Tribune Juive

Le CRIF: le « Sans dot » de J.L. Mélenchon. Par Sarah Cattan

Tous Responsables d’une telle impunité

Le vieux fantasme

Le concert de la France insoumise prévu pour la Fête de la musique a été interdit par la préfecture de police de Paris.

On peut débattre de cette décision, la juger fondée ou excessive, considérer qu’elle protège l’ordre public ou qu’elle porte atteinte à une liberté politique: c’est le propre d’une démocratie.

Mais Jean-Luc Mélenchon a choisi un autre chemin. Selon lui, cette interdiction serait le résultat d’une intervention du président du CRIF auprès des autorités. Et c’est précisément là que commence le problème: le patron du parti « passionnément antisémite » ne discute pas là une décision administrative. Non. Il suggère qu’une organisation juive disposerait d’un pouvoir particulier sur l’État. Il insinue qu’au-delà des institutions visibles existerait une influence discrète, mais déterminante.

Il réactive un imaginaire que l’Europe connaît depuis des siècles.

Naturellement, personne n’affirme explicitement qu’il existerait un « pouvoir juif »: les mots ont changé, les précautions de langage aussi.

Mais le mécanisme demeure étrangement familier: chaque fois qu’une décision déplaît, chaque fois qu’un désaccord surgit autour d’Israël ou de l’antisémitisme, le CRIF devient soudain, dans certains discours, bien davantage qu’une organisation représentative.

Le voilà devenu une puissance, une force occulte. Un acteur caché capable d’influencer l’État. Une sorte d’État dans l’État.

Une représentation qui fatigue à force d’être interrogée, car personne n’imagine sérieusement qu’une association catholique, protestante, arménienne ou bouddhiste dicterait ses décisions à la préfecture de police, personne ne voit derrière chacune des décisions publiques la main invisible d’un groupe religieux particulier. Personne? Si: J.L. Mélenchon.

J.L. Mélenchon avec sa suspicion systématique lorsqu’il s’agit du CRIF. J.L. Mélenchon avec son obsession de l’influence. J.L. Mélenchon et sa fascination pour les réseaux supposés, les pressions cachées, les fidélités secrètes.

Notre homme n’en est pas à sa première allusion de ce type: depuis plusieurs années, le même schéma se répète, faisant du CRIF non pas un interlocuteur parmi d’autres de la République, mais une force singulière dont l’influence serait telle qu’elle expliquerait à elle seule des décisions publiques, des prises de position ou des équilibres politiques.

Un vieux fantasme vous disais-je. Non par une accusation frontale. Juste des insinuations répétées. Assénées par la construction progressive d’une image, par cette idée qu’il existerait derrière les événements une puissance cachée qu’il suffirait de nommer.

Peu nous chaut que Jean-Luc Mélenchon pense que le CRIF est le mal incarné, seule nous intéresse le fait qu’à chaque désaccord, il semble spontanément lui attribuer un pouvoir que personne n’attribuerait à aucune autre organisation représentative en France.

Tout cela impunément à ce jour: Où sont le Parquet, Où sont les Politiques, Où sont les Institutionnels? Tous Responsables car ils savent: l’histoire européenne nous a enseigné à tous où conduisent ces récits.

© Sarah Cattan

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