le monde d’après, celui où chaque barbarie trouvera son argument, chaque égorgement son contexte, chaque otage sa note de bas de page.
Il arrive un moment où les mots protègent les vivants autant qu’ils honorent les morts. Nommer le terrorisme n’est pas une faveur faite à Israël. C’est une exigence faite à la civilisation.
© Sarah Cattan
« À supposer que les actes dont on parle soient bien du terrorisme. Car la question de la forme de la résistance que l’on oppose à une oppression est une affaire qui se discute. »
J-L Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon, devant le tribunal pour défendre Anasse Kazib (poursuivi pour apologie du terrorisme), ose déclarer publiquement :
— Laurent MILTGEN-DELINCHAMP (@kubernan) June 25, 2026
« Il est assez stupide de croire qu’il y aurait parmi nous des gens qui se réjouiraient du terrorisme… À SUPPOSER QUE LES ACTES DONT ON PARLE… pic.twitter.com/3YWanH9Owh
