Tribune Juive

L’islam, la gauche extrême (et moins) et les bénets vertueux: Israël Laboratoire géant et très gênant. Par Paul Germon

Ce que les thuriféraires de l’« apartheid » ne veulent pas voir

Au Monde, à Libération, au Nouvel Obs — et à leurs correspondants accrédités dans la pensée correcte — il existe un axiome intangible : le retard du monde arabo-musulman s’explique par l’Occident, le colonialisme, et Israël. Toujours Israël. L’État juif concentre tous les vices. Il est, selon les uns, un apartheid. Selon les autres, une prison à ciel ouvert. Selon tous, la cause première de la misère régionale.

Un petit problème. La réalité.

Et si la question était mal posée depuis le début ?

On accuse l’islam. C’est commode. C’est aussi faux.

La religion n’est pas le problème. Ce qu’en font certaines élites arabes — voilà le problème.

Des élites qui confisquent les richesses. Qui fabriquent des boucs émissaires. Qui entretiennent le ressentiment comme instrument de pouvoir. Et qui ont trouvé, en Occident, des complices providentiels : l’extrême gauche et ses bénets vertueux complices. Ceux de La France Insoumise. Ceux des campus américains. Ceux qui défilent pour Gaza le samedi et ferment les yeux sur Damas, Téhéran, Riyad le reste de la semaine.

Alliance objective. Intérêts croisés. Les uns ont besoin d’une cause. Les autres ont besoin d’un écran.

L’écran, c’est Israël.

Le laboratoire qu’on ne visite pas

Israël compte aujourd’hui 21% de citoyens arabes — musulmans, chrétiens, druzes, bédouins. Soit près de deux millions de personnes. Ils vivent dans l’État présenté comme leur bourreau. Pas dans les territoires. À l’intérieur des frontières de 1967.

Et que constate-t-on ? Entre 2012 et 2022, le revenu du travail par habitant chez les Arabes israéliens a progressé en moyenne de 4% par an, contre 2,6% chez les Juifs ultra-orthodoxes et 2,9% chez les Juifs laïcs. The Times of Israel La minorité arabe s’enrichit plus vite que la majorité juive. La part du revenu du travail générée par la société arabe dans l’économie israélienne est passée de 8,2% en 2012 à 10,3% en 2022. The Times of Israel

C’est de l’apartheid, ça ?

La comparaison qui tue

Voici quelques chiffres que Le Monde ne met pas en une.

Le salaire annuel moyen en Israël atteint aujourd’hui 48 000 dollars. Welcome Israel Même un Arabe israélien percevant 65% de ce salaire moyen — l’écart réel documenté — soit environ 7 300 shekels par mois Asharq Al-Awsat, dépasse largement le revenu moyen d’un citoyen des pays arabes voisins qui brandissent la cause palestinienne comme étendard.

Les chiffres sont sans appel. Le PIB par habitant en 2024 : Égypte, 3 338 dollars. Tunisie, 4 181 dollars. Maroc, 4 153 dollars. Algérie, 5 753 dollars. World Bank

Autrement dit : un Arabe israélien au bas de l’échelle salariale vit mieux qu’un cadre moyen égyptien ou tunisien. Et il vote. Et il plaide en justice. Et il manifeste si l’envie lui en prend.

Les villes arabes d’Israël comme Nazareth affichent des salaires moyens autour de 9 600 shekels par mois The Times of Israel — soit environ 2 750 dollars. Trois fois le PIB par habitant de l’Égypte. Deux fois et demie celui du Maroc.

Ces pays n’ont pas Israël à blâmer. Ils ont leurs propres élites. Et leurs propres résultats.

Le plan 922 : quand l’État investit dans sa minorité

En 2015, le gouvernement israélien adopte le « Plan 922 ». Budget : 15 milliards de shekels, destinés à améliorer l’éducation, l’accès au supérieur et à propulser les filières technologiques dans le secteur arabe. Acitaskforce Suivi d’un plan à 30 milliards pour la décennie suivante. Soit environ 2% du PIB israélien. OECD

Un État d’apartheid qui investit 2% de son PIB pour intégrer économiquement sa minorité.

Pendant ce temps, les pétromonarchies du Golfe — assises sur des milliers de milliards — maintiennent leurs ressortissants dans la dépendance clientéliste. Et les bénets vertueux de l’extrême gauche occidentale n’y trouvent rien à redire. Cherchez l’erreur.

Les chiffres de l’éducation : une révolution silencieuse

Entre 2008 et 2013, le taux d’entrée dans l’enseignement supérieur a bondi d’environ 50% chez les femmes druzes et bédouines. Taub Center Les jeunes femmes arabes s’engouffrent dans l’informatique, les systèmes électroniques, les sciences de l’ingénieur. Taub Center Environ un tiers des étudiants arabes israéliens se destinent aux professions de santé. Taub Center Médecins, pharmaciens, infirmiers. Soignant indifféremment Juifs et Arabes dans le système public.

Des matières. Des carrières. Une liberté. Que leurs sœurs en Arabie Saoudite, en Iran, en Libye ne peuvent pas choisir librement.

Mais ça, les rédactions parisiennes n’en font pas la une.

Le taux d’emploi : un record historique

Les données montrent une augmentation des taux d’emploi chez les hommes arabes israéliens, aboutissant aux niveaux les plus élevés jamais enregistrés. Europa Début 2025, 77% des hommes arabes en âge de travailler occupent un emploi — un record historique. Les autres sont étudiants, retraités, ou inactifs. Le taux de chômage réel dans la communauté arabe israélienne ? Autour de 3 à 4%. Celui de la Tunisie : 15,1%. De la Libye : 18,8%. De l’Algérie : 11,6%. World Bank

Ces pays ont en commun une chose : pas d’Israël à gouverner. Juste leurs propres élites. Et leurs propres résultats.

Le high-tech : la prochaine frontière

Des retards persistent, certes. Environ 2% des hommes arabes et 1% des femmes arabes sont aujourd’hui employés dans le high-tech israélien, Taub Center contre 20% chez les hommes juifs. L’écart est réel. Il est reconnu. Il est combattu.

Il y a dix ans, la présence arabe dans le high-tech était quasi nulle : 350 individus sur une main-d’œuvre qualifiée de 100 000 personnes. Acitaskforce Le mouvement est en marche. L’OCDE dans son rapport 2025 identifie la pleine intégration des Arabes israéliens comme le principal levier de croissance future de l’économie israélienne. OECD

Un apartheid dont l’OCDE fait le moteur de croissance du pays. Fascinant.

L’islam n’est pas le problème. Les islamistes au pouvoir le sont

Voilà la vérité que les bénets vertueux de l’extrême gauche occidentale refusent d’entendre — parce qu’elle dérange leurs alliances.

Un musulman à Haïfa vote, entreprend, se soigne, plaide en justice, envoie ses enfants à l’université. Un musulman au Caire, à Alger ou à Damas subit un État prédateur qui le maintient dans la sujétion et lui désigne un ennemi extérieur pour détourner sa colère.

La différence n’est pas religieuse. Elle est institutionnelle.

Ibn Khaldoun l’avait compris au XIVe siècle. Les élites arabes corrompues l’ont compris aussi — et en ont fait une arme. Entretenir l’arriération. Nourrir le ressentiment. Pointer Jérusalem. Ne surtout pas pointer Riyad, Téhéran ou leurs propres comptes en Suisse.

Et leurs complices ? Les bénets vertueux leur fournissent gratuitement la caution morale. La rue. Les tribunes. Les campagnes BDS. En échange de quoi ? D’un fond de commerce électoral. De votes communautaires. D’une posture anticoloniale qui dispense de tout bilan.

Marché conclu.

Le vrai apartheid

Le vrai apartheid — celui qu’on ne nomme pas — c’est celui que les régimes arabes pratiquent contre leurs propres peuples. Apartheid de classe, de genre, de confession. Apartheid entre ceux qui accèdent à la rente et ceux qui mendient leur place.

Israël, lui, offre à ses citoyens arabes ce que nul régime arabe n’offre aux siens : un État de droit. Des institutions. Des tribunaux indépendants. Un bulletin de vote qui compte.

Imparfait ? Certainement. Perfectible ? Sans aucun doute.

Mais le laboratoire existe. Les chiffres parlent.

Ce sont les idéologues qui sont sourds. Leurs bénets vertueux répètent en perroquets.

© Paul Germon

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