Tribune Juive

Teva. L’Humeur du jour de Jacques Frojmovics

Ce matin, en me baladant à vélo, j’admire la verdeur de la nature, teva en hébreu.

Cela s’écrit avec trois lettres : Tet, Beit, Aïn.

Gardez cela dans votre caboche. Interro écrite à la fin du billet.

Allez, aujourd’hui, on se concentre un peu, s’il vous plaît.

Profitant, autant que faire se peut, de notre charmant climat belge : averses entrecoupées de quelques apparitions du soleil.

Pas l’idéal pour les cyclistes, mais excellent pour la chlorophylle.

Non, il ne s’agit pas non plus de cette géante pharmaceutique israélienne que certains vouent aujourd’hui aux gémonies.

Non, je parle du mot teva, sans la lettre Aïn.

Il commence avec un Tav et se termine avec la lettre Hé.

Cela se prononce exactement pareil, mais cela ne signifie pas la même chose.

J’explique.

Deux fois au moins, le mot teva avec un Hé apparaît dans la Torah.

La première apparaît dès le début du récit biblique.

L’histoire humaine risquait alors de s’achever avant même la fin du générique.

Dans sa grande colère, le Seigneur décide d’annihiler le monde.

Humains et bébêtes compris.

Taïaut, taïaut, pas de quartier.

Heureusement, il se ravise.

Sinon, il n’y aurait pas eu de billets d’humeur aujourd’hui.

Il fait construire une arche, un teva.

Grande. Très grande.

A big, beautiful boat, comme dirait l’autre.

On y embarque vache, veau, cochon — oui, oui — et toute la ménagerie.

Puis toute la smala de Noé.

Et voilà le monde sauvé des eaux montantes.

Premier teva, premier sauvetage.

Quelques chapitres plus loin, même histoire.

Mais en format XXS.

Le petit Moïse est déposé dans un panier.

Un teva.

Drôle d’idée, tout de même.

Sa mère voulait-elle vraiment le sauver ?

Et il est miraculeusement repêché par la fille de Pharaon.

Aujourd’hui, les services sociaux ouvriraient probablement un dossier.

Heureusement que pendant la Shoah, on a trouvé des stratagèmes un peu plus élaborés pour sauver les enfants juifs.

Quoi qu’il en soit, une fois encore, un teva sauve un monde.

Cette fois, un monde qui tient dans un nourrisson.

Alors quand Teva, avec un Aïn cette fois, a été choisi comme nom d’une entreprise de médicaments,

Ce n’est finalement pas si mal trouvé.

Après tout, les médicaments aussi sont censés sauver des vies.

Je précise, au cas où :

je ne suis pas sponsorisé.

© Jacques Frojmovics

Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …

Pour aller plus loin:

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