Tribune Juive

USA-Iran: Logos & Pathos!

La pensée raisonnée et dénuée de sentiments est un exercice difficile.

Cet exercice est cependant indispensable dans l’observation des faits au Moyen-Orient, d’autant plus que les décisions sont encore inconnues de tous à l’exception des intéressés de Washington et de Teheran.

Les derniers développements de la crise du Proche-Orient déboussolent les avis les plus rationnels, inquiètent les Israéliens et tous ceux qui restent attachés à la paix.

Pourtant, l’examen des faits relativise.

1- Le président américain Trump se détache de son allié israélien.

La liaison entre les USA et Israël ne date pas du mandat Trump dans son pays, Israël a vécu avant et vivra après! 

Loin d’être un slogan, cette certitude n’efface aucune difficulté en cours. Elle souligne l’adaptabilité civile, marchande, économique, financière, diplomatique et militaire unique au monde d’Israël.

2-  Les comportements de Trump

Comportement diplomatique

Trump manipule la diplomatie de son pays comme si elle était la sienne propre! 

Cette appartenance fictive se poursuivra, cessera, ou se modifiera après les prochaines élections parlementaires américaines et en fonction de leurs résultats.

Comportement militaire

Le comportement militaire de Trump ne correspond pas majoritairement aux intérêts civils et militaires de son pays ni à la nécessité de parvenir à la paix au Moyen-Orient, mais à celui des marchés financiers.

Les marchés financiers constituent la nécessité pour Trump de satisfaire son électorat  et d’en ramener d’autres à ses programmes politiques.

Comportement bilatéral avec Israël

Le comportement de Trump envers Israël ne peut être à ce stade assimilé à une césure entre les deux alliés, mais l’image d’une situation temporaire.

Trump s’arroge l’outrance de sermonner, de juger, de disqualifier la position de défense militaire soutenue par le premier ministre Netanyahu.

La plupart de ses arguments sont déconnectés de l’Histoire  et de l’actualité d’Israël.

Les reproches qu’il adresse à Israël menacé et agressé sur 7 fronts et depuis 1948 relèvent de l’ignorance et de la responsabilité avant tout des USA et de l’ONU,  incapables d’assumer leurs responsabilités organiques et géopolitiques.

A première vue, il est rarissime que le chef d’un Etat souverain (USA) ordonne au chef d’un gouvernement souverain (Israël), avec lequel et de surcroît, les échanges sont capitaux pour les deux Etats.

C’est justement pour ceci que les attitudes de Trump doivent être observées à l’aulne temporaire.

Trump devrait cependant considérer le caractère incontournable d’Israël sur presque l’ensemble des paramètres premiers internationaux (technologie, armement, renseignements, etc).

A cet égard, le dernier coup bas porté par son collègue Macron aux intérêts militaires israéliens à  Paris se résume au symbole et illustre la peur française de la concurrence israélienne.

Sans vouloir désobliger qui que ce soit, la scission progressive entre Trump et Netanyahu à compter des succès militaires des deux armées et de celle d’Israël en Iran n’a surpris personne et a révélé la suprématie pour Israël du principe de réalité sur tout autre.

Les coups portés par Trump à l’importance régionale et internationale d’Israël sont néfastes mais non nuisibles.

3-  Amateurisme militaire de Trump

Une fois l’appareil militaire général iranien quasiment détruit par les forces militaires de Jérusalem et de Washington, les mollahs ont utilisés avec succès l’armement non conventionnel et peu onéreux à leur disposition (drones, etc) et engagé le blocage du commerce international pétrolier.

Apparemment mal renseigné ou rétif aux renseignements, Trump s’est ainsi laissé berné par la bande de tueurs de Teheran.

4-  Réalisme financier et électoral de Trump

Conformément à son système de raisonnement fondé non sur la diplomatie mais sur ses intérêts financiers et électoraux, Trump s’est alors attelé à régler le problème du blocage maritime iranien sur le détroit d’Ormuz.

A cet effet, il a modifié son discours déjà versatile en offrant aux assassins de Teheran un cadre général favorable à leurs intérêts.

5- Plan de Trump?

Tout se passe comme si Trump séparait la problématique en deux parties.

La première vise à rattraper son erreur de s’être laissé berné par Teheran ( remplacement du sujet nucléaire par celui de la libre circulation des pétroliers dans le détroit d’Ormuz)

A cette fin, Trump a évacué l’ensemble des sujets qui ne correspondent pas au déblocage pétrolier d’Ormuz. Il est revenu sur l’ensemble des ses dispositions hostiles à l’Iran djihadiste!

La seconde viserait, dans un deuxième temps, à s’occuper du problème nucléaire que pose l’Iran par priorité à Israël, au Moyen-Orient et au monde.

Compte tenu des erreurs et des décisions éphémères de  Trump,  cette seconde partie est virtuelle… comme l’est également la première, dans son application!

Le refus de publication immédiate de l’accord entre Washington et les djihadistes, y compris pour Jerusalem pourtant en première ligne, laisse peu de place à la certitude.

6- Erreur constitutionnelle de Trump

Trump agit, parle, écrit comme s’il était l’homme le plus puissant du monde.

C’est une erreur supplémentaire de Trump qui semble ignorer la constitution fédérale de son pays.

Le régime américain est présidentiel. Le chef de l’Exécutif est le président fédéral. Ce dernier dispose de moins de pouvoirs constitutionnels que le président français! 

L’étendue vertigineuse des pouvoirs du président américain est soumise à une majorité parlementaire à son service.

Comme tous ses prédécesseurs, les pouvoirs présidentiels de Trump passeront l’ « examen » des élections parlementaires prochaines qui lui seront favorables ou défavorables.

Autrement dit, les pouvoirs de Trump ne sont ni omnipotents, ni inaltérables ni éternels. 

S’il est exact que Trump est le président de l’Etat le plus puissant au monde, il n’est nullement l’homme d’Etat le plus puissant au monde, et les effets de la distinction sont importants dans la crise actuelle.

7- En toutes hypothèses 

-En assistant les djihadistes de Teheran, Trump affecte …

… la volonté affichée sincèrement ou non de l’Exécutif libanais à se débarrasser du protectorat civil, militaire et commercial qu’impose Teheran à Beyrouth. 

… la nécessité vitale du peuple israélien à vivre sans les menaces et agressions militaires que l’Iran lui impose directement et via ses organisations criminelles (hezbola, hamas, etc).

Trump affecte le retour des populations israéliennes du nord du pays, toujours bombardé.

… impose au peuple iranien le maintien de la terreur et du martyre par les islamistes. 

-Autoritaire, alternativement compétent et incompétent, connecté avant tout à la Finance, Trump impose ses erreurs au Globe, et en premier lieu à Israël à qui ses remontrances atypiques ne concernent que lui-même!

-Enfin, et surtout, les difficultés que connaît Israël par les virages de Trump sont conjoncturelles et non structurelles.

Les corrections des erreurs de Trump par lui-même entraînent des virages qui nuisent aux intérêts des peuples américain, iranien, libanais, israélien et de l’ensemble de la région. 

Le refus des parties (Iran USA) de publier les termes du mémorandum simultanément à son annonce et de l’annoncer pour une date ultérieure, les contradictions entre les versions synthétiques de chacune des parties relativisent la situation !

Rien ne peut écarter l’éventualité minime mais non fantaisiste du déroulement d’un scénario… à la Trump.

La force de dissuasion israélienne en est temporairement secouée sans être altérée.

Ici plus qu’ailleurs, rien n’est certain, sinon la puissance d’Israël.

© Pierre Saba

17 juin 2026 

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