Tribune Juive

Le tigre de papier. Par Paul Germon

Pendant des mois, Donald Trump a tonné.

L’Iran allait céder.

Les mollahs allaient comprendre.

L’Amérique allait redevenir grande.

Les alliés de Washington pouvaient dormir tranquilles.

Le monde allait redécouvrir ce qu’était la puissance américaine.

Notamment celle du petit Macron qui plastronne depuis des années sur les ruines de la puissance française. Celui qui confond prudence et effacement, recul et sagesse, faiblesse et vertu. Il doit jubiler. Lui qui avait fait du renoncement une politique étrangère retrouve aujourd’hui en Donald Trump un compagnon d’indécence. L’un avait théorisé l’impuissance. L’autre vient de l’appliquer à l’échelle du monde.

Puis est venu le moment de vérité.

Et le fauve a rangé ses griffes.

Après les rodomontades, les ultimatums, les menaces et les postures viriles, voici l’heure du compromis. Non pas le compromis imposé à l’adversaire vaincu, mais celui qu’accepte celui qui découvre les limites de sa propre force.

Les mollahs sont toujours là.

Le régime est toujours là.

Les gardiens de la révolution sont toujours là.

Et les peuples qui espéraient être débarrassés de cette théocratie obscurantiste attendront encore.

Le peuple iranien d’abord.

Le peuple libanais ensuite, condamné à vivre sous l’ombre portée du Hezbollah.

Israël enfin, qui découvre une nouvelle fois que sa sécurité demeure une variable d’ajustement dans les calculs des grandes puissances.

On nous avait promis un Churchill.

Nous découvrons un comptable électoral.

Car derrière les grands discours, une réalité apparaît : les élections de mi-mandat approchent, les marchés détestent l’incertitude, le prix du pétrole menace la croissance, et l’Amérique fatiguée ne veut plus payer le prix de son leadership.

Alors on signe.

On temporise.

On reporte.

On habille le recul des habits de la sagesse.

Mais l’événement le plus important n’est peut-être même pas l’accord lui-même.

L’événement, c’est la photographie.

Qui retrouve-t-on autour de la table ?

La Chine.

Des puissances du Sud.

Des régimes autoritaires devenus médiateurs d’un conflit où, hier encore, Washington imposait seul les règles du jeu.

Voilà la véritable nouvelle.

L’Amérique n’est plus le metteur en scène.

Elle devient un acteur parmi d’autres.

Le slogan était « Make America Great Again ».

Le résultat ressemble davantage à une cérémonie de passation de pouvoir.

Une passation silencieuse.

Sans drapeau baissé.

Sans capitulation officielle.

Mais une passation tout de même.

À Pékin.

Au nom de quelques cents de moins à la pompe et de calculs électoraux à courte vue, Washington a choisi le confort immédiat plutôt que la victoire stratégique.

Les peuples qui croyaient encore à la protection américaine découvrent une vérité plus brutale : les grandes puissances ont des intérêts, pas des amis.

L’histoire est parfois cruelle.

Les présidents sont souvent jugés non sur ce qu’ils proclament mais sur ce qu’ils révèlent.

Trump voulait être l’homme du retour de l’Amérique.

Il pourrait rester comme celui qui aura révélé au monde les limites de la puissance américaine.

Les empires ne meurent pas toujours dans les flammes.

Ils s’effacent parfois dans les applaudissements.

Sous les sourires des diplomates.

Sous les félicitations des commentateurs.

Sous les discours célébrant la paix.

Et c’est ainsi qu’un homme qui promettait de rendre sa grandeur à l’Amérique aura peut-être offert au monde le spectacle inverse : celui d’un tigre de papier découvrant qu’il n’ose plus mordre.

© Paul Germon 

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