Ne doutez jamais de la duplicité des dirigeants iraniens. Quelles que soient les assurances du président Trump. En fait, comme pour les magiciens, on vous montre la main droite s’agiter dans tous les sens, mais c’est le truc, c’est la main gauche qui l’accomplit. La main gauche, c’est Israël. Trump le sait, et ça ne lui fait pas particulièrement plaisir.
Le mémorandum – (qui n’est qu’un bout de papier avec la valeur d’un bout de papier, et qui n’est pas même un accord définitif, mais un document préliminaire d’ordre général) – prévoit qu’Israël se retire du Liban et arrête de le bombarder. Le Premier ministre israélien a refusé de s’y conformer. Le ministre israélien de la Défense a emboîté le pas. Il a même fait publier la carte montrant les positions de Tsahal au Sud-Liban le long de la frontière. Le moment choisi n’est pas un hasard.
Ca veut dire quoi en pratique ?
Ca veut dire que dès qu’Israël bombardera le Hezbollah, l’Iran déclarera que les accords ont été violés, et toute l’affaire peut capoter. Ainsi, même si Israël n’est pas signataire du MoU (mémorandum), et bien qu’il n’en a pas accepté les conditions, sa mise en œuvre pratique donne à Israël un pouvoir de fait très important sur la survie de l’accord.
Ca veut dire qu’en puissance, si l’Iran réagit et casse l’accord, il se passera une suite d’événements rapides par effet domino : le prix du baril remontera en flèche, le prix à la pompe aux Etats-Unis suivra immédiatement, et comme on se sera rapproché de la date des élections de mi-mandat de novembre, celles-ci se retrouveront au milieu d’une problématique qui les dépasse de très loin. Les Républicains, qui déjà sont en majorité ouvertement hostiles à cet accord, vont alors mettre une pression immense sur le président Trump pour qu’il réagisse, pour que les Etats-Unis reprennent les bombardements contre l’Iran.
Avec en ligne de mire le danger de perdre les élections de mi-mandat, qui reposent en grande partie sur la situation économique – le prix de l’essence à la pompe, et le cours de la Bourse qui joue sur le patrimoine des 58% d’Américains qui possèdent des actions, les Républicains vont faire une pression irrésistible sur le président américain pour qu’il reparte à l’offensive contre l’Iran si ce dernier suspend les accords.
J’avais à peine rédigé ce paragraphe, jeudi 18 juin, que les événements me donnaient raison : l’Iran vient d’annuler la réunion en Suisse en raison des bombardements israéliens contre le Hezbollah, et le vice-président a été obligé d’annuler sa visite.
Vance, que j’ai décrit depuis longtemps comme un « drôle » d’ami d’Israël, ou en tous cas, certainement pas un vrai ami, a tenté hier lors d’une conférence de presse de mettre sur le dos d’Israël le mauvais accord qui a été signé par son patron. Il a immédiatement été attaqué par des leaders Républicains. Son attaque contre Israël a été très mal reçue par les évangéliques, et leur puissance pour les prochaines élections est une des clés de la victoire ou de l’échec. Ils soutiennent Israël bec et ongle. Ils ne toléreront pas que soit retiré à Israël le droit, le devoir, de protéger sa population contre le Hezbollah. Netanyahou n’y renonce pas non plus.
L’accord n’est pas bon pour Israël, mais Netanyahou tient entre ses mains les clés de son succès. Netanyahou se retrouve avec le pouvoir de faire ou défaire l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran, parce qu’Israël est sur la voie de la raison, de la justice et de la morale. Toute autre voie n’est que compromis et calcul politique.
© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org
