Tribune Juive

Brigitte. L’Humeur du jour de Jacques Frojmovics

Brigitte, notre toute nouvelle voisine pulpeuse, quoique « haredi », rassemblait sa nombreuse progéniture en frappant dans ses mains et en criant : « Bambini ! »

Elle venait d’arriver de Milan et avait soudainement troqué sa perruque style « serpillière humide », placée de guingois sur son crâne rasé, contre une toute nouvelle chevelure blonde platine aux belles ondulations.

Mes parents ne pouvaient s’empêcher de la surnommer « Brigitte ».

En effet, « Et Dieu… créa la femme » venait de sortir sur les écrans.

Et alors ?

Elle avait été une trendsetter de son temps ; aujourd’hui, on dirait une influenceuse.

Et les hommes ne sont pas les moins influençables.

Prenez le schtreimel.

Naguère, il n’y avait à Anvers qu’un seul modèle : le type « Rabbi Jacob », cette galette ornée de fourrure, généralement d’un beau vison.

Aujourd’hui, ils sont passés à la trappe.

Pas les haredim, of course, mais leurs ornements capillaires.

Ces belles galettes ont connu une spectaculaire extension verticale.

Il y a eu élévation — physique, à défaut d’être spirituelle.

Les schtreimel ont évolué et sont devenus des spodik ; rien à voir avec Spoutnik qui, lui, s’est élevé dans l’espace il y a bien longtemps.

Des mers de spodik, splendides cylindres, non plus uniquement de fourrure mais aussi de matière synthétique — écologie et CO₂ obligent — flottent désormais dans les rues anversoises le jour du shabbat.

Comme quoi, même dans les milieux les plus traditionnels, la mode finit parfois par avoir le dernier mot.

© Jacques Frojmovics

Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …

Pour aller plus loin:

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