Une question. Simple. Directe.
Jusqu’où peut-on mépriser les peuples avant qu’ils ne se rebellent ?
2005 : le peuple a voté. Les élites ont corrigé la copie.
Le 29 mai 2005, les Français rejettent le traité constitutionnel européen à 54,68 %, avec une participation de 69 %.
Trois jours plus tard, les Pays-Bas enfoncent le clou avec 61,7 % de non.
Deux peuples fondateurs. Deux non massifs. Deux gifles.
La réponse des élites ? Une révolte des élites et un déferlement de colère contre les classes populaires, accusées d’avoir fait échouer le projet par ignorance ou étroitesse d’esprit.
Traduction : le peuple a eu tort. Le peuple sera corrigé.
En 2007, Nicolas Sarkozy fait ratifier le traité de Lisbonne par voie parlementaire, sans référendum.
Le même texte. Rebaptisé. Passé en force.
Depuis lors, aucun référendum national n’a été organisé en France sur un texte européen.
Le peuple vote. Les élites passent outre.
Macron et ses sbires ont bien intégré la leçon. Le pouvoir vient du peuple — mais une fois obtenu, on s’en passe volontiers.
Le Brexit : la sécession déjà accomplie
Un peuple en a eu assez. Il est passé aux actes.
Le Brexit révèle une fracture profonde entre les élites partisanes de l’Union européenne et les catégories populaires qui estiment subir les effets d’un système économique mondialisé.
Ce n’était pas un accident.
C’était un avertissement.
Le premier d’une série.
La carte du désastre
Les faits. Rien que les faits.
Aux élections européennes de 2024, les partis eurosceptiques arrivent en tête dans neuf États membres et en deuxième ou troisième position dans neuf autres.
Vingt-quatre États membres sur vingt-sept ont élu au moins un député appartenant à un groupe eurosceptique.
Ce n’est plus une tendance.
C’est un séisme.
Depuis l’automne 2025, l’AfD devance la CDU dans plusieurs enquêtes d’opinion en Allemagne.
L’Allemagne.
Le cœur du réacteur.
Qu’on croyait immunisé.
Bruxelles : une bureaucratie supranationale sans mandat
Personne n’élit directement la Commission européenne.
Les citoyens ne peuvent pas directement la révoquer.
Une grande partie des décisions se prépare loin du regard des électeurs.
C’est cela, le fédéralisme version élites.
Non une fédération de nations souveraines, mais une supranationalité progressive qui vide les États de leur substance tout en maintenant l’apparence de la démocratie.
Les Français favorables à une intégration européenne beaucoup plus poussée ne représentent qu’une minorité.
Une minorité qui prétend gouverner pour la majorité.
Qui contre qui ?
Une guerre de sécession n’oppose pas des nations. Celle qui vient oppose deux Europe.
D’un côté : les métropoles. Les technocrates. Les diplômés des grandes écoles. Ceux qui voyagent entre Bruxelles, Paris et Berlin. Pour qui les frontières ne sont qu’un obstacle administratif.
De l’autre : les peuples. Les ouvriers. Les agriculteurs étranglés par les normes européennes. Les classes moyennes sous pression. Ceux pour qui la nation n’est pas un archaïsme mais le dernier espace où la démocratie demeure concrète.
En 2005, 79 % des ouvriers et 67 % des employés avaient voté contre le traité constitutionnel, tandis que les catégories les plus diplômées votaient majoritairement en sa faveur.
Ce fossé ne s’est pas réduit.
Il s’est creusé.
Macron : une religion sans fidèles
Armée européenne.
Budget européen.
Fiscalité européenne.
Siège européen au Conseil de sécurité de l’ONU.
Il parle au nom d’un peuple qui n’existe pas.
D’une nation sans demos.
Sans langue commune.
Sans histoire politique commune.
L’Europe de Macron est une idéologie.
Une religion d’élites pour élites.
Avec ses dogmes.
Ses hérétiques.
Ses excommunications.
Orbán est l’Antéchrist.
Le RN est le diable.
Meloni est la sorcière.
Quiconque rappelle que le pouvoir vient du peuple devient un « populiste ».
Le nouvel anathème.
La sécession : pas une métaphore
Nommer les choses.
La Hongrie mène depuis plusieurs années une politique d’autonomisation vis-à-vis de Bruxelles.
La Pologne l’a suivie sur plusieurs dossiers.
L’Italie teste les limites.
La France gronde.
Le Brexit fut le premier acte.
Pas le dernier.
Quand les peuples comprennent que voter ne change plus grand-chose, que les traités sont adoptés sans eux, que les décisions essentielles se prennent ailleurs et que leur souveraineté s’efface progressivement, ils cherchent d’autres moyens de se faire entendre.
L’histoire est rarement indulgente envers ceux qui confisquent durablement la souveraineté populaire.
Macron ferait bien de relire ses classiques.
© Paul Germon
